‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 31 sur 127 · RÉVOLUTION DE CHENAUX A FRIBOURG · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION DE CHENAUX A FRIBOURG

Il restreignit les charrois et les péages, renoavela Tédit de 1764 contre le libertinage, et admit à la bourgeoisie secrète quelques familles des anciennes terres dont les arbres généalogiques attestaient un indigénat de plusieurs siècles. Il eût même rétabli toutes les fêtes supprimées, si l'évoque Montenach, avec une fermeté qui Thonore, n'eût refusé positivement d'écrire à Rome pour demander le rétablissement de chômages dont il avait naguère et pour de justes raisons, disait-il, sollicité la suppression.

Ces concessions ne pouvaient satisfaire la petite bourgeoisie du cheflien. Elle réclamait à grands cris l'accès aux archives et la communication de la charte constitutionnelle de 1404 qui consacrait l'égalité des citoyens. Les patriciens se gardèrent bien d'obtempérer à leurs vœux et les bannerets tentèrent même d'enlever clandestinement des archives le coflre qui contenait les dangereuses chartes (14 mars 1782). La loyauté vigilante du chancelier de Gastella fit échouer cet escamotage.

Les petits bourgeois n'avaient plus d'espoir que dans la protection des cantons médiateurs. Mais les représentants des trois États aristocratiques. Manuel de Berne, Pfyffer de Lucerne et Byss de Soleure étaient occupés à négocier entre les familles régnantes ce fameux traité du 18 juillet 1782, dans lequel, soi-disant pmtr établir VégaUté parfaite dans la république, les patriciens reconnaissaient aux nobles le droit de prétendre à toutes les charges de l'État, mais attribuaient, en revanche, à tous les membres des Deux-Cents le droit de porter la particule aristocratique (le de).

 peine ce traité conclu et la paix rétablie entre les familles régnantes, une déclaration des trois cantons médiateurs apprit au peuple c que les représentations de la bourgeoisie étant dénuées de fondement, ils emploieraient toutes leurs forces à maintenir la constitution aristocratique de Fribourg. » Cette déclaration, lue aux quatre bannières, le dimanche 28 juillet, fit une impression douloureuse et profonde. A sept heures du soir du même jour, les quatre bannières se réunirent sur la place Notre-Dame et se rendirent en corps auprès de lavoyer régnant. Trois citoyens courageux, l'avocat Rey, le notaire Guisolan et le marchand drapier Ignace Girard (l'oncle du célèbre éducateur), portèrent la parole au nom de leurs concitoyens. L'avoyer Gady, qui passait pour plus favorable à la bourgeoisie que son fougueux collègue Werro, accueillit avec bonté leurs protestations.

Mais les Deux-Cents, assemblés à l'extraordinaire, le lendemain matin, sévirent avec rigueur contre les trois orateurs et les bannirent de la Suisse entière, Rey pour quarante ans, Guisolan pour vingt, Girard

236 RENOUVELLEMENT DE L'aLLIANCE FRANÇAISE.

pour dix. Un jeune noble du nom de Maillardoz, qui avait pris parti pour les bourgeois, fut banni pour six ans de la Confédération et du comté de Neuchâtel. La peine de Texil et des travaux forcés atteignit plusieurs citoyens, entre autres un paysan allemand, coupable de s'être rendu à Altorf pour réclamer Tappui des cantons populaires.

Sentant le besoin de se concilier l'opinion aigrie par ces sentences, les gouvernants mitigèrent la peine de plusieurs des compagnons de Chenaux, rendirent leurs armes aux communes insurgées, multiplièrent les récompenses aux communes et aux particuliers fidèles, et ouvrirent l'accès de la bourgeoisie secrète ou patriciat, à seize familles notables, tant de la ville que du canton. Mais des écrits clandestins, entre antres le Tocsin fribourgeois, sortis de la plume virulente de l'avocat Castellaet d'autres proscrits, réfugiés à Carouge et a NeucliAtel, entretinrent l'agitation pendant plusieurs années et donnèrent lieu à quelques désordres partiels suivis de nouveaux châtiments. Il y eut plusieurs citoyens punis de la prison, d'autres de l'exil. Parmi ces derniers figurait le médecin de la ville, Kolly. auteur d'un écrit dirigé contre leurs Excellences et revendiquant les droits de la bourgeoisie (décembre 1783. Nous retrouverons plus tard tous les proscrits fribourgeois à Paris, où ils contribueront avec les réfugiés d'autres cantons à former le c/m6 helvétique dans les premières années de la révolution française.

«• Traité de Soleare »Tee 1» Franee (%^ mai 17T7).— Politique intérieure de 1» Suisse. — Administration.

Les rapports de la Confédération avec la France et les autres pays de l'Europe avaient beaucoup changé depuis la mort de Louis XIV (1715). Son successeur et arrière-petil-fils, Louis XV, avait cherché en vain à renouveler le traité -d'alliance offensive et défensive qui unissait les deux pays aux XVI™" et XVII"® siècles. Suisses catholiques et Suisses réformés refusaient d'y souscrire; les catholiques, jusqu'à ce que le roi eût tenu la main au traité secret de 1715 et leur eût fait restituer les terres conquises sur eux par les cantons réformés ; ces derniers, guidés par le vieil esprit d'opposition rehgieux et national, dans lequel les conseils patriotiques du grandHaller et de Lavater les avaient engagés à persévérer. Les ambassadeurs de Louis XV multiplièrent en vain les galas et les largesses.

Louis XVI n'eût vraisemblablement pas été plus heureux que l^ouis XV, sans un événement inattendu, le partage de la Pologne par la Prusse, la Russie et l'Autriche, qui vint jeter l'effroi au sein des

RENOUVELLEMENT DE l' ALLIANCE FRANÇAISE. 237

cantons suisses, menacés, dit-on, d'un sort analogue à la suite d'un compromis entre les cours de Vienne, de Versailles et de Turin (1772). Un voyage que l'empereur Joseph II fit dans les cantons, incognito et sous le nom de comte de Falkenstein, accrut encore les craintes qu'avait fait naître le démembrement de la Pologne.

« Ne vois-lu pas (écrivait Jean de Muller) le fils de Marie-Thérèse, les yeux étincelanls, Tépée flamboyante, entouré des Laudon, des Lascy et des Wurmser, ne respirer que la guerre contre les Suisses, s)

La frayeur fit alors ce que n'avaient pu effectuer l'or et les promesses delà France. La diète, réunie à Soleure, s'empressa de renouveler l'alliance française pour le terme de cinquante ans (28 mai 1777). La haute assemblée se soumit même sans trop de répugnance à l'humiliant cérémonial introduit par Bassompierre, l'envoyé de Louis XV, et qui consistait à se rendre en corps à l'hôtel de lambassadeur, à lui faire cortège de là à l'église et de l'église au lieu des délibérations.

Par ce traité, dont le négociateur fut le propre frère du ministre des affaires étrangères, Vergennes, le Corps helvétique tout entier accordait à la France, en sus des troupes ordinaires, une levée de 6000 hommes pour le cas où son territoire serait envahi. En échange, le roi de France promettait appui à la Suisse en cas de danger, et s'engageait de plus à lui maintenir les privilèges et avantages accordés par les rois, ses prédécesseurs, aux ressortissants des cantons.

Dans le projet de traité ébauché par la diète à Baden (septembre, octobre, i 776), il avait été introduit une disposition en vertu de laquelle les troupes suisses ne pourraient dans aucun cas être embarquées et employées à servir outre-mer, comme cela avait eu lieu quelques années auparavant, entre autres pour la conquête de l'île de Corse, sous le ministère du duc de Choiseul. Le négociateur français eut l'adresse de faire biffer cet article gênant pour la France \

La ville de Mulhouse, l'alliée des cantons évangéliques, avait réussi à se faire comprendre dans le traité. Il en fut de même de la ville et du prince-abbé de Saint-Gall et de la ville de Bienne. Trois autres alliés sollicitaient la même faveur, l'évôque-prince de Bâle, Genève et Neuchàtel. Mais la France qui haïssait Genève, convoitait Neuchâtel et trouvait l'évoque de Bâle trop dépendant de l'empire d'Allemagne, fit rejeter cette demande par les cantons dévoués à ses intérêts. Berne n'obtint

^ Fechter, Eidgenôsaisclie Abschiede de 1744 à 1777. 479 et 1323 où le texte français du traité est en face de la traduction allemande. Pour la diète de Baden , la même 465.

Page 1