‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 50 sur 127 · BO?IS COTÉS DU RÉGIME UNITAIRE · texte numérisé non relu

BO?IS COTÉS DU RÉGIME UNITAIRE

des Conseils d'éducation et d'une école normale helvétique, rétablissement d'archives suisses et la première idée d'une bibliothèque nationale, la première pensée aussi d'une école fédérale, pépinière d'hommes d'État, de prêtres, de légistes, de savants pour tout le pays, appartiennent au noble et profond génie de Stapfer. On lui doit la publication d'une feuille populaire destinée à instruire le peuple et a servir de centre et d'organe aux littérateurs de l'Helvétie. Beaucoup d'hommes éminents (Ch.-Louis de Haller, l'historien Fiissli, Zschokke, Pestalozzi, le père Girard, alors à son début dans la carrière pédagogique) reçurent les encouragements de ce ministre éminent; Zschokke fut employé à la censure des ouvrages, Pestalozzi à la rédaction de la feuille populaire, Girard au bureau des cultes de la république helvétique. Ch.-Louis de Haller commença sous les auspices du nouvel ordre de choses auquel il paraissait attaché, la rédaction des Annales helvétiques, dont la suppression devait être votée quelques mois après par les Conseils. Les premières expositions des beaux-arts et des arts utiles sont une des heureuses innovations de ce ministère mémorable, marqué encore par le décret qui exemptait d'impôts et les fonds d'école et ceux qui seraient afliectés à la création de la bibliothèque nationale. On doit au régime unitaire le rétablissement de fait à Berne et à Lausanne du culte catholique proscrit depuis la Réformation. Mais en dépit de ses bonnes lois et de la sagesse d'une partie de ses employés, le régime unitaire ne devint réellement populaire que dans les nouveaux cantons de Vaud, de Thurgovie et d'Argovie, et dans certaines parties de ceux de Zurich et de Bâie. Partout ailleurs on lui reprochait son origine étrangère, sa dépendance absolue à l'égard de la France, les traitements excessifs qu'il faisait à ses fonctionnaires dans un temps de pénurie générale ^ et son asservissement complet au directoire français. Ce dernier, en effet, disposait en maitre de l'Helvétie, et non content de laisser à sa charge l'entretien d'une armée française de 30,000 hommes, il lui imposa l'obligation de lui fournir 18,000 hommes de troupes auxiliaires (19-24 août). Le costume théâtral des autorités contribuait à les rendre ridicules et les exposait aux sarcasmes et aux insultes des adversaires. « Avec leurs écharpes < de couleur, ils brillaient, dit un contemporain, comme des hanne- « tons au soleil. j>

^ Ces traitements étaient de 1200 louis, réduits ensuite à 890, pour les directeurs, de 400 pour les ministres, de 275 pour les membres des deux Conseils, de 250 pour les préfets, de 150 pour les administrateurs cantonaux. Les traitements s'élevaient à 5 millions quarante-cinq mille francs, les dépenses totales à 20 mil-

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Divers décrets relatifs aux personnes et aux choses ecclésiastiques, le séquestre mis sur les biens du clergé (le 8 mai), la défense aux couvents de recevoir des novices, la suppression de l'abbaye de St-Gall, les mariages mixtes (2 août) , l'expulsion du nonce Gravina (9 mai) et lexclusion des fonctions publiques prononcée à l'égard des 4000 ecclésiastiques des deux confessions, ajoutèrent au mécontentement des populations catholiques.

Le décret du 1 1 juillet, imposant à toutes les populations de THelvétie lobligation de prêter le serment cwtque, acheva d'iriiter les esprits dans les Wakljîlietten. Trois prêtres exaltés, Lussy, vicaire de Stauz, KaBsli, caré (le Beggenried, et le chapelain Jacob Kayser, auxquels vint se joindre, le 9 août, le fameux capucin schwyzois Paul Styger, qui mêlait les noms du Christ et de Guillaume Tell, promettaient aux uns le secours des anges, à d'autres celui des Autrichiens \ Des moines d'Einsiedeln distribuaient des Agnm,

Le peuple de Schwyzet du Nidwald se souleva et chassa les autorités helvétiques (août 1798). Les sommations du Directoire, jointes aux efforts de prêtres et de magistrats prudents, firent rentrer le peuple de Schwyz dans l'obéissance. Mais le Nidwald, assemblé en landsgeroeinde le 29 août, à Wyl sur l'Aa, s'obstina dans la résistance, et laissa passer tous les délais qui lui furent accordés pour se soumettre et livrer les agitateurs. Quelques membres modérés des conseils, Conrad Escher à leur tête, cherchèrent en vain à empêcher les hostilités. Les Nidwaldiens du parti opposé poussaient par vengeance à la guerre et plusieurs horames d'Obwald s'offrirent à servir de guides à Schauenbourg. Enfin (le 9 septembre) le Nidwald fut attaqué de trois côtés à la fois par une armée de 16,000 hommes, sans compter les auxiUaire^ zuricois, bernois, lucernois, obwaldiens et nidwaldiens même (ceux de Hergiswyl entre autres) et qui marchaient les uns par contrainte, les autres par dévouement à la constitution helvétique.

A ces forces écrasantes, ce petit pays n'avait k opposer que 2000 hommes renforcés par 230 volontaires \ Les montagnards n'en luttèrent pas moins avec une énergie extraordinaire, sacrifiant leur vie,

lions de francs. Voir les lois relatives à cet objet et rendaes en juillet, août, septembre 1798.

* Panl Styger était né à Rothenthoann, le 16 mars 1764, et mourut à Sienne, en Toscane, en 1824.

' Le BuïUHn historique de Schauenbourg parle de 3000 rebelles. M. de Stûrler, dans les notes dont il a accompagné ce Bulletin, ne parle que de 1200 Nidwaldiens, sans compter 120 femmes armées, de 212 volontaires de Schwyz et de 27 hommes d'Uri (Seelisberg). ArcJUvfur die Schw, Geschichte, XV, 360.

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selon rinscription de l'ossuaire de Stanz: « pour Dieu, la patrie et la vertu. »

ti C'est la plus chaude journée de ma vie, disait Scbauenbourg lui- « même, dans son rapport au Directoire. On se battait avec des gour- « dins, on se tuait avec des quartiers de rochers^ on luttait sur les eaux. « Nous avons perdu beaucoup de monde par la malheureuse opiniâtreté « de ces hommes dont la hardiesse est portée jusqu'à la frénésie ^ »

Le sang français rougit la baie d'Âlpnach, la forêt de Kerns et les rochers du Rotzberg. Avec quelques cents hommes de plus et des chefs expérimentés, ou seulement si, comme le craignaient les Français, rObwald eût pris leur armée en queue, le petit peuple de Nidwald triomphait de l'armée de Scbauenbourg. Mais le manque de plan, les forces trop supérieures de l'ennemi et sa formidable artillerie rendirent après dix heures de combat, toute résistance inutile.

Les vainqueurs se souillèrent par des cruautés et des abominations inouïes. Ils tuèrent les malades, les vieillards, percèrent de leurs baïonnettes des filles et des femmes après les avoir outragées; ils égorgèrent des enfants a la mamelle et en jetèrent d'autres dans le brasier de l'incendie qui dévorait maisons et villages. Un \ieux prêtre fut tué à l'autel, où il célébrait les saints mystères. Un peintre célèbre, grand ami de la France, où il avait passé une partie de sa vie, Melchior Wursch. alors vieux et aveugle, périt dans les flammes qui consumèrent sa maison à Buochs; 41 4 personnes, parmi lesquelles 130 femmes, filles et enfants, périrent dans celte affreuse journée. L'aspect de ce malheureux pays, couvert de sang et de décomb^^es, arracha des pleurs de pitié à Scbauenbourg lui-même. Il partagea le pain des soldats avec les survivants de ces scènes cruelles ^ Les Français avaient perdu plusieurs milliers d'hommes.

I-e Directoire helvétique, ne pensant, au premier abord, qu'à constater sa victoire, avait donné l'ordre odieux de planter un arbre de liberté sur les cendres du Nidwald. Le corps législatif, partageant son triste enthousiasme, décréta, malgré lopposition d'Escher, que Scbauenbourg avait

' Bulletin officiel du directoire helvétique du 6 octobre 1798.

* Businger, GeschischU des Volkes von Unterwaldeo, II, 405; Melchior Schuler, Thaten und Sitten der Eidgenossen tinter der franzôsisch-helvet. Herrschafl. Zurich, 1856. — Gut» Der ïleherfoU in Nidwalden. Stanz, 1862. — Ce dernier, chapelain dans la contrée, donne beaucoup de détails curieux, mais il écrit avec une passion qui rend son récit suspect en plusieurs endroits, et qui a déjà été relevé par l'historien Otto Henné, III, 83. Le chapelain Gut a trouvé moyen de salir jusqu'au magnanime Pestalozzi et a trouvé des imitateurs dans la presse ultramontaine.

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bien mérité de la république. Mais les sentiments d'humanité ayant repris le dessus, le Directoire fonda à Stanz une maison d orphelins. Pestalozzi, qui fut appelé à la diriger, prodigua les soins d'une mère à ces enfants délaissés. Zschokke, commissaire du gouvernement helvétique dans le Nidwald, et le chanoine Bousinger de Stanz, unirent leurs elTorts à ceux du noble éducateur pour adoucir les plaies saignantes de cetle terre désolée. Mais le peuple de Nidwald ne vit d'abord que des jacobins et des hérétiques dans tous les hommes que lui envoyait le Directoire. Pestalozzi les désarma par son respect pour la foi religieuse des enfants qui lui étaient confiés et écrivait plus tard à un de ses amis que c'était chez les capucins et les religieuses qu'il avait trouvé le plus de sympathie pour son œuvre.

Le sort du Nidwald toucha toutes les âmes généreuses. Il n'y eut qu'une voix en Europe pour flétrir les horreurs commises par les soldats de Schauenbourg. L'envoyé suisse à Paris, Zeltner de Soleure osa faire retentir aux oreilles des directeurs les cris de désespoir de ses concitoyens. Du fond de son exil, Carnot lança contre les oppresseurs de la race de Guillaume Tell les foudres de son éloquence républicaine.

Mais la réprobation qui s^attachait aux cruautés et aux exactions de son parti en Helvétie n'empêchait pas Rapinat de poursuivre le cours de ses mesures spoliatrices et de vider les caisses qui avaient échappé jusqu'alors à la rapacité du vainqueur. Les biens des hôpitaux et des établissements de charité ne furent pas plus épargnés que les autres. Le Directoire ayant fait mettre les scellés sur les caisses de Zurich, Rapinat les fit briser sans pudeur et s'empara de l'argent. Le ministre des arts et des sciences, Albert Stapfer, eut le courage de résister au tyran; il fut dénoncé comme fauteur d'oligarchie et peu s'en fallut qu'il ne fût évincé de son poste comme l'avaient été les directeurs Ray et Pfyfîer, avec les deux ministres d'État Régoz et Steck.

Au nombre des arrêtés les plus criants du Verres français (c'est le nom que Rapinat donna un jour à l'un desorateurs les plus éloquents du régime unitaire, Souter de Zofingue), il faut citer celui par lequel il invitait Schauenbourg à déclarer que tous les décrets des autorités helvétiques qui contrarieraient ceux de ce chef et les siens, étaient de fait nuls et non avenus. Il ordonnait par le même arrêté, de juger militairement tout journaliste coupable d'avoir excité les esprits et de briser les presses dont ces écrits seraient sortis ^ Les réunions politiques furent

^ Les Helveitsclten Annalen de Charles-Louis de HaUer et le 2*<igebuch de Walt-

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