‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 36 sur 127 · S72 AGITATION DANS LE PAYS DE VAUD · texte numérisé non relu

S72 AGITATION DANS LE PAYS DE VAUD

inspira à ses élèves des idées de libéralisme auxquels Alexandre resta fidèle pendant une grande partie de son règne. Grâce à LeFort de Genève et au Vaudois La Harpe, la Suisse a influé deux fois et de la façon la plus heureuse, sur les destinées de la Russie. Celle-ci le lui rendra et deviendra à son tour une bienfaitrice pour nos rivages^. A Pétersbourg aussi, comme à Lausanne ou à Berne, La Harpe songeait au pays de Vaud et k ses griefs contre Berne. Les Lettres d'Hehetus et d'autres pamplets publiés dans les journaux de Londres, contribuèrent beaucoup à l'exaltation des esprits déjà suffisamment moptés par les nouvelles de France. La tentative d'évasion du roi Louis XVI de France et son arrestation à Varennes quelques heures après son départ, avaient mis aux prises dans le pays de Vaud les aristocrates et les patriotes. Pendant que les premiers, trompés par le faux bruit de la délivrance de Louis XVI, s'étaient livrés a une joie folle et insultante pour leurs adversaires, les partisans de la révolution passèrent à leur tour de la stupeur du premier moment à une allégresse inouïe et à des manifestations publiques qui provoquèrent des mesures de rigueur de la part des Bernois. Deux citoyens considérés, l'assesseur-bailUval Rosset de Lausanne et le capitaine Muller de La Mothe furent enlevés de nuit et enfermés au château de Chillon. D'autres Vaudois marquants, Amédée de La Harpe, l'avocat Cart et Boinod d'Aubonne, le correspondant du club suisse, se dérobèrent par la fuite à l'emprisonnement. Mais la Haute Commission établie pour sévir contre les patriotes, n'en poursuivit pas moins le cours de ses sentences draconniennes. Amédée de La Harpe, l'ordonnateur de la fête de Rolle était condamné à mort par contumace et privé de ses biens; Rosset et Muller de La Mothe, condamnés à vingt-cinq ans de détention dans la forteresse d' Aarbourg et aux frais ; d'autres citoyens, entre autres le docteur en droit Miéville d'Yverdon, à un emprisonnement plus ou moins long. Les Deux-Cents de Lausanne protestèrent en vain contre les procédés arbitraires de la Haute Commission. Celle-ci mit le sceau à ses opérations par la scène du Champ de l'Air, près de Lausanne (30 septembre 1791). Vingt-sept députés des villes vaudoises, tète nue, entourés de soldats bernois et de paysans de ce parti, durent entendre une admonestation sévère, dont le souvenir inspirait encore trente ans après un sentiment pénible à un témoin oculaire, le colonel Ferdinand de Rovéréa, de Vevey (1763-1829). Cet homme de talent et de cœur, le champion le plus dévoué des Bernois, blâme hautement dans ses Mémoires cette cérémonie aussi outrageante qu'impoU tique Mmpolitique,

^ Expression de M. L. YaniemiD.

' Rovéréa, Mémoires publiés par de Tatélf avoyer de Berne. I, Berne, 18.

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elle Tétait d'autant plus que la révolution française venait de porter à la royauté un nouveau coup plus terrible que tous les précédents.

Louis XVI, odieux au peuple de Paris depuis sa tentative d'évasion, l'avait irrité encore par son veto aux lois rendues contre les émigrés et les prêtres réfractaires. L'invasion des Prussiens et le manifeste menaçant lancé par les souverains contre Paris, s'il ne rétablissait pas le roi dans tous ses droits^ achevèrent d'exaspérer, la multitude et servirent à souhait les desseins des sycophantes qui la dirigeaient. Dans une entrevue secrète à Cbarenton, Danton, Marat et Robespierre s'entendirent pour envahir les Tuileries et proclamer la déchéance du monarque, désirée aussi par les Girondins. L'Assemblée nationale elle-même était vouée à la destruction en cas de résistance. L'insurrection fut fixée au 10 août.

Le 9 août, à minuit^ le tocsin sonne, et vers le matin une multitude immense, qu'on évalue à cent mille hommes et p()urvue d'une artillerie formidable, se porte au château des Tuileries, défendu par 8 à 900 Suisses^ quelques bataillons de gardes nationaux et un certain nombre de volontaires royalistes. Mais le chef de la garde nationale Mandat, qui avait l'ordre de l'Assemblée nationale de repousser la force par là force, ayant été traîtreusement assassiné par les factieux, une grande partie de la garde nationale se disperse ou fait cause commune avec les insurgés. Le soin de la défense tombait alors presque exclusivement aux Suisses que commandait le lieutenant-colonel de la garde royale, le général de Maillardoz, en remplacement de son cousin octogénaire, le général d'Affry, malade et brouillé avec la reine. Quoique sans artillerie, les soldats suisses firent leur devoir en hommes d'honneur. Ils se battirent comme des lions, balayèrent la place royale, la place du Carrousel et firent reculer l'émeute. Un officier lucernois, plein de valeur, le maréchal de camp Dûrler, dirigeait la sortie. Mais le roi ayant pris la résolution de se réfugier avec la famille royale au sein de l'Assemblée législative, ei ordonné de cesser le feu, la plupart des Suisses sont massacrés sans défense ou meurent en défendant chèrement leur vie contre les fédérés Bretons et Marseillais, avides de leur sang. Quatre-vingts soldats désarmés sont immolés jusqu'au dernier pendant qu'on les emmenait prisonniers sur la place de Grève.

Plusieurs officiers qui avaient échappé à la mort, le 10 août, la trouvèrent dans les affreuses journées de septembre, où, sous les auspices de Marat, le mauvais génie de la révolution, 1386 personnes de tout âge, de tout sexe, de toute condition, furent massacrées par des égorgeurs

BIBTOIBE SUISSE, TOME n. 18

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k gages dans tes prisons et les hospices de Paris \ Au nombre des victimes de septembre figure le Frédéric de Maillardoz qui avait commandé la garde royale au 10 août à la place du vieux général Auguste d'Affry. Il fut immolé à la Conciergerie. D'Affry lui-même, emprisonné à Tabbaye, fut traduit devant le tribunal révolutionnaire, érigé sept jours après l'assaut des Tuileries, mais il fut acquitté sur Tordre de Robespierre, en raison de son grand âge et des circonstances qui l'avaient empêché de prendre part aux événements du 10 août. Le tribunal révolutionnaire ne fut pas aussi clément pour le général Bachmann de Glaris, le troisième officier en grade de la garde royale. Il fut guillotiné le 3 septembre, sur la place de Grève et eut ainsi les honneurs d'une exécution régulière, refusée à la plupart de ses compagnons d'infortune. Le capitaine Rodolphe de Reding, blessé au 10 août, avait été transporté à lachapelle de l'abbaye où il était soigné par une personne qui l'aimait et qui avait pris le costume d'une sœur de charité. On le croyait oublié, lorsque deux assassins l'enlevèrent de son lit pour le tuer dans la rue.

Des traits d'héroïsme pareils à ceux des plus beaux temps de l'histoire suisse avaient marqué la journée du 10 août et méritent d'être transmis à la postérité. Le sergent-major Fridoli Hefti de Claris, homme d'une force herculéenne, atteint d'un boulet à la cuisse, repousse ses camarades qui venaient lui donner des soins, en disant : « le tambour bat, allez où le devoir vous appelle. » Le sergent Stalder, de Lucerne, défendit avec quelques-uns des siens deux canons qu'il avait pris aux Marseillais, leur tua 20 hommes, et le bras droit coupé d'un coup de hache, il combattait encore avec le gauche. Un officier fribourgeois, le lieutenant Hubert de Diesbach mourut, les armes à la main, avec 6 des soldats de son canton qu'il exhortait en patois à tenir ferme.

Un jeune officier neuchàtelois, à peine arrivé au régiment et qui avait dû emprunter un uniforme pour prendre part à la défense des Tuileries, l'enseigne de bataillon François-Georges de Montmollin, tombait percé de coups sur la place Louis XV, en s'enveloppant dans les plis de son drapeau qu'on ne lui arracha qu'en lambeaux et avec la vie.

On a représenté les Suisses du 10 août comme des satellites du despotisme \ Ils étaient armés, au contraire, pour la défense de l'ordre

^ Quand Marat était encore royaliste et croyant, il parlait déjà de disséquer les impies et les rebelles, et écrivait dans son Livre sur r/âomme (1777) cette phrase caractéristique : c La pitié est un sentiment factice, acquis dans la société. » ' Entre autres dans le quatrain suivant :

c Fidèles au serment que l'erreur a dicté, Généreux défenseurs d'une injuste querelle, Vous morts, en combattant contre la liberté, Vous eussiez mérité d'avoir vécu pour elle. »

coDstUutionnel et avaient reçu de TAssemblée nationale la consigne de repousser la force par la force. Sur les 48 sections dont se composait la ville de Paris, 10 seulement voulaient la révolte. La prise de la Bastille (i4 juillet 1789) avait été la destruction de la royauté absolue; le iOaoût fut la ruine de la monarchie constitutionnelle et de la liberté parlementaire. Elle eut pour résultats la déchéance de Louis XVL Temprisonnement de la famille royale et la proclamation de la République dont personne ne voulait un an auparavant.

En Suisse, le 10 août et les journées de septembre avaient d'abord répandu le deuil et la consternation. Ces impressions firent place ensuite à celles de la colère et de la vengeance. « Guerre, disait-on, aux meurtriers de nos frères'. » Berne, par la voix de son avoyer Steiger, proposait à la diète d'Aarau, 3 septembre, de rompre toute relation diplomatique avec la France, d'exiger d'elle l'évacuation de l'ancien évèché de Bâle par ses troupeset d'appeler le peuple entier sous les armes. Mais ces propositions vigoureuses, présentées par le trésorier Frisching, échouèrent devant la tiédeur de Zurich et des autres cantons qui prirent la chose ad référendum et laissèrent ainsi passer l'occasion de montrer une Suisse forte et unie \ Frisching lui-même, jusque-là l'auxiliaire de la politique énergique de Steiger, frappé de l'impuissance des Confédérés, devient un partisan déclaré de la paix et le chef même de ce parti à Berne, en opposition à celui de la guerre que dirige Steiger. c La division de ces deux hommes, dit Monnard, fut un malheur pour leur patrie'. » Parmi les partisans de la paix figuraient d'ailleurs des hommes bien différents d'opinions et de tendances, ainsi les deux généreux Zuricois, Paul Ustéri et Conrad Escher, qui voyaient dans la révolution le triomphe de principes qui leur étaient chers et la délivrance des peuples sujets. Ainsi encore le fameux patricien bernois Charles-Louis de Haller, qui après avoir péroré dans les clubs révolutionnaires du haut d'une table, le bonnet rouge sur la tête, devait plus tard maudire dans ses actes et ses écrits la révolution que ce petit-fils du grand Haller avait acclamée avec enthousiasmeMJne démarche du comte d'Artois, frèrede

^ De Rovéréa, Mémoires, I, 88.

* Gerold Meyer von Knonaa, eidgen, Ahschiedej de 1778 à 1798, 185. ' Monnard, Histoire de la Confédération suisse, XV , 466.

* Charles-Louis de Haller, né à Berne le l" août 1768, mort à Soleare le 17 mai 1854. C'est celui qu'on nommera Haller le Bestaurateur, après la publication de son grand ouvrage écrit en allemand, delà Restauration des sciences poUUques^ où il combattra Ronsseau et tous les publicistes de l'école démocratique et libérale, en leur opposant sa théorie de l'inégalité et de la dépendance naturelle de l'homme et de Torigine divine du pouvoir des rois.

276 RÉVOLUTIONS DÉMAGOGIQUBS A GRNÈVE.

Louis XVI et du prince de Condé qui se rendirent à Berne, n'eut aucun résultat. La France était représentée en Suisse par le royaliste marquis de Vérac. On le remplaça par un partisan modéré de la révolution« François Barthélémy, bienveillant pour la Suisse, mais qui naturellement favorisait de tout son pouvoir le parti de la paix (janv. 1 792).

Les deux partis, dans le principe du moins , parvenaient cependant quelquefois à s'entendre pour prendre en commun une mesure énergique quand les circonstances la rendaient impérieusement nécessaire au salut de la patrie.

Une entente de ce genre sauva Genève d'une première tentative d'invasion française, après la désastreuse journée du iO août.

L'histoire des troubles de cette république, après 1789 et de sa chute en 1 798 est bien propre à nous éclairer sur les funestes effets d'un esprit de parti excessif pour un État libre ou qui tend à le devenir.

Depuis la défaite du parti des Beprésentants en 1782, la ville d'Arve et Rhône avait extrêmement gagné en population, en richesse, en prospérité publique. Les Genevois étaient les banquiers de l'Europe, les rois du crédit. La cour de Turin sous Victor- Amédée III, lui oppose en vain une rivale dans le village de Garouge, élevé au rang de ville, renouvelant ainsi l'essai tenté par le duc de Choiseul pour Versoix, quelques années auparavant. Genève n'en continue pas moins à prendre l'essor sans s'inquiéter du voisinage. Mais si Genève était prospère, elle était loin d'être aussi libre qu'autrefois. Le régime militaire introduit en 1782, la suppression de la milice citoyenne, l'accroissement de la garde soldée portée de 800 à 1 200 hommes, et commandée par des ofliciers étrangers, la fermeture des cercles remplacés parles cafés réputés moins dangereux, et enfin l'exclusion absolue des natifs des rangs de la bourgeoisie étaient des choses qui contrastaient par trop non seulement avec les libertés genevoises, mais avec les idées que la révolution française avait jetées dans le monde, depuis 1 789. Cette même année était marquée à Genève par des émeutes de subsistances qu'il fallut réprimer par la force. Grâce toutefois à quelques hommes modérés et à un magistrat populaire surtout, le syndicDunand, le gouvernement fit droit à presque tous les griefs des mécontents, rappela les exilés, et consentit même à recevoir les natifs de la quatrième génération dans la bourgeoisie. Ces changements votés par le Conseil général ou assemblée de tous les citoyens excitèrent à Genève un réel enthousiasme. Mais les chefs des Représentants réfugiés à Paris ne pouvaient être satisfaits tant que las négatifs ou aristocrates gardaient le pouvoir. Ces derniers ayant offert à la France un don patriotique de 900,000 Hvrespour l'aider à payer ses dettes, les

Geoevois établis à Paris, Clavière, Pierre Dumont, Duroveray, Reybaz protestèrent et l'Assemblée nationale rejeta ce cadeau avec dédain.

La constitution genevoise avait dans son sein un ennemi plus dangereux encore, c'était l'avocat Jacques Grenus, une sorte de Gatilina genevois. Cet ancien Représentant, exilé également en 1782, mais rentré dans sa patrie, s'était mis à la tête d'un nouveau parti, celui des Ègalisetirs ou partisans de Y Égalité absolue.

Les paysans du Mandement dont une partie étaient encore soumis à la corvée et à la dîme, abolie en France, en 1 789, formaient le noyau des Égaliseurs. Ils avaient pour auxiliaires un certain nombre de natifs et Ifô enfants élevés par charité à l'hôpital. Les ÉgaUseurs, au nombre de 300 à 400, ayant tenté, le 15 février 1791, un coup de main sur la porte de Coriiavin, Grenus, l'auteur du soulèvement, est condamné à l'exil perpétuel et va de nouveau porter à Paris ses rancunes et ses espérances. Au moment où Grenus s'éloignait, un autre chef de l'ancien parti représentant, Duroveray, rentrait à Genève et se ralliait à Tordre de choses existant. Sur le conseil de ce politique habile et dans le but de se concilier les esprits, le gouvernement donnait une constitution plus libérale que les précédentes et accordait la liberté de la presse, avec presque tout ce que demandaient les paysans. Ce nouvel édit soumis au Confit général y réunit 11^26 sufirages contre 313 (22 mars 1791).

Mais l'année après, les événements du 10 août et de septembre rendaient à Grenus toute son audace. Il intriguait auprès des Jacobins de Paris pour en obtenir l'annexion de Genève à leur pays et trouvait des auxiliaires de sa politique anti-nationale au sein du club helvétique et dans son compatriote, le girondin Clavière qui, après avoir été ministre des finances sous Louis XVI, l'était redevenu sous la république.

L'annexion de Genève à la France fut décidée. Le général Montesquiou, envoyé à la tête d'une armée, pour envahir la Savoie (septembre 1 792) recevait l'ordre de s'emparer de Genève. « Il faut, disait Clavière, détruire ce nid d'aristocrates. »

Genève étaitperdue sans l'arrivée soudaine de 1600 Bernois et Zuricois, suivie de celle de 1500 soldats vaudois, en ce moment fort animés contre las auteurs du 10 août, et sans la déclaration presque unanime des Deux-Cents de Berne «qu'on sacrifierait biens et vies pour l'indépendance genevoise. » Cette intervention arrêta la marche de l'armée française qui n'était que de 6000 hommes et donna aux magistrats genevois le temps de négocier avec Montesquiou, homme loyal et bienveillant, qui signa le traité de Carouge par lequel il s'engageait à ne pas attaquer la ville moyennant le renvoi de sa garnison suisse. Le traité ayant reçu, le

27 octobre, l'approbation de Berne, de Zurich et du Conseil général de Genève, Montesquieu tint religieusement sa parole; mais accusé de trahison par Clavière, il s'enfuit sur le territoire bernois et échappa ainsi à la guillotine qui, quelques mois après, se dressait pour tous les généraux suspects, après avoir tranché la tête de l'infortuné Louis XVI.

La fièvre ultra-révolutionnaire qui consumait la France sous le régime de la Terreur gagna aussi Genève. Ce royaume, transformé par la violence en république démagogique, s'était couvert de clubs, de tribunaux de sang, de cachots et d'échafauds. Les égaliseurs genevois voulurent avoir aussi les leurs et se mirent à copier les allures des montagnards parisiens dont ils avaient déjà adopté le nom, les couleurs, le Ça ira et tout le costume à la fois théâtral et débraillé. Excités par Grenus et soutenus par le résident français Soulavie, prêtre défroqué et agent de Robespierre, les sans-culottes traduisent neuf de leurs ennemis devant le tribunal révolutionnaire composé en partie d*ouvriers, et présidé par Bousquet. Ce tribunal condamne à mort 7 des prévenus. Le club révolutionnaire réuni tout entier maintient la sentence capitale pour quatre das condamnés et en gracie trois autres. Mais les forcenés du parti, excités par un nommé Cellier, président du comité militaire, crient à la trahison et fusillent les sept prévenus, à leur tète deux magistrats éminents de l'ancien régime, Cayla, ancien conseiller et Prevost-Cabanis, ancien procureur général et jadis très aimé du peuple (âo juillet 1 794). Le 2 août suivant, nouvelles exécutions où tombent fusillés comme les précédents, l'ancien syndic Fatio, un petit-fils du martyr de la démocratie en 1707 et Naville-Gallatin, ancien procureur général, dont la mort causa une sensation douloureuse aux habitants du quartier de St-Gervais, fx>/>ti/a/i(0n inflammable, mais gétiéreuseK Le 10 août suivant, périrent encore sous le plomb des sans-culottes un marchand horloger et un agioteur enrichi.

L'ancien chef du parti des natifs, IsaacCornuaud, avait été également traduit devant le tribunal révolutionnaire sous la prévention de s'être allié aux aristocrates contre les Représentants. Mais cet homme, aussi habile qu'éloquent, n'eut pas de peine à démontrer aux juges qu'il ne s'était allié aux aristocrates que pour leur arracher en faveur des natifs tous les droits dont ces derniers jouissaient en ce moment. Les juges

' L'an des juges, en prononçant la sentence de Xavine-GaHatin, lui dit : c J*ai deux consciences, dont Tune t'absout et l'autre te condamne pour sauver la république. > — « Elle perdra en moi un grand citoyen, > répliqua froidement le noble magistrat. D'Ivemois, Relation des faits accomplis par les révotuUonnmres genevois. 1850, Fick, 88.

appartenant presque tous à cette classe, Cornuaud fut non-seulement acquitté, mais embrassé et porté en triomphe^ au sortir de l'audience.

La spoliation avait marché de pair avec les supplices, les biens des aristocrates avaient servi à entretenir les sans-culottes, leurs femmes et leurs enfants. On évalue à 600,000 florins l'argent dépensé de cette manière. Mais le résident français Soulavie et Grenus n'étaient pas satisfaits et poussaient à la réunion du pays à la France, de concert avec leur ami Marat, un digne frère de VAmi du peuple, qui s'était fixé à Genève. Mais la chute de Robespierre, en août ou thermidor 1 794, eut pour contre-coup une réaction violente à Genève. Ce fut au tour des anarchistes de monter sur l'échafaud. Le libraire Vittel et d'autres égaUseurs subirent la peine capitale (25 août), Jacques Grenus fut condamné à mort par contumace. Soulavie emmené par son successeur, nommé Adet, quitta Genève au milieu des imprécations delà multitude. Tous les emblèmes du jacobinisme disparurent avec ses clubs. Une fête de réconciliation fut célébrée à la cathédrale. Mais le calme n'était qu'apparent. Il y eut bientôt entre les sans-culottes et les cravattes vertes, jeunes muscadins partisans de l'ancien régime, puis entre las sans-culottes et les Amis de Tordre?, comme s'appelaient leurs adversaires, de nouvelles scènes de violence. Le résident de France, Félix Desportes qui avait succédé à Adet et représentait le directoire français installé en octobre 1795, jouait le rôle ostensible de médiateur qu'il échangera plus tard contre un autre moins honorable. Mais les efforts de Desportes et des modérés sont vains. Deux chefs du parti opposé aux sans-culottes, Pradier et Bandit sont saisis par ces derniers et massacrés dans les rues (22 septembre 1 796). Mais l'horreur que cause cet assassinat provoque une réaction salutaire et la remise du pouvoir à des patriotes honnêtes et modérés dont l'administration équitable assure, pour un certain temps du moins, à Genève la tranquillité au dedans avec l'indépendance au dehors.

Pendant que l'égalité des droits sortait victorieuse des crises violentes par lesquelles avait passé la république genevoise, elle recevait un nouvel échec sur les bords du lac de Zurich.

Les habitants de Kûssnacht, Horgen, Staefa, Richterschwyl et Waedenschwyl, se distinguaient par une vivacité d'esprit peu commune et des goûts artistiques et Uttéraires rares au sein des communes rurales. Cette population avait accueilli avec bonheur les idées de liberté et d'égalité de la révolution française qu'un cercle de lecture, fondé dans le village de Stefa, était venu aviver et répandre. Un potier, ami du beau et appartenant à la classe des autodidactes, Henri Neracher et deux autres habi-

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