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RÉVOLUTION DE CHENAUX A FRIBOURG

boargde la Tour-de-Trême, près de Bulle, avait perdu un procès contre le gouvernement, touchant la propriété des forêts de Sautau et de Boaleyres. Les croyances religieuses étaient également en jeu. Le gouvernement avait supprimé le couvent de la Valsainte, en Gruyère, et aboli deâ processions et des fêtes, avec le consentement de Tévêque et du pape, il est vrai, mais au grand scandale du bon peuple allemand et romand, désolé de ne plus retrouver en lettres rouges dans l'almanach tous les noms des apôtres et des saints qui lui étaient chers (1 780). Un autre grief aux yeux du peuple était Finconduite notoire de certains membres de l'autorité.

Trois partis séparés se formèrent contre le gouvernement : les paysans, les bourgeois du chef-lieu et les familles anoblies par les princes étrangers. Ces dernières, au nombre de quinze, réclamaient non la préséance dans l'État, comme le dit Zschokke, ni une place au petit conseil, dont ils auraient été exclus selon M. Strickler, mais l'égalité avec les familles patriciennes, dont la jalousie leur interdisait certaines charges lucratives et influentes \ En effet, les nobles ne pouvaient remplir ni les charges de bannerets, ni celles de secrets, à moins d'une renonciation formelle à leurs titres de noblesse.

Les paysans, les premiers, se levèrent au nombre de 2000, et après avoir fait bénir leurs drapeaux par les curés de Morlon et de Matran, ils marchèrent sur la capitale, le 2 mai 1781. L'aide-major Nicolas Chenaux, né à la Tour-de-Trême, tête hardie et impétueuse, marchait à leur lête^ Le gouvernement ne pouvait se fier entièrement ni aux milices du canton, ni aux bourgeois de la capitale; il opposa aux insurgés des troupes de Berne et de Morat, aux ordres du colonel de dragons Froideville, militaire expérimenté, qui avait fait la guerre sous le Grand Frédéric. Dans l'après-midi du 4 mai, le colonel bernois fit une sortie

' Lp8 lôfamiHes anoblies par l'étranger et qualifiées telles étaient les Praroman, d'Affiry, Diesbach, Fégeli de Viviers, Reyff de Cugy, Griset de Forell, Maillardoz, d'Âlt, Reynold de Cressier, Castella, Maillard, Fiwaz, Gléresse, Boccard et Lenzbourg. Les Montenach, Techtermann, Amman, Gottraii, Von der "Weid, Wild, Week, familles sénatoriales et même consulaires, se contentaient de leurs titres de patriciens indigènes, bien que quelques-unes d'entre elles eussent été anoblies par les rois.

* Chenaux est appelé par Zschokke un homme que sa droiture et son courage rendaient cher au peuple. Le jugement de Muller est tout différent: < Chenaux ne c manquait ni d'esprit, ni de patriotisme. Mais il est un exemple de là triste issue

< où peuvent mener le point d'honneur, le dérangement des afTaires et l'abandon

< de tonte vertu. Se voyant ruiné, il avait inutilement et longtemps cherché dans

< l'alchimie et les mines de quoi réparer les brèches de sa fortune qui avait été con-

< sidérable. » Muller' s firic/e, Werbe XXXV.

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