AGITATION DANS LE PAYS DE VAUD
eûl été facile à une administration généreuse et prévoyante de s'attacher tout ce pays. Mais au lieu d'alléger un joug que les idées du temps rendaient difficile à supporter, Berne semblait prendre à tâche de le rendre plus lourd, c Les Bernois, dit un illustre historien vaudois, vouc lurent avoir des sujets, ils firent des révoltés \ »
En 1790, le pays de Vaud ne payait pas moins de 1,700,000 francs d'impôts et cependant arts, manufactures et industrie languissaient dans ce pays, faute de vie et d'encouragement \ Les extorsions bailUvales n'avaient pas cessé complètement. Aussi, après la convocation des États généraux en France et la prise de la Bastille (14 juillet 1789), les idées révolutionnaires firent-elles quelques progrès. La prise de la Bastille fut fêtée à Rolle, par un banquet public (14 juillet 1791), où se signala par son zèle révolutionnaire ou patriote, comme on disait alors, un gentilhomme vaudois, Amédée de La Harpe, seigneur des Uuins, qui devait se faire un nom comme un des meilleurs généraux de la République française. Vers le même temps, l'avocat Jean- Jacques Cart établissait dans un virulent écrit intitulé : Mémoire à consulter, le droit des Vaudois à être traités en hommes libres par leur souverain et recevait en récompense de cet écrit la bourgeoisie d'honneur à Morges. Mais un homme marque surtout dans la révolution vaudoise et la révolution helvétique qui suivra, c'était Frédéric-César de La Harpe, né à Rolle, comme son cousin le seigneur des Uttins (le 6 avril 1754). De La Harpe était doué de beaucoup de courage civique, de générosité et de grandeur d'âme, mais il était passionné, violent, peu scrupuleux sur les moyens, surtout au début de sa carrière politique. Après avoir exercé les fonctions d'avocat pendant quelques années et plaidé comme tel devant leurs Excellences de Berne, il s'était senti froissé dans son sentiment de dignité personnelle et de nationalité vaudoise par ce mot hautain d'un patricien bernois : « Vous êtes nos sujets. » 11 avait renoncé au barreau et à sa patrie pour se vouer à l'éducation des jeunes grands-ducs de Russie, Alexandre et Constantin (1784). Républicain à la cour comme il l'avait été en Suisse, celui qu'on nomme dès lors le colonel ou généra ILa Harpe, quoiqu'il n'eAt jamais été soldat.
^ Monnard, Histoire de la Confédération, XV, 534.
* Schuler, Thaien und Sitten der Eidgenossen (IV, 1, 662), prétend au contraire que tout était pour le mieux et yante Pexcellente administration et la justice impartiale de Berne dans le pays de Vaad, où c Tout, dit-il, prospérait de plus en plus. » Cette appréciation est aussi celle de Seigneux de Correvon, dans son Précis d^hisfaire de Ut Bévolulion de Vaud y et Rovéréa, dans ses Mémoires, parle dans le même sens et vante les belles routes construites par les Bernois, I, 187.