NEUTRALITÉ HELVÉTIQUE
cerne. L'avoyer de ce cantoa, Vincent Ruttimânn, sixième landamman de la Saisse, et Jean de Monteaach^ député de Fribourg, cherchèrent à décorer la servitude présente des images de l'ancien héroïsme. La Diète assista ensuite en corps à l'anniversaire de la bataille de Sempach, où l'orateur de la fête eut la singulière idée d'associer le nom de l'ancien médiateur moral de la Suisse, Nicolas de Flûe, à celui de son médiateur politique. Napoléon. Cependant, en ce moment même, l'Helvétie se voyait contrainte à laisser à la France la petite vallée des Dappes, située aa pied du Jura, dont l'empereur avait besoin pour établir une communication directe entre Paris et Genève, devenu le chef-lieu du département du Mont-Blanc.
Napoléon fut moins flatté des louanges qu'on lui avait données à Lucerne que de l'attitude belliqueuse que prit la Suisse lorsqu'une armée autrichienne s'approcha de ses frontières (avril 1809). Louis d'Affry qui, pour la seconde fois, venait de revêtir les fonctions de landamman de la Suisse, se hâta d*appeler aux armes le contingent des cantons, en confia le commandement à l'avoyer bernois Wattenwyl et donna des ordres sévère^ à l'endroit des journaux et des sociétés politiques d'une couleur hostile à la France. Le monastère grisou de Sainte- Lucie, dans les caveaux duquel on avait découvert des tonneaux de poudre à l'adresse des Impériaux, fut occupé par les soldats de la Confédération, et l'évêque de Coire, que l'on accusait d'entretenir des intelligences avec le Tyrol autrichien, confiné à Soleure. Cet armement extraordinaire coûta à la Suisse un million et demi de francs.
Napoléon, satisfait du zèle qu'avait déployé l'autorité fédérale, en témoigna sa satisfaction au bourgmestre Reinhard, de Zurich, que d'Âifry avait envoyé à Ratisbonne pour lui notifier la ferme intention de la Suisse de maintenir sa neutralité. < Si je suis vainqueur, dit-il au député zuricois, je joins le Tyrol à la Suisse. » — « Sire, le Tyrol ne convient pas à la Suisse; mieux vaudrait lui donner la ville de Constance et faire du Tyrol un État indépendant à la façon du Vallais. »
Napoléon ayant laissé entrevoir l'idée de joindre la Suisse à Tempire germanique ou d'y créer un landamman perpétuel, l'inquiétude s'empara de nouveau des autorités fédérales et ne se calma un peu qu'à la nouvelle que l'indépendance et la neutralité de la Suisse avaient été reconnues au traité de Vienne par l'empereur des Français, lequel, à tous ses titres, ajoutait celui de Médiateur de la Confédération suisse, dans l'acte original de ce traité (14 oct. 1809).
Cette reconnaissance solennelle de la neutralité helvétique n'empêcha pas les armées françaises de la violer peu après à Schaffhouse, comme