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SUITES DE LA GL'ERBE DE CAPPEL

traités; ses malheureux habitants se virent proclamés infâmes, privés de leurs armes et de leurs droits politiques, et condamnés à payer unecapitation déshonorante, sous le nom de «deniers des coquins » (Schetmen^ gulden)\

Les protestants ne brillaient pas par plus de tolérance. L'année qui suivit la bataille de Cappel, les proscrits de TOberland n'obtinrent qu'au prix d'une abjuration forcée la faveur de rentrer dans leur patrie. La même année, un officier zuricois d'un grand mérite et que son attachement au catholicisme n'avait pas empêché de servir fidèiemeut sa ville natale dans la dernière guerre, Pierre Fûssli, avait fait la communion pascale àEinsiedeln. Poussé par les prédicants, le gouvernement zuricois décida de bannir quiconque communierait désormais selon les rites de rÉdise romaine

L'esprit évangélique de certaines peuplades contrastait heureusement avec l'intolérance des gouvernants. Les habitants catholiques de l'Eutlibouch vivaient dans les meilleurs termes avec leurs voisins protestants de l'Emmenthal. Le gouvernement de Berne dut même, dans une circonstance, se faire l'interprète de la reconnaissance de ses sujets envers la population de l'Entliboucb. Lorsqu'un incendie ravagea la ville de Berne en 1535, les Fribourgeois se hâtèrent d accourir et contribuèrent pour une somme considérable à la reconstruction de cette cité.

La mort de Zwingli avait privé de son chef le clergé réformé de Zurich et des pays environnants. On nomma pour premier pasteur ou Anlistes de la métropole zwinglienne, le ministre réfugié de Bremgarten, Henri Bullinger, âgé de vingt-huit ans seulement, mais remarquable par ses talents, sa piété, son éloquence et son zèle pour l'instruction publique. Il chercha à mettre quelque unité dans l'Église évangélique, affaiblie pai* ses divergences, et fit adopter, au synode de Baie, le 4 février 1536, un symbole appelé la cotifession'de foi helvétique.

Un synode cantonal avait eu lieu quatre années auparavant à Berne, sous la présidence du ministre strasbourgeois Capiton (Kœpflin) pour fixer la constitution de l'Église bernoise. Cette assemblée, composée de deux cent trente pasteurs, fut troublée par des luttes théologiques que le docteur de Strasbourg parvint non sans peine à apaiser par son éloquence. Ce synode laissa dans la confession de foi de 153^2 un monument de son activité sur le terrain du dogme et de la discipline. Mais peu d'années après, Berne eut la douleur de voir s'éteindre d'une mort prématurée la principale lumière de son église, le docte et conciliant

^ Henné (Anton), Schioeizerchronik, II, 773. ' Fassbind, Gesch. von Schwyz, IV, 315.

Berthold Haller. Il n'avait que 45 ans. Haller était, comme son ami Anshelm^ originaire de Rothwyl et n appartenait pa^ à la Tamille de ce nom qui a produit Albert de Haller au XVIII"»® siècle.

Plus tolérant que Bullinger. Haller avait cherché à faire rapporter redit qui condamnait à Texil tous les dissidents catholiques ou anabaptistes. « La foi est un don de Dieu, disait le noble pasteur, dans « une lettre adressée au nom du clergé bernois au petit conseil; résert vez vos châtiments pour les transgresseurs de la loi civile. »

5. FArel, on propagation de la Réfbrme dan« la Snlsse IVançalse. — Conqnéte du Pays de Tand par Berne et Frlbonrg. (1520 h 15S6.)

Nous avons raconté l'établissement de la Réforme dans la Suisse allemande. Nous avons maintenant à dire son origine et ses progrès dans la Suisse française.

La Réformation trouva d'abord moins de faveur chez les peuples d'origine latine que parmi ceux d'origine germanique. Les Français, les Espagnols et les Italiens repoussèrent généralement la foi nouvelle. H en fut de même, au commencement, des populations de la Suisse romande. Très attachés au culte diîs benoîts saints et de la bonne Notre- Dame de Lausanne, comme ils disaient dans leur naïf langage, les États de Vaud, réunis à Moudon, avaient défendu de parler de Luther sous peine de l'estrapade* et même du bûcher en cas de récidive (1525).

La ville de Lausanne montrait moins de décision et tantôt défendait le prêche, tantôt l'autorisait. Apprenant que Farel devait prêcher dans leur ville, les Fribourgeois alliés des Lausannois, leur écrivirent : « Si vous recevez Farel, adieu la combourgeoisie ; » ils parvinrent ainsi k obtenir d'eux l'éloignement du réformateur (1529). Mais l'année suivante, Lausanne accordait aux Bernois un contingent de 66 coulevriniers pour leur guerre contre les cantons catholiques, et ces auxiliaires devenaient, à leur retour, autant d'adhérents de la nouvelle doctrine. Ce n'est cependant pas Lausanne, mais la petite ville d'Aigle qui devait être le berceau de la Réformation dans la Suisse romande. Guillaume Farel en avait fait sa résidence dès novembre 1526 et s'y était introduit sous les dehors d'un maître d'école et le faux nom d'Ursinus. C'était un petit homme maigre, mais nerveux, impétueux, indomptable. Il trouva en 1531 un second très habile dans la personne d'un jeune bourgeois d'Orbe, nommé Pierre Viret qui avait fait quelques

^ Ce supplice consistait à élever le patient au moyen d'une pièce de bois et à le précipiter à terre avec violence.

études à Paris sous Lefèvre et Farel lui-même*. Pendant deux ans, Farel ne cesse de ^parcourir le pays de Vaud et les contrées voisines, prêchant dans les. maisons, sur les places publiques et dans les églises, quand il en avait forcé l'entrée, luttant avec une énergie extraordinaire contre le clergé séculier, les moines et la foule attroupée contre lui. Mis en prison, ensanglanté, meurtri, Farel ne se rebute jamais et recommence avec plus d'ardeur que jamais. Cent fois il eût été brûlé ou la[)idé sans la protection de Berne. Mais ce canton puissant et redouté veille sur lui et le défend contre tous ses ennemis. Une première tentative de Farel pour introduire la Réforme à Morat avait échoué. Le 18 août 1529, les catholiques, soutenus par Fribourg, l'avaient emporté dans le vote. Farel fut plus heureux dans une seconde tentative et réussit à faire adopter la nouvelle doctrine à Morat et dans le Vully (janvier et février 1530). Il tenta d'en faire autant sur les terres de Messieurs de Fribourg, et se montra à Domdidier, village de la frontière. Mais l'ordre de le saisir fut donné à Avenches, et Fribourg prit soin d'armer de hallebardes les hôtes du cloître de Payerne. Farel ayant commencé à prêcher dans cette ville en plein air, ses ennemis veulent le jeter à la Broie. Le bailli dut l'envoyer en prison pour le dérober à la fureur populaire. En retournant de Payerne à Morat, il fut arrêté à Domdidier par les sujets du gouvernement de Fribourg qui le fit relâcher pour ne pas irriter les Bernois (1533)*. Farel avait tourné ses regards vers Neuchàtel. La, comme à Lausanne, les semences de la Réformation avaient été apportées par les jeunes soldats qui avaient suivi la bannière de Berne dans la guerre de Cappel. Les mœurs déréglées des chanoines, leur avarice et leurs rixes scandaleuses, disposaient d'ailleurs les bourgeois du chef-lieu à écouter Farel. Appuyés par Berne, les partisans de la Réforme contraignirent Georges de Rive, gouverneur du pays pour la princesse de Longueville, à faire voter la bourgeoisie sur la question de religion. Le prêche l'emporta par 18 voix sur la messe (4 novembre); mais déjà le catholicisme avait été aboli comme une idolâtrie et Farel mis à la tête de l'église collégiale de Notre-Dame, convertie en temple du culte réformé (23 octobre 1530). La révolution religieuse fut accompagnée des scènes accoutumées de vandalisme. Pour sauver quelques images, le gouverneur de Rive dut les emporter chez lui. Il eut aussi à proléger les chanoines contre les excès de la multitude qui les battait et voulait saccager leurs demeures.

A Yalangin, àBoudry, à St-Blaise et dans les campagnes, en général,

^ Herminjard, Correspondance des Béfonnaieurs , II, 372, croit qae Yiret ne connut Farel qu'en Suisse et n'eut pas pour maître Lefèvre. . * Hermii^jard, ibid., III, 62.

on tenait encore fortement au catholicisme. Mais, soutenu par Berne» Farel chassait les prêtres et forçait les populations de l'entendre. La daraede Valangin, Guillemette de Vergy, se plaignit en vain aux Bernois que Farel troublait la messe par ses violences. Dix ans plus tard, tout le pays avait adopté la Réforme, sauf Lignières, Landeron et Cressier. A Lignières, pendant que les sujets de Tévêque de Bâie étaient devenus luthériens, les Neuchâtelois proprement dits étaient restés catholiques. Au Landeron, ce fut, dit-on, la voix du berger qui décida en faveur de la messe. A Cressier, où la majorité s'était prononcée pour la Réforme, ce fut le patronage de Soleure qui sauva l'ancienne croyance*

Las Fribourgeois essayèrent de maintenir également le catholicisme à Sl-Aubin, où, de concert avec le seigneur Claude de Neuchàtel, leur combourgeois, ils installèrent un curé à main armée; mais les menaces de Berne les firent renoncer à leur tentative (septembre 1533) '.

Le triomphe de la Réforme à Neuchàtel fut suivi de l'établissement de la première imprimerie, installée, selon la tradition, dans le village de Serrières '.

La révolution religieuse produisit un notable changement dans la constitution du comté de NeuchAtel. Les chanoines formaient auparavant le premier des trois ordres dans l'assemblée des états du pays , ils furent remplacés par les noblas. Les deux autres ordres furent composés des officiers de judicature, des bourgeois et des bannerets. Las chefs de la bourgeoisie de Neuchàtel, ou Messieurs les Quatre, mirent à profit la révolution pour accroître leur autorité. Mais des empiétements plus redoutables étaient à craindre de la part de l'Étal de Berne, représenté dans les États du comté par l'avoyer Jacques de Wattenwyl, propriétaire de la seigneurie de Colombier. Désireuse de soustraire le pays à cette influence et d'y rétablir en même temps le catholicisme, la princesse de Longueville, Jeanne de Hochberg (elle est appelée Marguerite par les Suisses) chargea messire Collier, prévôt de Valangin et chanoine de Saint-Nicolas à Fribourg, de vendre à ce dernier canton la souveraineté de Neuchàtel, pour le prix de 60,000 écus d'ôr. Le marché était conclu; mais l'inhabileté des gouvernants fribourgeois qui, au lieu d'occuper immédiatement le comté, cherchèrent k s'associer les Bernois pour cette acquisition, fit échouer l'affaire. Berne préférait dominer seul à NeuchAtel. Il fit désavouer Collier par la princesse (1542). Aidé de Soleure, qui réclamait pour sa part le Landeron, Fribourg ne pou-

^ Chambrier, Histoire de Neuchàtel, 309. ' Hermiigard, Correspondance des Béformateurs, I£I, 76.

' Ibid., III, 294. Herminjard dit que c'est à Neuchàtel même. Nous avons des raisons de penser le contraire.

vait se résoudre à résilier un marché qui Toccupait depuis six ans, L'acquisilion de Neuchâtel faisait encore, en 1552, l'objet de conférences secrètes entre Soleure, Fribourg et Lucerne.

Devenu premier pasteur de l'église neuchâteloise, Farel n'abandonna point le rôle de propagateur de la doctrine à laquelle il avait voué sa vie. Le Pays de Vaud , alors encore en grande partie catholique, et le val d'Ajoie que Farel n avait pu explorer à sa guise, dans son court apostolat à travers l'évêché de Bâie, sollicitent tour à tour son zèle infatigable. Deux fois il se rend à Porrentruy, où le bourgmestre et le greffier l'admettent a leur table et se montrent propices à la nouvelle croyance. Mais deux fois il est obligé de fuir devant une émeute populaire, provoquée par Tévêque de Bàle et les moines de l'archevêque de Besançon, métropolitain d'une grande partie de la Suisse occidentale (1554 et 1557)

Une conquête plus importante devait réussir à Farel. C'était celle de Genève, l'ancienne ville épiscopale et impériale, alors engagée dans une lutte à mort avec la Savoie pour son indépendance. « C'est ici l'homme! s'écrie un des successeurs de Farel, qui, sans se laisser effrayer ni par les difficultés, ni par les coups, ni par les injures, a gagné Montbéliard, Aigle, Lausanne et Genève à l'Évangile. » — « Ce fut Farel , dit un historien français, qui donna Genève k la Réformation et Calvin à Genève *.

Déjà, dans le courant de Tannée 1532, Farel était venu à Genève. Mais il en avait été chassé aux cris de: « Tue, tue cette cogne; au Rhône, ce méchant Luther! » Son disciple. Froment, eut d'abord plus de succès, et fit beaucoup de prosélytes, sous le déguisement d'un maître d'école. Mais s'étant cru assez fort pour prêcher publiquement sur la place du Molard, le jour de l'an 1533, il dut s'enfuir à son tour. Dans une nouvelle tentative, il n'échappa à la mort que grâce à Baudichon de la Maison-Neuve, dans la maison duquel s'assemblaient les amis du prédicateur et qui se tenait à la porte de l'église une épée à la main '. Dès lors plus de repos dans la cité. Deux nouveaux partis, ceux des luthériens et des catholiques , parcoururent en armes les rues de la ville , l'injure à la bouche et toujours prêts à en venir aux mains.

Un jour, un citoyen modéré, Pierre Vandel, ayant voulu s'interposer

^ Mignet, Mémoire sur l'Établissement de la Béforme religieuse à Genève, Comparer avec Merle d'Aubigné, Histoire de la Réformation au temps de Calvin^ III, 1864. Quelques prédicateurs obscurs, comme le Bernois Furrer, avaient pabliquement, mais sans succès, évangélisé à Genève dès 1530. Gaberel, Histoire de V Église de Genève, I, 103.

' Roget (Amédée), Les Suisses et Genève, 1864, II, 81.

dans la lutte^ est frappé d'un coup de poignard dans le temple de Saint-Pierre, quartier général des catholiques (28 mars). Un mois après, le 4 mai, nouvelle mêlée, où le chanoine Werli, de Fribourg, l'un des chefs des vieux croyants, est tué sur le Molard, comme il frappait d'estoc et de taille avec sa hallebarde. Ce Werli appartenait à une famille puissante. Cent Fribourgeois, les six frères du chanoine en tête, arrivent à Genève, exigent la mort des meurtriers et le rétablissement de l'évêque qui avait été chassé de la ville. Ce dernier fit son entrée à Genève le !«' Juillet, escorté par les deux avoyers de Fribourg, Humbert et Péterman de Praroman, et 180 guerriers de ce canton. Un prédicateur catholique, le dominicain Furbity, est installé dans la cathédrale, les partisans de la Réforme sont jetés dans les cachots, et l'un d'eux, nommé Curtet, assassiné. Un magistrat fribourgeois, Antoine Pavillard, était commis par l'évêque, Pierre de la Baume, comme son lieutenant avec pleins pouvoirs contre les propagateurs de l'hérésie. Mais l'appui que Fribourg donnait aux vieux croyants, Berne le prêtait aux réformés. De nouveaux désordres éclatèrent. L'évêque fut contraint de quitter une seconde fois la ville; Furbity fut jeté dans un cachot humide, et Farel installé à sa place à Saint-Pierre. Vainement les conseils, par crainte des Fribourgeois d'une part, de l'empereur Charles V et du roi de France de l'autre, cherchent à rester neutres entre les deux partis. La faction des Enfants de Genève, conduite par Baudichon de la Maison-Neuve, réclamait avec menace l'abolition du catholicisme.

Le dimanche de Pâques 400 citoyens communièrent au couvent de Rive de la main de Farel, et Jean Portier, officier épiscopal, accusé d'avoir conspiré avec le duc et l'évêque pour leur livrer la ville, avait la tête tranchée avec un de ses complices (10 mars 1534)'.

Indignés de ce qui se passait et de la prépondérance croissante des Bernois, les Fribourgeois signifièrent aux conseils de Genève, par quatre ambassadeurs, leur intention de rompre la combourgeoisie. Alarmés à la pensée de perdre l'appui d'une ville qui avait été jusque-là leur plus fidèle alliée et la prolectrice de leurs franchises, les Genevois firent tous leurs efforts pour fléchir les ambassadeurs; ils envoyèrent à leur tour une députation à Fribourg dans l'espoir de détourner le coup qui menaçait l'indépendance genevoise. Mais les Fribourgeois demeurèrent inexorables, et la rupture définitive de la combourgeoisie fut annoncée

^ Hennii^jard, Correspondance des Béformateurs, III, 150.

' A. Roget, Suisses et Genève, II, 103-116. La coivjuration était réeUe et avait à sa tête de Pesme, Régis (François) le jeune, Jean de Crest, Malbuisson, Levrat, Nie. de Prato, Odet, etc. Au moment fixé, le cœur manqua aux gentilshommes qui devaient assaillir la ville.

au Deux Cents et au Conseil général par deux députés de Fribourg, Fégeli et Roguinet (15 mai 1534). « Avec la combourgeoisie de Fribourg. dit M. Roget, croula le dernier rempart du catholicisme à Genève * . »

Avec cette combourgeoisie faillit aussi crouler le boulevard de la liberté genevoise. D'accord avec les partisans qu'il avait dans la ville, le duc essaie de surprendre la place, le 31 juillet 1534. N'ayant pas réussi, il fait avancer de nombreuses troupes pour cerner Genève; une flottille italo-savoisienne croise sur le lac, ayant pour chef le fameux châtelain de Miisso, le tyran de la Valteline et le grand ennemi des Suisses.

L'évêque, de son côté, retiré au château de Peney, s'y entourait de ses partisans fugitifs et tenait la ville en alarme continuelle par ses attaques de jour et de nuit. Une tentative des Genevois pour prendre ce nid de traîtres échoua, complètement (5 mai 1535). Les canailles de Genève, comme les appelaient les Peneysans, en buvant ironiquement à leur santé, tournèrent bride contre la ville. Jean Philippe, qui remplissait alors les fonctions de capitaine général, avait fort à faire pour mettre la ville à l'abri d'un coup de main et s'entendre avec les six ou sept capitaines à ses ordres. C'était un homme riche, généreux, qui avait fait ses preuves dans les premières luttes pour Tindépendance. Mais au milieu des orages, la Réformation suivait son cours. Un mois après la défaite de Peney eut lieu un colloque auquel prirent part seulement deux prêtres catholiques, déjà plus ou moins gagnés à la Réforme; Farel et Viret obtinrent un facile triomphe (8 juin 1535).

Le colloque de Genève eut les suites ordinaires de ces sortes d'assemblées, la destruction des images et l'abolition des restes du catholicisme. Farel, en dépit des défenses du Conseil qui voulait aller prudemment en besogne, prit possession de la cathédrale (8 août 1535)*. Une religieuse, chassée de son cloître, Jeanne de Jussie, a laissé un récit émouvant et naïf de l'expulsion des sœurs et des derniers soutiens du catholicisme dans la ville d'Arve et Rhône.

Mais les dangers de Genève ne faisaient que s'accroître. Chaque jour de nouveaux complots étaient ourdis contre la ville et punis du dernier supplice. Le mamelu Jacques Malbuisson eut la tête tranchée sur la place du Molard (17 juillet). Le même sort atteignit cette année et l'année suivante les ducaux Épaules, de Prato, etc. '.

L'imminence du péril arrachait à Genève des cris de détresse. Ils

^ A. Roget, Suisses et Genève, II, 106. • Roget, ibid., II, 156.

' Roget, ibid., 154.

ne trouvèrent pas d'écho auprès des gouvernants bernois , auxquels c^lte ville devait encore des sommes considérables pour les armements précédents, et qui commençaient à se lasser de guerres sans profit pour l'Etat. Mais le peuple s'en émut dans le Seeland et les montagnes de Neuchàtel. Un corps-franc de 700 hommes, conduit par le banderet André Messelier et Tintrépide vitrier, Jacques Wildermoulh, un ardent ami de Farel , partit clandestinement et battit 4000 soldats italiens et espagnols qui voulaient lui barrer le passage à Gingins au Pays de Vaud (10 octobre 1535). Ils allaient pénétrer victorieux sur le territoire de Genève, lorsque les commissaires bernois intervinrent et firent rentrer las volontaires dans leurs foyers. Genève, de son côté, avait levé 500 hommes destinés à rejoindre leurs auxiliaires du Seeland et de Neuchàtel, et en avait remis le commandement à Baudichon de la Maison-Neuve, nommé capitaine général à la place de Jean Philippe. Mais Tintervenlion de Berne les obligea à rebrousser chemin comme les Neuchdtelois. Baudichon, les yeux baissés, ramena ses solilals".

Réduite aux dernières extrémités, Genève tourne des regards suppliants vers la France et se dispose à recevoir une garnison française. Berne, que ce voisinage inquiétait, se décide alors à agir et arme 6000 hommes sous Naegeli (22 janvier 1536). Capitaine redouté par son habileté et sa bravoure, Hans-Franz Nsegeli avait déjà fait trembler Musso sur les bords du lac de Côme. C'était un bel homme, au teint bruni par le soleil d'Italie, à l'œil noir, au front élevé, au nez aquilin el dont la physionomie offrait un mélange d'énergie, de candeur et de finesse*.

L'armée bernoise traverse le territoire vaudoissans perdre un soldat, fait dans Genève délivrée une entrée triomphale (2 février) et porte la guerre dans les États de Savoie. La facilité de la conquête avait allumé la cupidité ambitieuse de Berne et du grand capitaine. Les belles provinces de Gex, du Chablais et de Vaud sont déclarées unies à la république bernoise.

Xaegeli propose aux Genevois d'y incorporer leur territoire et de substituer la domination de Messeigneurs à celle du prince-évêque. A cette ouverture, la douleur et l'indignation se peignent sur le visage des magistrats et des citoyens genevois : « N'aurions- nous tant combattu et

^ Vulliemin, Histoire de la Confédération suisse, XI, 119. Boget, II, 178.- ' Oq a à Berne deux portraits du grand capitaine. L*un se voit à la bibliothèque publique dans la galerie des avo jers, au rang desquels Nœgeli fut élevé en 1540.

iHQt souffert depuis vingt ans que pour devenir une ville sujette? Ah ! Messeigneurs, vous nous avez fait beaucoup de bien. Aidez-nous à maintenir notre liberté en fidèles alliés et combourgeois. » La fermeté de ce langage sauva Genève. Mais l'armée bernoise, gorgée de butin, était impatiente d'en jouir dans ses foyers. Elle quitta les bords du Léman sans avoir ouvert le cachot de Chillon, où gémissait depuis cinq ans un prisonnier cher à Genève et à la liberté !

Deux peuples de la Suisse catholique avaient également fait la guerre au duc de Savoie et s'étaient emparés, les Vallaisans d'une partie du Chablais, annexée ainsi au Bas- Vallais * , les Pribourgeois, des villes et pays de Romont, Rue, Estavayer, Surpierre, Châtel-Saint-Denis et autres lieux dont ils formèrent des bailliages *. Une ville encore eût fort convenu aux Pribourgeois, c'était Vevey, dont la possession leur eût donné un port sur le Léman et assuré un débouché pour leur commerce. Mais les troupes destinées k celte conquête reculèrent devant l'écusson bernois peint sur les portes de la ville.

Pribourg, à cette époque, joue souvent a côté de sa rivale le rôle inférieur de l'humble Pise devant la superbe Plorence.

Mais l'ambition de Berna n'était pas satisfaite. Cet État n avait point renoncé à ses projets sur Genève, et en formait de nouveaux sur l'évêché de Lausanne, épargné dans la première campagne. La guerre de Prançois F^ avec le duc de Savoie et les revers de ce dernier, dont tous les Étals étaient envahis, offraient une occasion propice. Une lettre imprudente de l'évêque Sébastien de Montfaucon, réfugié à Pribourg, d'où il excitait ses gens à la guerre; les incursions du gouverneur de Chillon, Beaufort, qui croyait sa forteresse imprenable, favorisèrent les desseins ambitieux des 'Bernois. Mille cinq cents hommes, aux ordres du vaillant Na?geli, s'avancent sur les terres de l'évêché, prennent, en passant, Avenches, Lucens el vont assiéger Chillon qu'une (lotlille genevoise canonne du côté du lac. Hors d'état de tenir, Bi^anfort s'enfuit de nuit dans une barque et le chikleau capitule (28 mars 1536). Le premier soin des vainqueurs fut de délivrer Bonivard de sa prison souterraine où on le trouva enchaîné à un pilier (29 mars 1536). Il rentra en triomphe dans Genève au milieu des acclamations du peu|)le, assemblé pour le recevoir sur le rivage*.

* Monthey et le pays Gavot.

' St-Aubin, Delley, la Tour de la Molière, Attalens, Vuissens, Vaulrnz, Wuippens.

• « M. de St- Victor, > dit le réformateur Froment, dans son pittoresque langage, « avait esté prisonnier par l'espace de 6 ans au profond de la forteresse, sur la < roche auprès de Peau, lequel avait fait en soy esbatant et piéteyant un petit

Après la prise de Chilien, Naegeli occupe les quatre paroisses de Lataux et marche sur Lausanne. La bourgeoisie de cette ville s'était toujours flattée de Tespoir de se maintenir libre au milieu du naufrage qui engloutissait la nationalité vaudoise. Elle se fiait en sa dignité de cité épiscopale et impériale, et dans ses alliances avec Berne et Fribourg conclues en 1525 et renouvelées depuis lors. Ces considérations n'arrêtèrent point les seigneurs de Berne. Entré dans Lausanne sans coup férir, Naegeli monte au château de Saint-Maire, remplace par Tours de Berne et les couleurs bernoises, rouge et noire, les armoiries épiscopales, et proclame l'État de Berne souverain temporel de Tévêché. Les remontrances, les protestations, les messages, tout fut inutile (1*'' avril 1536).

Berne ne songe plus qu'à organiser ses conquêtes. Les trois états de Lausanne furent abolis comme ceu!^ de Vaud. Huit baillis bernois gouvernèrent les pays conquis pour messeigneurs et s'établirent à Lausanne, Nyon, Moudon, Chillon, Yverdon, Avenches, Thonon, Ternier et Gex*. Des franchises considérables dont ces villes avaient joui sous la domination savoisienne, on ne laisse aux Vaudois que leurs lois municipale et leur langue. La liberté des cultes avait été d'abord accordée par NaegeH. Mais après un simulacre de colloque* tenu dans la cathédrale de Lausanne par Yiret, Farel et d'autres pasteurs, la messe est abolie et les symboles catholiques violemment arrachés des égHses.

Le fait le plus criant fut la spoliation de la cathédrale de Lausanne. Centre d'un grand pèlerinage, cette église, consacrée à la Vierge, renfermait d'immenses richesses en ornements de tous genres : ostensoirs, calices, croix, chandeliers, chasubles, chapes, reliquaires, châsses, colliers, tapisseries précieuses, etc. Berne s'empara de ces richesses, première origine de ce trésor mystérieux qui contribua tant", trois siècles plus tard, à attirer sur ce canton et sur la Suisse en général les armes françaises.

Pour gagner les communes vaudoises à la Réforme, le gouvernement bernois eut l'habileté de leur céder ou de leur vendre, à vil prix, une partie des domaines ecclésiastiques. Le produit de ces biens servit à

< chemin qii'on appeUe vionnet engravé sur la roche, tant se pourmenait-il, en ( om-

< posant beaucoup de menues pensées et baUades, tant en latin qu'en français. > La délivrance de Bonivard a fait le siget d'un tableau de Lugardon.

^ Plus tard, c'est-à-dire après la restitution du Chablais à la Savoie et la cession du pays de Gex à la France, le pays de Vaud fut divisé en quinze bailliages réduits plus tard à douze.

* c L'i&>ue d'une telle dispute n'était pas douteuse. Les réformés posaient les « questions et le Deux Cents de Berne, transformé en concile, décidait en dernier * ressort sur les articles de foi. » Yerdeil, Histoire du canton de Vaud, 11,26. Voir 1«$ détails du colloque dans Vullieatin, Ije Chroniqueur , journal de THelvétio romande en 1535 et 153G.

former ces fonds d'école et ces bourses que possèdent aujourd'hui ces communes.

Une part considérable de cette fortune échut aux bourgeois de Lausanne, investis également de la basse, moyenne et haute justice, en échange de leur liberté impériale. Un grand collège et une académie avec des bourses furent aussi institués à Lausanne, aux instances de Viret devenu l'un des premiers pasteurs de la ville. Ces largesses n'empêchèrent pas le peuple vaudois de se révolter dans plusieurs endroits contre Yédit de réforme publié par les seigneurs de Berne, et de refuser de se rendre au prêche. Les baillis eurent ordre de les y contraindre et d'expulser les prêtres récalcitrants qui entravaient les progrès de la nouvelle doctrine. Les anciens bailliages d'Orbe, d'Échallens et Grandson appartenant en commun à messeigneurs de Berne et de Fribourg, semblaient, grâce à celte position mixte, devoir échapper au terrorisme des premiers. Mais, en échange de la cession de quelques terres épiscopales comme Bulle, la Roche et Albeuve, le gouvernement fribourgeois avait commis la fiiibiesse de souscrire à un arbitrage léonin et d'accepter un surarbitre zuricois, qui prononça que là où le plus, c'ast-à-dire la majorité serait pour la messe, on pourrait toujours en revenir pour établir le prêche, mais qu'une fois le prêche voté, on ne pourrait plus en revenir pour rétablir la messe (29 mai 1538). C'est là ce qu'on a appelé le traité de la Singine. Trois ans auparavant les Fribourgeois avaient montré plus de caractère. Un prêtre catholique ayant été assassiné à Berne, ils avaient pris les armes el les avaient fait prendre aussi à leurs alliés du Vallais, qui au nombre de 1800 étaient venus jusqu'à Payerne, sous le commandement de Clausen et de Bertherin de Monthey *. Berne avait alors jugé à propos d'apaiser le différend. Le résultat de la politique de la peur qui prévalait à Fribourg fut que les bailliages mixtes d'Orbe et Grandson abjurèrent le catholicisme à la suite de scènes de désordres et de violences dont un des chefs du parti catholique, le grand banderet d'Orbe, Pierre de Pierrefleur, nous a transmis le naïf et vivant récit dans sa chronique *. Echallens seul conserva en partie l'ancienne croyance à laquelle il est resté fidèle jusqu'à ce jour.

Le traité de la Singine semble au reste avoir fait germer des idées de tolérance dans les tètes d'une partie de la magistrature fribour-

» Furrer, Gesch. w» WaUis, II, 277.

' La population d'Orbe étant réunie à l'église, les ambassadeurs de Berne parlèrent haut et ferme, ceux de Fribourg < en gens doux, non contredisants à tout

< ce que les dits Seigneurs de Berne ne vouloyent, qui fust bien cause de notre

< ruine. » Chronique de Pierrefleur^ publiée sous le nom de Mémoires par Yerdeil. Lausanne, Martignier, 1856, 298.

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