TEMPS DE LA RESTAURATION
L'invasion de la Franche-Comté a été qualifiée par les historiens français de « coup de pied de Tâne au lion mourant. » Ce qui est sûr, c'est qu'elle a laissé des souvenirs fâcheux chez nos voisins et anciens alliés, où nos soldats ne s'étaient pas bornés à des réquisitions de vivres. Il y eut plusieurs villages de brûlés \ L'invasion de la Franche- Coii^té fut accompagnée de mesures vexatoires contre les membres de la famille Bonaparte qui avaient cherché un asile sur le sol helvétique. L'ex-reine de Hollande, Hortense Beauharnais, la mère de Louis-Napoléon, n'obtint qu'à grand'peine et sur la recommandation des puissances, l'autorisation de séjourner à Arenenberg, aux bords du lac de Constance.
L'ex^roi d'Espagne, Joseph, frère de Napoléon, établi au château de Prangins, dans le canton de Vaud, dut s'enfuir pour échapper à Tordre d'arrestation donné par la Diète à la requête des gouvernements de Russie et de France. Le colonel Louis Girard, de Fribourg, chargé de procéder à l'arrestation, trouva la cage vide et l'oiseau envolé.
Pendant le siège même d'Huningue, la longue Diète, ainsi nommée parce qu'elle siégeait à Zurich depuis plus d'un an (d'avril 1814 à août 1815), déclara en vigueur le nouveau pacte fédéral. Un seul État, le demi-canton du Nidwald, travaillé par Kâsh, le curé de Beckenried, et par le comité réactionnaire de Waldshout, Charles-Louis de Haller en tête, refusa de l'accepter et montrait la même aversion pour le nouveau pacte que pour la constitution helvétique ^ Les ambassadeurs des puissances et le nonce lui- même, à la demande de ces dernières, usèrent en vain de leur influence pour les engager à se soumettre. L'envoi seul de 600 hommes, accompagnés de commissaires fédéraux, put faire revenir ce peuple indomptable à d'autres sentiments ; dans deux landsgemeindes consécutives, Nidwald enfin vota l'adoption du pacte (30 août 1815). Mais pour le punir de sa résistance opiniâtre, on lui ôla la vallée d'Engelberg, qui fut incorporée k l'Obwald. Le chef ostensible de la résistance, Durrer de Beckenried, eut à subir un châtiment rigoureux et fut condamné à 25 ans de détention, 3000 francs d'amende, à l'amende honorable et au pilori.
Quelques jours avant la soumission du Nidwald, le 17 août 1815, c'est-à-dire la 524°>« année depuis la première alliance, un nouveau et solennel serment avait été prêté à Zurich par les députés de tous les
* Fleury, Franc- Comtois et Suisses. Besançon, 1869, 146. ' Correspondance de Haller avec le landamman Wûrseh, Lausanne, 1878 ; le Pacte de 1815 y est appelé le garrot zoricois, du nom du garrot espagnol.