‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 49 sur 127 · BONS COTÉS DU RÉGIME UNITAIRE · texte numérisé non relu

BONS COTÉS DU RÉGIME UNITAIRE

faire installer les deux nouveaux directeurs par un chef de brigade français, aux applaudissements des servîtes qui assistaient à cette scène humiliante pour l'honneur suisse. Tous ceux, au contraire^ qui nourrissaient quelques sentiments de dignité et d'indépendance se sentirent froissés, et le directeur français lui-même, trouvant que Rapinat avait outrepassé la masure, feignit de le révoquer et fit savoir par Schauenbourg au Grand Conseil qu'il eût à procéder au remplacement des deux directeurs par la voie constitutionnelle.

Ce nouveau message fut« comme le premier, suivi de grands applaudissements, mais avec la différence que les indépendants purent joindre leurs bravos à ceux des serviles. Au reste, l'espoir de voir Rapinat quitter l'Helvétie ne se réalisa point. Les députés de la nation n'osèrent pas non plus réintégrer purement et simplement dans leurs fauteuils les deux magistrats destitués par Rapinat. Ils procédèrent donc, selon l'invitation du directoire français, à une nouvelle élection qui eut pour résultat la nomination d'Ochs, le candidat de Rapinat avec 83 voix sur 97, et celle de La Harpe opposé à Dolder, par 56 voix sur 90.

L'entrée de César de La Harpe au Directoire marque l'apogée du régime unitaire. L'abolition de la torture, de la traite foraine, de l'impôt sur les Juifs; la publicité des débats judiciaires: la conversion des postes en domaine de l'État; le rachat des droits féodaux moyennant indemnité aux propriétaires, sont au nombre des principales lois et des bienfaits de cette époque. Ce qu'on appelait les droits féodaux, c esl-a-dire les cens et les dîmes, avaient été d'abord abolis à l'instigation du général Brune. Mais on dut les rétablir ensuite, soit pour ne pas priver rÉlat de toutes ressources, soit parce qu'on n'y voyait qu'une dette comme une autre et non point une véritable servitude féodale. La dîme avait été purement abolie en France et c'est à l'imitation de ce pays qu'elle avait été supprimée. Mais dans l'assemblée nationale elle-même, cette abolition avait été combattue par l'abbé Sieyès dont on connaît la parole mémorable: « Ils veulent être libres, mais ils ne savent pas être justes. » Le ministre de l'intérieur, le célèbre docteur Albert Rengger, de Brougg, dirigeait son dicastère avec la hauteur de vues et la fermeté de volonté qui dénotent l'homme supérieur et l'administrateur accompli. Ami du précédent, et natif de Brougg comme lui, le ministre des arts et sciences, Albert Stapfer, n'apportait pas moins de talent et de zèle à l'œuvre de l'éducation nationale et dans la direction du mouvement intellectuel. Les écoles de la campagne, néghgées jusque-là dans beaucoup de cantons, étaient l'objet de sa sollicitude spéciale. La création

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