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RÉVOLUTION DE CHENAUX A FRIB0UR

Ainsi fut comprimé de nouveau le mouvement démocratique à Genève. Mais les principes proclamés par la démocratie genevoise devaient se propager tout autour d'elle et produire, peu d'années après, d'abord la grande révolution française, et, par contre-coup, une terrible réaction dans celte ville.

Les idées et l'exemple des Genevois ne furent pas non plus sans influence sur les mouvemenU^ révolutionnaires qui agitèrent le canton de Fribourg en 1781 et 1782, et dont le plus considérable est connu dans l'histoire locale sous le nom de Révohuion de Chenaux,

Le gouvernement de Fribourg était devenu de plus en plus oligarchique. Il avait presque tous les défauts de celui de Berne, sans le cachet de grandeur et de sagesse pratique qui dissimulait les vices de ce dernier aux yeux de l'ami du bien public et de la prospérité des peuples. Des cent familles de robe et d'épée qui, en 1627, s'étaient déclarées seules habiles aux emplois de la république, plus de la moitié s'étaient éteintes sans qu'on songeât à les remplacer. Une ordonnance de 1684 défendait, au contraire, positivement d'ouvrir la porte de la botirgeoisie secrète à qui que ce fût, et cette défense avait été rigoureusement maintenue, bien que « la diminution des familles régnantes exposât l'État au despotisme, » de l'aveu de Tun des chefs de la répubUque '.

Ce despotisme n'existait d'ailleurs que trop dans l'État. La chambre secrète, usurpant tous les pouvoirs, subordonnait k son omnipotence et le sénat des Vingt-Quatre et le corps des Soixante dont elle était tirée, et jusqu'au grand conseil des Deux-Cents, le souverain de la république. Par une étrange anomalie, les chefs de cette chambre étaient les bannerets, c'est-à-dire ces tribuns du peuple, chargés dans le principe de défendre les intérêts de la bourgeoisie et armés dans ce but du veto ou pouvoir extraordinaire de suspendre les lois. Mais en ôtant à la bourgeoisie l'élection de ses bannerets (1553), le patriciat en avait fait les dociles instruments du pouvoir dont ils étaient appelés par état à corabatti^e les empiétements et les abus ^

Lésé dans les droits politiques qu'il avait anciennement exercés, le peuple ne croyait pas l'être moins dans ses intérêts matériels par des péages, des charrois abusifs, la violation d'anciennes franchises et l'expropriation de forêts communales. Une commune importante, le

* D'AU, Histoire des Helvétiens, I, 80.

* La chambre secrète composée des 4 bannerets et de 24 secrets dont 6 par quartier, nommait aux 200, élaborait les projets de loi et faisait fonctions d'une inquisition d'État.

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