RÉVOLUTION DE CHBNAUX A FRIBOURG
avec la garnison, cerna les insurgés et leur fit poser les armes, tout en leur promettant qu'on examinerait leurs griefs. Chenaux, craignant d'être livré, avait disparu dès qu'il avait vu la tournure que prenaient les choses. Il s'enfuit du côté de Posieux, où, dans la nuit du même jour, il fut assassiné par deux de ses affidés, qui se flattaient par là d'obtenir leur grâce et de gagner les cent louis promis par le gouvernement à qui rendrait Chenaux mort ou vif. Le corps du malheureux chef de l'insurrection, livré au bourreau le 5 mai, fut écartelé, comme celui de Petignat, à Porrentruy, et sa tète plantée sur la tour de la porte de Romont, la face tournée vers son lieu natal. Deux autres chefs, l'avocat Raccaud de Saint-Aubin et l'avocat André Castella, patricien déchu qui parait avoir été le véritable auteur de l'insurrection , étaient parvenus à se mettre en lieu de sûreté; on les exécuta en effigie. Deux de leurs complices, Huguenot d'Autigny et Jacques Sudan de Treyvaux, avec le principal assassin de Chenaux, Henri Rossier furent envoyés aux galères à Brest ou aux îles françaises, d'autres condamnés à l'exil ou aux travaux forcés. Pendant tout le temps que dura le procès, la ville fourmillait de soldats bernois, soleurois, lucernois. Des magistrats de ces cantons accompagnaient ces troupes en qualité de commissaires ou de représentants, comme on disait alors.
Sur les instances de ces derniers, l'avoyer Werro et les conseillers Odet d'Orsonnens et Nicolas de Montenach, principales têtes politiques de l'aristocratie, se décidèrent, après beaucoup d'hésitation, à faire publier du haut des chaires c que par suite de cette clémence qui lui était naturelle, le souverain voulait bien accorder trois jours à tout le pays pour exposer ses griefs par écrit » (1 1 mai). Malgré la brièveté de ce délai et la crainte qu'inspiraient les baïonnettes des autres cantons, les jurés des communes affluèrent, porteurs de toute espèce de plaintes et de remontrances. Les bourgeois du chef-heu, assemblés par quartiers ou bannières, firent aussi connaître leurs doléances.
Mais l'examen des griefs traînait en longueur et le silence du mystère régnait sur tous les actes des représentants du pouvoir. Le peuple des campagnes, déçu dans ses espérances, pleura celui dont le sang avait coulé pour la liberté. A ses yeux, le nom de Chenaux devint celui d'un saint et d'un martyr. Sa tombe, regardée comme un lieu de pèlerinage, était sans cesse entourée de gens en prière qui brûlaient des cierges et chantaient une litanie composée en son honneur. Les anathèmes de l'évèque et les sentinelles placées auprès de la tombe ne purent arrêter ce culte de la reconnaissance populaire. Le gouvernement jugea à propos de faire quelques concessions au peuple des campagnes.