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CONSTITUTIONS CANTONALES

peuple et rien par lui, » telle était la maxime de cette aristocratie mitigée, de ce gouvernement qui revêtait un cachet paternel, du moins chez les esprits élevés. Car dans presque tous les cantons on trouvait de ces hommes d'élite que distinguaient la probité, la loyauté et une dignité de maintien et de conduite rares que rehaussait la gravité du costume officiel, composé du manteau noir, du rabat, de Tépée et du chapeau à claque.

Mais le désintéressement des patriciens et des autres gouvernante de la restauration n'allait pas jusqu'à dédaigner pour leurs fils et cousins les carrières faciles et lucratives qu'offrait le service militaire à l'étranger. A peine établi, le nouveau régime voyait se conclure des capitulations militaires avec les Pays-Bas (1814), et la France (1816), puis avec le pape (1825) et le roi des Deux-Siciles (1828). L'Espagne, en revanche, à la demande des Cortës, résiliait la capitulation conclue en 1804 et retirait même son ambassadeur.

La capitulation avec la France assurait au roi un contingent de 1 1.000 hommes, formant deux régiments de garde royale et quatre régiments de ligne. Un service de parade et de salon avait remplacé les sanglants hasards de la guerre napoléonienne. Le colonel fribourgeois de Gady, ancien officier de l'armée de Gondé, secrétaire et confident du landamman d'Âffry, obtenait en récompense de son zèle bourbonien de 1815, une position qui faisait de lui en réalité le colonel-général des Suisses dont S. A. R. le comte d'Artois n'avait que le titre honorifique. Les Centsuisses de la maison du roi, composés en réalité de 333 officiers, sous-officiers et gardes, furent rétablis et recrutés principalement chez les Fribourgeois.

Au commencement de son règne, le patriciat de ce dernier canton, favorable alors au progrès intellectuel, avait rétabli le conseil d'éducation, supprimé à la demande de l'évêque en 1803. L'école primaire et secondaire de Fribourg, fréquentée par 400 enfants de toutes les classes de la population, égalait en célébrité les établissements cosmopolites de Hofwyl et d'Yverdon. Une académie digne de ce nom devait prendre la place du collège suranné de St-Michel. Le père Girard, l'âme du mouvement, était parvenu à réunir autour de la pensée du bien public une partie de l'aristocratie et les membres les plus éclairés du clergé (1 81 3). Mais les efforts du parti des jésuites et du nonce Testaferrata firent évanouir ce beau zèle et provoquèrent une série d'événements funestes pour le canton de Fribourg en particulier et pour la Suisse en général, dont toute la partie catholique était soumise aux mêmes influences.

Malgré leur suppression sous le pape Clément XIV, les jésuites n'avaient jamais cessé d'exister sous une forme ou sous une autre, en

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Vallais et dans d'autres cantons. Après leur rétablissement officiel sous le pape Pie VII, en 1814, les jésuites du Vallais firent des efforts réitérés pour être reçus officiellement à Soleure et à Fribourg.

A Soleure, l'ordre d'Ignace avait pour lui les deux avoyers Aregger et Gloutz. Mais les professeurs ecclésiastiques refusèrent courageusement d'enseigner à côté des fils de Loyola et le grand conseil eut le i)on esprit de rejeter à perpétuité la motion d'appeler les jésuites (15 juin 1816). Henri de Wessenberg, administrateur du diocèse de Constance dont relevaient Soleure et treize autres cantons S approuva ia conduite du clergé soleurois. Mais le noble, pieux et savant prêtre mit ainsi le sceau à la haine implacable que lui avait vouée le parti ultramoDtain et qui était due à l'administration libérale du diocèse confiée à 5es soins par Théodore de Dalberg qui, au titre d'évêque de Constance, unissait ceux d'archevêque et de primat d'Allemagne.

Ce qu'on reprochait à Wessenberg et ce qui fait sa gloire, c'était d avoir cherché à concilier le catholicisme avec les idées d'humanité, de tolérance et de progrès raisonnable dans le culte, la liturgie, le rituel, les rapports des confessions, les mariages mixtes, l'éducation et la vie intime du clergé. C'était encore d'avoir réglé certaines questions avec les gouvernements d'Argovie et de Lucerne de son chef, et d'après les principes de Dalberg et des quatre grands prélats d'Allemagne qui, en 1786, avaient réclamé les droits de l'épiscopat et protesté dans la fameuse conférence d'Ems contre l'absolutisme papal. Un troisième grief de la nonciature contre Wessenberg, c'était d'avoir couvert de sa protection trois professeurs lucernois condamnés à Rome comme demikantiens et le savant théologien Déreser, accusé également de doctrines hétérodoxes.

Pour anéantir d'un même coup l'influence de Wessenberg et les tendances libérales du clergé, le nonce et ses adhérents ne trouvèrent rien de mieux que de démembrer le diocèse de Constance, en détachant les cantons qui en dépendaient depuis mille ans. Ils séduisirent les magistrats des petits cantons, à leur tête Aloïs Reding, par la perspective d'un évêché national. Wessenberg, le chapitre de Constance et Dalberg lui-même protestèrent en vain contre cett« rupture illégale et injuste. La promesse d'un évêché national n'était qu'un leurre; elle ne se réalisa point. Sur les ruines de celui de Constance, s'élevèrent,

^ Un, Schwyz, Underwald, Zoug, Lucerne, Soleure, et pour les parties catholiques de ces cantons, Zurich, St-Gall, Thurgovie, Appenzell, Glariset Schaffhouse; Berne et Argovie jusqu'à la rive droite de l'Aar. Augustin Eeller, Die kirehUchpolitischen Fragen bei der Eidg. Bundearevision von 1871, Aarau, 121.

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après des négociations sans fin, deux évèchés, le double évèché de St- Gall-Grisons (1824) et celui de Bâie-Soleure (1828). Le premier, accepté, non sans peine, par St-Gall, rencontra la plus vive opposition de la part du collège catholique et du grand conseil des Grisons, qui contestaient à Rome le droit de disposer d'eux sans leur assentiment. L'évêché de Bâle-Soleure fut au contraire l'objet d'un concordat eïi règle entre le saint-siége et les cantons de Berne, Lucerne, Soleure, Argovie, Zoug, Thurgovie. Aussi les gouvernements de c^ États obtinrentils le choix des chanoines de la cathédrale, auxquels appartenait l'élection de l'évèque sous la sanction du pape, et même un droit d'exclusion à l'égard des candidats à l'épiscopat. Mais les évéques de Coire et de Soleure-Bâie» soustraits à la juridiction d'un métropolitain, étaient soumis directement au pape et au nonce, transformé en chef de l'Église helvétique.

L'évèque de Lausanne, ancien suffragant de Tarchevèque de Besançon, avait cessé de l'être depuis le concordat signé par Pie VII et Bonaparte en 1801, et se trouvait également dépendre directement de Rome et du nonce. En septembre 1819, par bref spécial du pape, l'évèque de Lausanne devint encore évêque de Genève c'est-à-dire des communes catholiques de ce canton détachées du diocèse de Chambéry, et cela au grand déplaisir du fameux curé savoyard Vuarin qui rêvait pour sou compte l'établissement d'un évèché de Genève indépendant de celui de Lausanne. L'histoire de cet homme intelligent, énergique et peu scrupuleux sur les moyens, est celle du catholicisme à Genève pendant les quarante-trois premières années de ce siècle. Il avait trouvé Genève avec quelques catholiques ; aujourd'hui le nombre des catholiques dépasse celui des protestants ' .

L'évèque de Lausanne depuis 181 5 était Pierre-Tobie Yenny, un curé de campagne et ancien élève du collège germanique à Rome. Les accusations d'hérésie portées par le uonce Testafedrata avaient fait écarter pour la seconde fois du siège épiscopal le père Girard, déjà éliminé en 1803. A peine élu, Mgr Yenny rétablissait la fête de Villmergen, instituée pour célébrer la défaite des Suisses protestants en 1656, et préludait à la réception des jésuites par celle des Ugoristes (1817). Le rappel des premiers, patronné comme à Soleure, par les deux chefs de l'État, les avoyers Gottrau et Techtermann, fut voté en effet par 69 voix contre 42, après une discussion mémorable où Pierre de Landerset, le plus éloquent des

' Marc Monnicr, Gtnèce et Us Genevois en 1868. Bévue des Deux Mondes, Livraison du 15 décembre.

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