‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 42 sur 127 · BONAPARTE EN SUISSE · texte numérisé non relu

BONAPARTE EN SUISSE

de ritalie» celui-ci les accueillit personnellement assez bien, mais en faisant entendre de vives plaintes contre Berne qu'il qualifia d'ennemie de la République française, dans sa réponse écrite aux représentants de la Confédération helvétique à Lugano, le Bernois Wurstemberger et Schmid d'Uri. Mais comme en fin de compte Bonaparte semblait avoir renoncé pour cette fois à annexer les bailliages italiens à la Cisalpine, les représentants crurent devoir lui en marquer leur sensibilité (style de lepoque) en termes assez obséquieux pour justifier le jugement amer porté par le général sur la servilité des Suisses de son temps ^

Déjà prépondérante en France par la conquête de l'Italie, l'influence de Bonaparte y acquiert une nouvelle force après le coup d'État du 18 fructidor ou 4 septembre; coup d'État aussi fatal à la Suisse qu'à la liberté en général, au nom de laquelle il fut commis \

La Confédération suisse, malgré toutes les machinations du club helvétique et de révolutionnaires influents, comme le girondin Brissot, avait été épargnée par les divers régimes qui s'étaient succédé en France, de l'Assemblée constituante à la Convention. Robespierre, luimême, s'était montré favorable au maintien de l'indépendance helvétique. En pleine terreur, le 9 pluviôse (21 février), le fameux chef de la Montagne mandait au colonel Weiss, patricien bernois et auteur d ouvrages philosophiques, ces lignes significatives :

c Ce nom Suisse est une recommandation puissante auprès d'un ( vrai Français et surtout auprès de moi. i»

Dans le principe, le Directoire français ne s'était pas montré non plus hostile à l'indépendance helvétique. Il comptait cependant dans son sein un ennemi ardent des Bernois, l'avocat Rewbell, de Colmar, qui avait perdu un procès dans leur ville. La Suisse, il est vrai, dut acheter cette tolérance du Directoire au prix de sa neutralité et d'autres droits précieux. C'est ainsi qu'il lui fallut accorder passage sur son territoire à l'armée française du général Moreau, chasser impitoyablement de son sol des milliers d'émigrés, hommes, femmes et enfants, et congédier poliment l'ambassadeur anglais, William Wickam, accusé de fomenter la contre-révolution. Un agent du Directoire, aussi arrogant qu'artificieux, Joseph Mengaud, avait la main dans tout cela et ne laissait passer aucune occasion de semer la zizanie. L'ambassadeur de France en titre, François Barthélémy, qui représentait officiellement

* Gerold Meyer de Knonau, Eidgen. Abschiede de 1778 à 1798, 245 et suiv.

* « Le 18 Fructidor fut fait au nom de la liberté, et c'est la liberté qui y périt, » dit Péminent historien belge, Laurent, dont l'appréciation diffère de celle de certains historiens français.

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ce pays depuis 1793, était, nous l'avons dit, un grand ami de la Suisse, el ses bons offices n'avaient pas peu contribué au maintien de la paii entre les deux pays. Son élévation au Directoire, dont faisait partie ud autre ami des cantons, le célèbre Carnot, l'organisateur de ia défense nationale, semblait offrir une nouvelle garantie que l'accord ne serait pas troublé. Mais Barthélémy et Carnot se brouillèrent avec Rewbell et leurs deux autres collègues. Ils se brouillèrent également avec Bonaparte, alors en Italie, mais dont Talleyrand, devenu ministre des affaires étrangères, recevait les inspirations à Paris. Barthélémy et Carnot avaient pour eux la majorité des conseils des Cinq>Cents et des Anciens. Mais des troupes commandées par le général Augereau, un lieutenant de Bonaparte, cernèrent les Conseils, dont cinquante-deux membres furent enlevés et déportés, au 4 septembre ou i8 fructidor, à leur t£te Barthélémy. Carnot, plus heureux, parvint à s'échapper et à gagner Genève.

Les anciens plans d'invasion de la Suisse reprirent alors leur cours sous l'influence toute puissante de Rewbell et de Bonaparte. Ce dernier méditait déjà cette campagne d'Egypte qui devait s'accomplir quelques mois plus tard, et dans la pénurie d'argent où se trouvait le Directoire, il en était réduit à convoiter le trésor de Berne. Ayant à traverser la Suisse en novembre 1 797, pour se rendre au congrès de Rastadl, le vainqueur de l'Italie ne laissa paraître d'abord que des sentiments de bienveillance et disait le 21 novembre aux magistrats genevois accourus pour le féliciter : * la République française voudrait être entourée

■ de cinquante républiques comme la vôtre. «

A Lausanne, où il arriva le â3 novembre, Bonaparte fut accueilli comme un libérateur par le parti qui aspirait à l'indépendance. On lui érigea un arc de triomple, décoré de verdure et où se lisaient les mois qu'il avait prononcés à l'occasion des Valtelins, sujets des Grisons: < un peuple ne saurait avoir pour sujet un autre peuple, sans violer

■ tous les principes du droit public et naturel. •

A Morat, où le bris de sa voiture le contraignit de s'arrêter pendant deux heures chez le bailli fribourgeois de Gottrau, Bonaparte vit pour la [inmiére fois l'homme dont il devait faire un jour le premier landammari lie k Suisse, le comte Louis d'Affry, filsde l'ancien colonel de la garde royale île Louis XVI et qui lui-même, offîcier aux gardes, avait quitté le ser '^'il'e de France, après le 10 août, avec le grade de maréchal de camp Bonaparte s'entretint longuement avec d'AfTry sur les affaire^ de la Suisse et parla de sa neutralité comme d'un bonheur pour la France. ( La Suisse est heureuse, dit le fameux général, il n'y faut pas tou-

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