RÉSISTANOE DES POUVOIRS PUBLICS AUX PROCONSULS
de son canton en 1785 ; il ne s'en vengea que par la modération et la justice.
Tout autre était le langage de Huber de Bàle^ de Gapany de Friboui^ et de leurs amis politiques du Léman et des autres cantons^ qui prétendaient qu'il fallait tout pardonner aux généraux et agents français, parce qu'on leur était redevable de la conquête de la liberté et de la destruction des oligarques; c'était le nom sous lequel on désignait couranmient dans les conseils les anciens gouvernants.
Sous la protection des autorités françaises, de prétendus patriotes demandaient à être indemnisés de tout ce qu'ils avaient souffert sous l'oligarchie. Reymoud de Lausanne, ancien ouvrier imprimeur, demandait pour lui et 19 de ses concitoyens vaudois persécutés par les Bernois en 1791, la somme de 201,461 francs, des patriotes zuricois, victimes des événements de 1 795, 200,000 florins, et le médecin fribourgeois Kolly, exilé en 1782, 124,608 francs. Une compagnie de dragons bernois prétendaient être indemnisés pour leur conduite en 1798, parce qu'après avoir déserté le champ de bataille de Neueneck, ils étaient tombés entre les mains de soldats français qui les avaient complètement dépouillés. Un soi-disant patriote portait en compte l'évanouissement de sa femme. Prise en considération et votée par le Grand Conseil, l'indemnité tomba devant le Sénat qui renvoya aux tribunaux ordinaires les demandes de cette nature, pour lesquelles les plus exaltés des conseils anraient voulu la création d'un tribunal exceptionnel et révolutionnaire. Schoch du Sentis eut la folie de dire : « Si « l'on n'imite la grande nation où Ton a coupé la tête aux princes et c aux nobles, la république est perdue. »
Mais ce qui excitait le plus les esprits, c'étaient les excès commis .par les soldats français qui, en pleine paix, tuaient, pillaient, incendiaient et se portaient envers les femmes aux derniers outrages. La forêt de Bremgarten, près de Berne, était pleine de cadavres de femmes violées. Des troubles et des séditions éclatèrent sur plusieurs points du territoire, et même dans les cantons dévoués à la révolution. Il fallut les comprimer par la force ; une légion helvétique de 1 500 hommes fut créée.
Le siège du gouvernement helvétique avait été provisoirement fixé à .\arau, à cause de l'attachement de cette petite ville au nouveau régime. Au bout de cinq mois, le gouvernement avait été transporté à Lucerne, désigné par la constitution d'Ochs comme la capitale de l'Helvétie. C'était le 4 octobre 1798; il y resta jusqu'au mois de mai de Tannée suivante 1799, où il fut contraint de quitter Lucerne pour Berne.