INTERVENTION DE NAPOLÉON
sanne le général français Rapp, porteur d'un message du Premier Consul qui ordonnait aux insurgés de poser les armes et au gouvernement helvétique de retourner à Berne, sous peine pour les récalcitrants d'être rayés de la liste des nations (4 octobre). Dans le même message. Napoléon, se posant en médiateur de la Suisse, convoquait à Paris, pour le iO décembre, des notables de tous les cantons pour conférer avec lui sur les moyens de pacifier l'Helvétie.
A cette nouvelle, l'étonnement et la colère s'emparent des octobriste>. Ils essayent de résister ; la Piète de Schwyz refuse de se dissoudre et assemble des troupes. Les partisans de Berne dans le canton de Vand occupent en armes la ville d'Orbe. Mais le général Ney, nommé par le Premier Consul ambassadeur de France et général en chef d'une arm^e d'occupation, entre en Suisse avec 25,000 hommes et s'empare de Zurich et des petits cantons; les habitants sont désai^més, et les citoyens influents qui poussaient à la résistance, Alois Reding, AufderMaur. Hirzel de Zurich , enfermés dans la forteresse d'Aarbourg.
Le 10 décembre, 63 députés de la nation suisse se trouvèrent réunis à Paris, devenu ainsi momentanément le siège des autorités suprêmes de l'Helvétie. Cette assemblée, qui reçut le nom de Consulta helvétique, à l'imitation de la Consulta italienne, réunie à Milan Tannée précédente, se composait des hommes politiques les plus marquants de presque tons les cantons; elle comptait dans son sein 18 fédéralistes et 45 unitaires. Sans s'arrêter à celte différence de nombre, le Premier Consul choisit 5 commissaires dans chacun des deux partis. C'étaient, pour les unitaires, Usteri de Zurich, Monod du Léman, Stapfer de Berne, Sprecher des Grisons et Von Flûe d'Underwald, le seul ami prononcé de l'unitarisme dans les petits cantons. Les fédéralistes étaient d'Affry de Fribourg, Reinhard de Zurich, Wattenwyl de Berne, Gloutz de Soleure et Jauch d'Uri. Kouhn, le principal auteur du 17 avril, avait refusé d'accepter un mandat. Le Premier Consul avait désigné 4 sénateurs français pour conférer avec les commissaires suisses. Lui-même entretint plusieurs fois les commissaires, soit aux Tuileries, soit à St-Cloud. et consentit à débattre avec eux les principes qui devaient, selon son opinion, présider à la loi fondamentale de l'Helvétie.
Le 29 janvier 1803, une dernière conférence eut lieu aux Tuileries, où Napoléon déploya la plus rare connaissance des affaires suisses et des besoins divers des cantons : il chercha à convaincre les unitaires de la nécessité du maintien des landsgemeinden ^ et les fédéralistes de
' Sans ces démocraties, la Suisse ne présenterait que ce que l'on trouve ailleurs,
LNTERVENTION DE NAPOLÉON. 343
Timpossibilité du rétablissement des privilèges. Il discuta sept heures durant, avec une éloquence admirable, toutes les grandes questions relatives au nouveau pacte qu'il se proposait de donner à la Suisse. Puis le 19 février suivant, réunissant tous les députés dans une séance solennelle aux Tuileries, il remit VActe de médiation au député de Fribourg, Louis d'Affry, désigné par le Premier Consul pour occuper le poste éminent de landamman de la Suisse, créé par la nouvelle constitution \ Elle fut reçue par les députés de la Suisse avec la résignation silencieuse d'hommes qui n'étaient pas Ubres de refuser, car Napoléon avait terminé sa harangue par ces paroles menaçantes : c Ma médiation « est pour vous ce que le gouvernail est à un vaisseau en détresse. Je « vous la donne, ne l'abandonnez pas; autrement il ne me restera qu'à < contenir la Suisse par les armes ou à la réunir à la France. »
elle D^aaraît pas de couleur particulière. Songez bien à l'importance des traits caractéristiques; c'est eux qui éloignent l'idée de ressemblance avec les autres États, écartent aussi la pensée de vous confondre avec eux. Je sais bien que le régime de ces démocraties est accompagné de nombreux inconvénients et qu'il ne soutient pas un examen rationnel ; mais enfin il est établi depuis des siècles, il a son origine dans le climat, la nature, les besoins et les habitudes primitives des habitants ; il est
conforme au génie des lieux Les peuples libres n'ont jamais souffert qu'on les
privât de l'exercice immédiat de la souveraineté ; ils ne connaissent ni ne goûtent les inventions modernes d'un système représentatif qui détruit à leurs yeux les attributs essentiels d'une république (Discours de Napoléon à la Consulta).
La Suisse, disait-il encore, ne ressemble à aucun autre État. La nature a fait votre pays fédératif (12 décembre).
' On prétend que Napoléon songea un moment à se faire élire lui-même Président de la République helvétique, comme il l'avait fait pour la République cisalpine. Molinen, de Berne, l'un des députés de son canton à la Consulta, l'aurait fait renoncer à ce projet, en déclarant que ceux qui voteraient cela n'oseraient pas rentrer en Suisse.
La correspondance de Napoléon nous apprend qu'au moment où d'Affry entrait en fonctions, le grand juge Régnier reçut l'ordre de lui payer une somme de 31,000 francs. «Cette somme,» écrivait Bonaparte, « sera prise sur les fonds « secrets de la police. » Le môme jour, Bonaparte écrivait à d'Affry lui-même :
< J*ai donné ordre qu'on vous comptât les sommes que vous avez réclamées. J'ai
< ordonné également que la pension de 1000 fr. dont vous jouissiez vous fût resti-
< tuée. Je saisirai toutes les occasions pour vous être agréable. » L'éminent historien de Napoléon, M. Lanfrey, en rapportant les faits ci-dessus, ajoute : « De telles
< lettres disent tout sur l'indépendance de la nouvelle Confédération. » Ce qu'il faut penser de cette indépendance, nous le verrons au juste dans le chapitre suivant consacré à Thistoire de l'Acte de médiation. Mais la remise de 31,000 fr. au premier landamman de la Suisse, après les extorsions de tout genre du Directoire français et dans l'impossibilité complète où se trouvaient le canton de Fribourg et la Suisse elle*même de pourvoir aux nécessités pécuniaires du nouveau système à introduire, n'a rien de bien étonnant, en présence surtout du fait que la France se trouvait encore débitrice des cantons et de celui de Fribourg, en particulier, pour des sommes considérables depuis Tancienne monarchie. Quant à la minime pension de 1000 francs accordée à d'Affry, elle n'était que Tacquittement d'une dette contractée par les Bourbons ou plutôt par la France envers l'ancien officier aux gardes suisses.