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INSURRECTION EN HELVÉTIE

été saluées avec joie par les partisans de rancien ordre de choses; elles firent renaître en eux l'espérance d'une restauration prochaine. Des comités occultes, formés de patriciens, s'organisent dans plusieurs cantons avec la mission de reconstituer la Suisse dans le sens aristocratique et font sentir leur influence dans les événements des deux années suivantes. En attendant le moment d'agir» ces comités occultes communiquent par délégués réunis à Neuchàtel, à Thoune et autres lieux et échangent entre eux des projets de constitution ' . Celle qui avait été votée par les conseils helvétiques le 8 août à Berne, n'était que provisoire. On avait nommé une commission chargée d'en élaborer une nouvelle.

Ce travail mit en présence deux nouveaux partis non moins ardents que les précédents. Le parti unitaire, qui comptait parmi ses membres les plus influents Kouhn, Rengger et Stapfer, voulait le maintien du gouvernement central dans toute sa plénitude. Le parti contraire ou fédéraliste, composé entre autres des députés des petits cantons, à leur tête Aloïs Reding, désirait le rétablissement des anciens cantons avec leurs droits territoriaux et souverains. Le projet de révision, rédigé dans le sens unitaire par Ustéri et ses collègues de la commission, fut envoyé au premier consul, sans l'assentiment duquel aucun changement ne pouvait plus se faire en Helvétie. Bonaparte désapprouva ce projet, comme favorisant trop l'unité; il lui en substitua un autre qui, tout en prenant l'unité pour base, se rapprochait sensiblement du fédéralisme, sous le rapport de l'organisation des cantons (30 avril 1801). Ce projet, connu dans notre droit public sous le nom de projet de la Malmaison (du nom du château où il avait été rédigé), fut adopté par le Corps législatif, le 29 mai.

Le projet de la Malmaison, ou quatrième édition de la constitution helvétique, instituait 19 cantons (Vallais et Grisons compris), des Diètes cantonales, une Diète générale, un Sénat de 25 membres et un Petit Conseil de 4 membres seulement, présidé par deux landammans de la Suisse, et des élections à deux degrés. Les municipalités nommaient des

' Le journal inédit du comte François-Pierre de Diesbach de Tomy, beau-frère do landamman d'Affry, place à la date du 19 novembre 1800 la première réunion de ce comité et désigne comme en faisant partie les Bernois Jenner, Frisching, Diesbach de Caroage, Wyss, un autre Diesbach, Fellenberg (président de la Chambre administi^ative), Aregger de Soleure, Balthazar de Luceme, et pour Fribourg Tancien avoyer Werro et le comte Louis d'Affry, dont on a voulu faire à tort un homme étranger aux luttes de cette époque. Pour n'être pas ostensible, son rdle n'en a pas moins été très réel et très actif. Un autre Fribourgeois, dont on a méconnu Fimportance, c'est Jean de Montenach, dont il a déjà été question et dont il sera parlé souvent dans les pages qui suivent.

HISTOIRE SUISSE, TOME n. 22

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électeurs ; ceux-ci, les membres de la Diète générale. Stapfer, qui représentait alors la Suisse à Paris comme envoyé extraordinaire auprès du Premier Consul, eût aimé à voir établir un corps électoral central pour toute THelvétie, dans le but de paralyser les influences locales et d'empêcher l'élection des médiocrités ou des nullités de clocher. Cette opinion, trouvée peu démocratique, resta en minorité.

La Diète générale se réunit le 7 septembre à Berne. Mais cette assemblée, qui comptait dans son sein 55 unitaires et seulement 26 fédéralistes, choisit pour président et vice-président Kouhn et Ustéri, et décida que le projet de la Malmaison, adopté le 29 mai, serait revisé dans le sens unitaire. Aussitôt, les députés des petits cantons, dont cette décision menaçait de nouveau lautonomie, Aloïs Reding à leur tête, quittèrent l'assemblée en protestant contre tous les décrets de la Diète (9 oct. 1801). Ils furent suivis dans leur retraite par 13 représentants de divers cantons. C'étaient entre autres Tavoyer Krouss de Lucerne, Jean de Montenach de Fribourg, Aregger et Gloutz de Soleure, Salis- Sils, Wredow et Caprez des Grisons, Zellvi^eger des Rodes-Extérieures, Boustelli du Tessin \

La Diète, ainsi mutilée, n'avait plus aucune autorité et ne dura que quelques jours.

A peine ces événements furent-ils connus dans le pays qu'ils y occasionnèrent des troubles sérieux. L'Appenzell et les petits cantons refusèrent le serment et rétablirent leurs chères landsgemeinden. Des pétitions circulèrent dans l'Argovie et dans le pays de Vaud pour demander la réunion au canton de Berne, réclamée également par la Chambre administrative de ce dernier canton '. Le gouvernement helvétique eut recours à la force, il fit occuper miUtairement les Waldstastten par les troupes helvétiques, et songeait à faire arrêter Reding et les autres chefs de la résistance. Mais un coup d'État, le troisième ou quatrième depuis la révolution de 98, frappe les unitairas, dont les chefs (Ustéri, Rengger, Zimmermann) sont enfermés à l'hôtel de ville et forcés d'abdiquer. Dolder, Savary, Jean de Montenach et Jenner avaient mené le coup de concert avec le général français Montchoisy, le ministre de la guerre Lanther de Fribourg et le ministre de France Verninac

^ Meyer de Knonau, Handbuch der Geschichte der Schwm. Eidgenossensc^wft, II, 611.

* La pétition du 22 jain 1801, demandant la réunion à Berne, était signée de 13 noms d^anciens nobles et grands propriétaires. Seigneuz parle de 26,000 signatures. En 1802, nouvelle démarche, au nom de 17,596 pétitionnaires. Yerdeil, Histoire du canton de Vaud, III, 635.Hdpfner (Albert), Gemeinnûtzige NachrichUn, Berne, XV, 13, 59 et suivantes. Monnard, XVII, 149.

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qui avait remplacé Reinhard (27 octobre). La Diète helvétique est dissoute, la constitution du 29 mai rétablie en plein et Aloïs Reding nommé premier landamman de la Suisse et président du Petit Conseil, dont faisaient partie Frisching comme second landamman, Dolder, Hirzel de Zurich, Lanther, Gloutz. Les unitaires étaient en grande minorité dans ce Conseil ; le Premier Consul décida qu'il y fût adjoint six unitaires prononcés : Rengger (comme second landamman), Ruttimann, Kouhn, Escher, Schmid, Fûssii. Convaincu de la nécessité de s'assurer l'appui personnel du Premier Consul pour accomplir les changements qu'il jugeait opportuns, Reding se rendit à Paris pour en conférer avec Bonaparte (novembre 1801). Il fut accueilli avec distinction par le Premier Consul qui aimait les beaux noms et les hommes courageux. Mais Ite^ling se brouilla ensuite avec lui en refusant de céder le Vallais à la Fnince et en demandant la restitution du pays de Vaud aux Bernois. < Ceci est mon sang, » s'écria Bonaparte, « et le soleil rebroussera du « couchant au levant plutôt que Vaud ne retourne sous la patte de *î lours. 9 Les relations diplomatiques que Reding avait nouées avec les cours de Vienne et de Berlin irritèrent encore plus Bonapaj'te. Attaqué violemment par les unitaires, Reding se vit encore en butte aux accusations passionnées des ennemis de l'ancien régime, parce qu'il refusait de concourir avec eux au rétablissement des privilèges. Les unitaires furent encouragés sous main de Paris à culbuter les octobristes. On saisit le moment où Reding et ses collègues des petits cantons faisaient leurs pâques dans leurs foyers. Les unitaires, dirij^és par Kouhn et Ruttimann, et d'accord avec l'envoyé français Verninac, opérèrent un coup d'État à Berne et nommèrent un gouvernement provisoire (du 16 au 19 avril 1802). Reding, revenu en toute hâte an siège du gouvernement, eut beau protester et invoquer l'appui du Premier Consul; le coup d'État fut maintenu et une assemblée des NOTABLES, au nombre de quarante-sept, convoquée à Berne. Rengger et Dolder, l'homme de liège, devinrent landammans de la Suisse et présidents, l'un du Sénat, l'autre du pouvoir exécutif *. Ennemi des coups d'État et de toute violence, Conrad Escher, quoique toujours unitaire, se sépara en cette circonstance de ses amis et donna sa démis- >ion de membre du gouvernement ^ Pendant que ces événements se passaient à Berne, le rétablissement

^ Ce nouveau pouvoir portait le nom de Conseil exécutif (Vollziehungsrath). ' Le r61e de Conrad Escher, méconnu par plusieurs historiens, a été présenté sous son vrai jour par son biographe, Jean- Jacques Hottinger.

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des cens et des dîmes soulevait deux fois les populations des bords du lac de Zurich. Elle donnait lieu également à Tinsurrection des paysans vaudois, connus sous le nom de brûleurs de papiers (bourla papei), parce qu'ils parcouraient la contrée en dévastant les châteaux et en faisant des feux de joie des parchemins et titres féodaux. Le chef de ce mouvement anarchique, tour à tour ouvrier imprimeur, officier an service de France et journaliste, Louis Reymond, né à Lausanne, mais Neuchàtelois d'origine, demandait Tannexion de la Suisse à la France, si on ne faisait pas droit au vœu des insurgés par l'abolition pure et simple des droits féodaux. Une pétition rédigée dans ce sens fut signée dans le camp des Gnmaches, nom renouvelé du roman de Don Quichotte, qu'on donna au rassemblement de bourla-papei formé à St-Sulpice. Le sénateur Kouhn de Berne, envoyé en qualité de commissaire avec des troupes françaises et helvétiques, dut pactiser avec les rebelles. Reymond obtint de Kouhn et du général français Amey, originaire d'Albeuve au canton de Fribourg. l'autorisation de rentrer dans ses foyers avec la promesse que les droits féodaux resteraient abolis. L'agitation continuant quand même, un nouveau comiQîssaire, Lanther de Fribourg, ex-ministre de la guerre et le général français Seras, de concert avec le préfet du Léman, Polier, allaient prendre des mesures énergiques, quand Lanther fut rappelé et Polier remplacé par Monod, magistrat plus agréable au parti unitaire et aux brûleurs de papiers. Ce revirement était le résultat de la triste situation du gouvernement helvétique, que le Premier Consul venait de priver de son principal appui en rappelant subitement les troupes françaises qui occupaient depuis quatre années le territoire suisse. Prévoyant les conséquences de ce rappel, le gouvernement helvétique et le ministre suisse à Paris, Albert Stapfer, firent en vain tous leurs efforts pour en obtenir la révocatiorï. Ces conséquences ne devaient pas se faire longtemps attendre. La constitution unitaire avait été votée à Berne le 30 avril par l'assemblée des notables. Mais elle n'en était pas devenue plus populaire et avait contre elle non seulement la majorité de la nation suisse, mais le Premier Consul lui-même, dont la politique personnelle favorisait de plus en plus le fédéralisme et avait dicté le rappel de l'armée française. Le départ de ces troupes fut le signal de l'insurrection connue, dans l'histoire suisse, sous le nom de guerre des besaces (Saeckli-Krieg) ou des bâtons (Stôckli-Krieg) \

^ Ces noms viennent de ce qa'ane partie des insurgés portaient des bâtons en gaise de fusils, et s'étaient munis de besaces pour cacher le butin qu'ils comptaient faire dans la Suisse occidentale.

UNITMRES ET FÉDÉRALISTES. 341

Le combat de ia Rengg (28 août) au pied du Pilate, où les paysans de rUnderwald surprirent un détachement helvétique et tuèrent ou blessèrent 35 hommes, ouvrit la campagne. Aussitôt les patriciens bernois appelèrent aux armes le landstourm de leur canton^ sous le commandement en chef de Rodolphe d'Erlach, militaire habile autant qu'écrivain distingué. En même temps, l'ancien premier landamman de la Suisse, Aloi's Reding, ouvrait à Schwyz une Diète nationale à laquelle accédaient successivement douze cantons, Zurich en tête (:27 septembre).

Le bombardement de cette dernière ville par les troupes helvétiques aux ordres du général Audermatt, qui n'épargna pas même l'hôpital, ne fit que rendre plus odieux le gouvernement helvétique, dont ce chef exécutait les ordres cruels (10 et 1 3 septembre). D'Erlach avec les insurgés bernois etargoviens, s'empara de Brougg, de Baden, de Soleure, et vint canonner Berne. Le gouvernement helvétique, trahi pai' Dolder, alors landamman de la Suisse, invoqua la médiation du Premier Consul, et s'enfuit à Lausanne (19 septembre). C'était le quatrième séjour de ce ^gouvernement nomade qui avait successivement habité Aarau, Lucerne, Berne, et qui n'avait maintenant plus d'autre appui que le canton du Léraan et son énergique préfet Henri Monod. L'envoyé suisse à Paris, qui était toujours Albert Stapfer, avait vainement essayé d'obtenir l'intervention du Premier Consul ou le retour des régiments suisses au service de France. Bonaparte s'y refusa absolument; son dessein était de laisser les Suisses s'en tr 'égorger et de les contraindre à se jeter dans ses bras.

N'ayant rien à craindre de la France, les insurgés bernois et argoviens, renforcés par ceux de Schwyz aux ordres d'AufderMaur, et par les Glaronnais du général Bachmann, poursuivirent le gouvernement central dans sa fuite et rencontrèrent les troupes helvétiques entre Avenches et Morat (3 et 4 octobre). Un combat eut Heu k Salavaux et un autre à Faoug. Bachmann, auquel la Diète de Schwyz avait donné le commandement en chef des insurgés, au nombre de 8000, battit le général helvétique Andermatt qui n'avait que 2000 hommes à lui opposer et qui se montra d'ailleurs chef peu capable. Il fut remplacé par le vaillant Pierre-Félix Vonderweid de Fribourg, qui se disposa à défendre Lausanne contre les troupes de Bachmann. Ce dernier marcha sur rette nlle pendant qu'AufderMaur, suivi de 5000 volontaires, s'emparait de Fribourg et mettait au pillage la maison du général Vonderweid.

Déjà le gouvernement helvétique, craignant d'être enlevé, faisait ses préparatifs de départ pour la Savoie, lorsque tout à coup arrive à Lau-

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