‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 63 sur 127 · INSURRECTION SUR LES BORDS DU LAC DE ZURICH · texte numérisé non relu

INSURRECTION SUR LES BORDS DU LAC DE ZURICH

Premier Consul que celles de la force matérielle. D'Affry se vit contraint d'exercer un contrôle sévère sur la presse et faisait saisir à Berne un pamphlet contre les unitaires. Le censeur pour ce dernier canton, Cbarles-Louis de Haller, montrait une assez grande sévérité dans ses fonctions; mais nulle part la censure n'était plus inquisitoriale qu'à Fribourg, où aux questions politiques se joignaient les questions religieuses et la chasse aux mauvais livres ou soi-disant tels. Plus d'une fois d'Affry fut accusé de mollesse et de trop d'indulgence pour les libres penseurs du gouvernement, ou pour certain curé de village coupable de posséder Voltaire et Rousseau dans sa bibliothèque.

La France s'était reconnue débitrice de la Suisse pour la somme de deux millions de fournitures. Les réclamations du landamman et du nouveau ministre suisse à Paris, Constantin de Maillardoz, obtinrent le remboursement d'une faible partie de cette somme. Mais tous leurs efforts pour effectuer le règlement de 1,724,322 francs qui restaient h payer, demeurèrent infructueux.

L'année 1803 est marquée dans l'histoire de l'Allemagne par la sécularisation des principautés ecclésiastiques. Elle eut aussi son contreï^up en Suisse, où les possessions de l'évêque-prince àe Constance donnèrent lieu à un traité avec le margrave ou électeur de Bade, à la veille de devenir grand-duc, de la fabrication de Napoléon.

Le landammanat de Nicolas-Rodolphe de Wattenwyl, successeur de Louis d'Affry et avoyer de la république bernoise (1804), fut marqué par la révolte de la campagne zuricoise. Les paysans des bords du lac (Seebuben), exaspérés qu'au lieu d'abolir les cens et dîmes, on en eût fixé le rachat à un taux élevé, refusèrent de prêter serment d'obéissance et de fidélité à l'Acte de médiation. Les magistrats que le gouYernement leur envoya pour les engager à rentrer dans le devoir, furent reçus à coups de pierres et de boules de neige. Usteri lui-même, le démocrate Usteri, qui était au nombre des députés, accusé de trahir la cause populaire, se vit obligé de fuir devant les insurgés. « Pas de

< serment, » disaient les insurgés, « à un gouvernement qui ne tient

< pas ses promesses. En 1802, quand il s'agissait de marcher contre « les autorités helvétiques, on nous a promis l'abolition gratuite de la « petite dtme et l'on n'a pas tenu parole. » Le lieu de rassemblement des rebelles étaient les bains de Bocken, au-dessus de Horgen ; de là le nom de Bockenkrieg donné à cette guerre. Les exhortations du landamman delà Suisse n'eurent aucun effet sur les rebelles; leur principal cbef, le cordonnier Jacques Willi, de Horgen, ancien soldat au service de France, déclara ne vouloir poser les armes que sur l'ordre de lam-

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bassadeur de France. L'incendie du château inhabité de Waedenschwvl ac.heva de donner un caractère anarchique au mouvement. De Zurich l'esprit de révolte $e répandait déjà dans les cantons voisins^ Zoug, Lucerne, St-Gall, dans ceux de Vaud et Fribourg même.

Le landaraman Watlenwyl crut une prompte répression nécessaire; il mit sur pied i500 hommes des cantons de Berne, Argovie, Fribourg, Bâie, Soleure, Schwyz, Schaffhouse, St-Gall, et les plaça sous le commandement du colonel zuricois Ziegler. Ces troupas après avoir occupé Horgen, pillé le village et commis des excès, furent battues par les insurgés; mais renforcé par de nouveaux bataillons, Ziegler reprit l'offensive et ne trouva plus de résistance (3 et 4 avril 1804). Les chefs de l'insurrection, Willi, Schneebeli, teinturier de son état, etHaeberlin, furent enfermés au Wellenberg et mis à mort par sentence d'un conseil de guerre qu'avait institué le landamman (25 avril). Un quatrième, Kleinert, eut le même sort quelque temps après. L'ambassadeur de France, dont le rôle n'est pas clair dans cette affaire, avait cherché en vain à obtenir la grâce des coupables. Le Premier Consul avait témoigné d'abord un vif mécontentement de la solution sanglante donnée à la révolte, puis parut accepter comme une nécessité du moment la rigueur déployée envers des hommas que la démocratie zuricoise devait honorer de notre temps comme des héros et des martyrs, par l'érection d'un monument expiatoire.

Quelques Suisses que la chute du régime unitaire avait privés de leurs emplois, et qui habitaient Paris depuis quelque temps, crurent le moment opportun pour solliciter une nouvelle médiation et l'annexion pure et simple de leur patrie à la France. Une pétition dans ce sens fui présentée au Premier Consul, par l'intermédiaire du prince Mural, beau-frère de Bonaparte, celui qu'on a appelé l'Achille de l'Iliade napoléonienne (avril 1804). Les principaux signataires de la pièce étaient TArgovien Dolder, ex-colonel de hussards, et Henri Jomini, de Payerne, secrétaire au ministère de la guerre sous le régime helvétique. Ce dernier, appelé depuis à une si grande et si légitime illustration, non seulement comme tacticien, historien militaire, mais encore comme un des citoyens suisses les plus dévoués à sa patrie, avait pour excuses ses 24 ans, l'enthousiasme pour Napoléon, commun à tant de Vaudois et sa haine, semblable à celle de La Harpe, pour le régime bernois dont le retour lui paraissait à craindre dans la situation de la Suisse. La démarche des pétitionnaires, simplement taxée de prématurée par le maréchal Ney qu'ils avaient prié d'appuyer leur demande, ne trouva pas faveur auprès du Premier Consul. Mais, d'un autre côté, tous les efforts

PROJET d'organisation miutaire. 331

lenlés par l'envoyé suisse, Constantin de Maillardoz, auprès de Talleyrand, ministre des affaires étrangères, pour obtenir Tincarcération ou l'expulsion des signataires, demeurèrent infructueux \ Jomini entrait à la même époque au service français comme chef de bataillon avec son ami, le général Pierre-Félix Vonderweid, le courageux défenseur du gouvernement helvétique et par l'entremise duquel la pétition pour l'annexion avait été remise au prince Murât *, bien qu'il eût refusé d'y mettre sa propre signature.

Les événements de Zurich avaient fait sentir la nécessité d'activer Torganisation des milices nationales, portées à 15,000 hommes par l'Acte de médiation. Une commission établie par le landamman Wattenwyl proposait la création d'une école militaire, d'un état-major et (l'un fonds de guerre pour toute la Confédération. Ces utiles projets échouèrent en partie contre le mauvais vouloir des cantons de Vaud et du Tessin, qui prétendirent que l'organisation militaire ne regardait |)as le pouvoir central. Napoléon s'opposa aussi formellement aux institutions projetées. Il craignait que le développement des forces militaires ne rendit la Suisse trop forte chez elle, et partant, moins dépendante de sa volonté ^

Le titre et le pouvoir du Premier Consul ne suffisaient plus à l'ambition de Bonaparte. Il voulut être empereur et se fit sacrer par le pape, dans la cathédrale de Notre-Dame, le 2 décembre 1804. Sept députés suisses, d' Affry en tête, étaient présents à la cérémonie et avaient pour mission de profiler de la circonstance pour traiter avec le nouvel empereur delà restitution des propriétés grisonnes saisies dans la Lombardie.

* Correspondance officielle (médite) entre Const. de Maillardoz, envoyé extraordinaire de la Confédération suisse auprès de S. M. l'Empereur des Français, avec S. E. le landamman de la Suisse, M. de Wattenwyl (1804), et correspondance particulière (inédite) du même avec l'ancien landamman de la Suisse, d' Affry. — Voir aussi la correspondance de Stapfer avec Rengger, du 18 juin 180 i. Leben und Brirfic€chsél von Albrecht Bengger, herausgegeben von F. Wydler, Zurich, Schulthess, 1847. — Tillier, Gesch, der Eidgenossen toàhrend der VermitteUungaactey I, 140.

' < Cher et grand ami, j'ai reçu votre lettre du 12 août, et je l'ai lue avec Pat-

< tention que je voue à tout ce qui touche votre patrie. La Diète helvétique n'est ' pas souveraine ; ce sont les 19 cantons qui sont souverains. Vos ancêtres n'ont ja-

* mais eu d'État-major. Pourtant ils étaient célèbres par leur amour de la liberté,

< loor valeur, le bon esprit de leurs milices composées de soldats qui se formaient

< aux frais des puissances étrangères. Pas de général en chef permanent, pas d'ar- « mée helvétique, pas d'impôt; voilà la base de votre organisation. A^otre armée se

* compose des armées des 19 cantons payées et commandées par des officiers que « cliacuQ d'eux désigne, et le commandant en chef, si on juge à propos d'en nom- ^ mer un, n'est que temporaire. La nature a fait de la Suisse un État fédératif, vos

* pères y trouvaient leur bonheur, tenez ferme à cet État fédératif. »

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