EFFET DU BLOCUS CONTINENTAL EN SUISSE
20,000 familles se trouvèrent sans pain dans les cantons orientaux de la Suisse. Dans les villes de Genève et de Neuchâtel, annexées à la France, on brûla sur la place publique des monceaux de toile, de percale, de mousseline, de coton filé et de cuirs tannés de provenance anglaise. La prohibition des denrées coloniales de même provenance obligea les familles suisses à se passer de café et de sucre, ou de substituer à ces denrées le miel et le cacao. La moindre réclamation dans la presse ou dans lar salle des Conseils était punie de la suppression du journal ou de l'exclusion du magistrat assez téméraire pour oser élever la voix cooire l'arbitre des destinées de l'Europe.
Mais cette tyrannie, loin d'énerver le caractère de la nation et d'abattre le courage de ses chefs, retrempa leurs sentiments de patriotisme et de fierté nationale.
Tandis qu'en France, peuple, armée et magistrature, fascinés par la victoire, baisaient les chaînes d or que lui imposait le despotisme de ce César d'origine étrangère; pendant qu'un cortège de rois faisait antichambre aux Tuileries ou sous la tente impériale, les premiers-nés de la liberté se montrèrent dignes d'en être les derniers représentants au milieu de l'Europe continentale.
« La Suisse, dit un historien, porta sans doute le joug qui pesait sur le continent ; mais elle resta debout, elle ne rampa point ; on la vit asservie, jamais servile \ »
L'indignation qui remplissait les cœurs fit explosion dans les plaintes éloquentes qu'exhalèrent quelques députés à la Diète de Soleure (avril 18H), présidée par Tavoyer Grimm, pour cette année landamman de la Suisse.
< Les Suisses, dit le magnanime landamman de Schwyz, Âloïs Reding, les Suisses ne sacrifieront pas pour sauver la vie ce qui est le prix de la vie, Thonneur et l'indépendance de la nation. » Le député de Zoug, le jeune et chaleureux Sidier, plus tard landamman de sou canton, prononça aussi quelques paroles où l'on voulut voir des allusions hostiles à la France et à son puissant monarque.
Ces paroles et l'attitude de la Diète allumèrent la colère de Napoléon. L'audacieux conquérant, accoutumé à briser tous les obstacles et qui venait encore récemment de précipiter le pape Pie VII de son trône dans une prison, ne comprenait pas la témérité du petit peuple qui osait lui résister en face. « On me jette le gant, dit-il aux députés suisses qui étaient accourus le féliciter sur la naissance de son fils, le petit roi
' Monnard, Hist de la ConfédêraHon, XYUl, 186.