‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 34 sur 127 · INSURRECTION DANS LE BAS-VALLAIS · texte numérisé non relu

INSURRECTION DANS LE BAS-VALLAIS

lectiTe au roi Louis XVI, pour lui exprimer leurs regrets de la conduite da régiment de Châteauvieux et pour demander qu'il fût pris des mesures contre le club qui s'arrogeait le caractère d'une sorte de représentation nationale de la Suisse en France. La proposition faite par le conseil secret de Berne ^ de demander au nom de la Diète la destruction du club helvétique et l'extradition ou l'expulsion de ses membres, n'avait pas réuni la majorité des cantons ^

Sous le double coup de l'échec de Nancy et de la lettre des cantons, le club helvétique jugea à propos de désavouer toute participation à ce qui s'était passé en Lorraine. Mais en même temps il ne se faisait pas scrupule de solliciter, sur la conduite à tenir, les conseils de Marat, de sanglante mémoire, sous la date du jeudi 30 septembre 179'L Ce dernier consentit à une entrevue pour le soir même à huit heures, mais en y mettant la condition que le nombre des membres présents h celte conférence ne dépasserait pas six*. Le gouvernement de Fribourg n'avait pas besoin de cette mystérieuse entrevue pour se croire en droit de prendre les mesures les plus extrêmes contre les conspirateurs do Paris; il rendit un arrêté où il mettait à prix la tête des chefs du club helvétique, offrant cent louis pour la tête de l'avocat Castella et deux cents écus pour celle de chacun de ses huit associés ^ II annonçait de plus l'intention de demander pour son compte au gouvernement français l'extradition ou l'expulsion des proscrits (11 octobre 1790). Le fait est que les excitations du club helvétique, jointes à celles d'émissaires français et des mécontents du dedans, avaient déjà produit des symptômes révolutionnaires sur plusieurs points du territoire suisse.

Le signal des insurrections fut donné par la population française du Bas*Vallais, irritée de la vénalité de ses châtelains allemands du Haut. On arbora la cocarde verte et on planta des arbres de liberté à Saint- Maurice et à Monthey, dont le châtelain Schinner s'enfuit épouvanté devant le gros Belet, paysan aux formes athlétiques du Val d'IUiers et qui, prenant le bailli à bras-le-corps, s'était donné le cruel plaisir de le tenir hors de la fenêtre de son château, suspendu entre ciel et terre. Le landslourm du Haut-Vallais, armé de fusils, de pioches et de fourches,

* Voir la correspondance des gouvernements suisses dans Archiv fur Schtœiz^ Geschichte, Zurich, 1843, t. I.

* Ibid.

* Archives de Fribourg,

* J.-J. Sttdan (de Treyvaux) , Huguenot (d'Autigny) , l'avocat Rey et Ignace KoUy, jeune, de Fribourg, Chaperon, Conus et Gremion de Chàtel-St-Denis, Roulier de Sommentier. Dans cette pièce officielle, Castella est appelé le principal auteur de l'insurrection de Chenaux en 1781. Archiv fur Schioeiz, Geschichte, 1843r I, 318.

270 INSUEUIEGTION DANi L^ÉVÊCHÉ DE BALE.

vint facilement à bout de TinsurrectioD, grice au voisinage des troupes bernoises, dont la diète vallaisanne avait réclamé l'assistance et que les insurgés étaient aussi réduits à implorer de leur côté. C'est ce qui fit qu'on mit une certaine modération dans la répression et qu'il n'y eut que deux sentences capitales pour meurtre et incendie. Un agent français se faisant appeler le comte de Perrigny, fut livré aux Bernois, et expia ses provocations par un emprisonnement de quelques années dans ce canton*.

Après le Vallais, ce fut le tour de l'ancien évéché de Bile ou du Porrentruy, dont les habitants, excités par le club helvétique, demandaient en vain la convocation des États pour faire droit à leurs doléances. Le prince-évêque, Joseph de Roggenbach, menacé dans son autorité, s'était adressé aux cantons suisses. Ces derniers se montrant peu disposés à intervenir, le prélat réclama le secours des troupes impériales. Un escadron de cavalerie et cinq cents fantassins entrèrent à Porrentruy le 20 mars 1791. La réaction eut son cours. Deux des chefs de la révolution, Voyat et Caillot, furent condamnés à la détention perpétuelle, après avoir entendu, à genoux, lecture de la sentence qui les condamnait à mort et du jugement de son Altesse qui commuait la peine capitale en détention perpétuelle à la maison de force. Deux prêtres, leurs compUces, Copin et Lemanne, furent condamnés à la prison (12 décembre 1791^). Les vrais chefs du mouvement, l'Alsacien Rengger, syndic des États et son oncle, le chanoine Gobel, évêque de Lydda in partibus, et membre de l'Assemblée nationale de France, s'étaient soutrait^ par la fuite aux poursuites du prince-évêque. Travaillée par ces deux personnages, l'Assemblée législative de Paris qui avait remplacé l'Assemblée constituante (le l*** octobre 1791), envoya des troupes françaises occuper le pays de Porrentruy. Transformée un moment en république rauracienne (le 19 décembre 1792), cette contrée était plus tard réunie à la France par décret de la Convention du 23 mars 1793, sous le nom de département du Mont-Terrible^ , et plusieurs années après, annexé, comme simple sous-préfecture, au déparlement du Haut-Rhin (1800).

Depuis la malheureuse tentative de Davelen 1723, le pays de Vaud n'avait pas donné d'inquiétude à leurs Excellence; de Berne. Les paysans, le clergép la noblesse en général et une grande partie même des bourgeois des villes étaient sincèrement dévoués au régime bernois, et il

* Yerdeil, Histoire du canton de Vaud, III, S67.

* Quiquerez, Monuments de rancien Êcêché de BdU^ D.lémont, 1870, 97 et 100.

* Du nom de la colline de Mont-Terri à une lieue de Porrentruy.

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