‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 80 sur 127 · ÉTABLISSEMENT DES JÉSUITES A FRIBOURG · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DES JÉSUITES A FRIBOURG

membres dQ grand conseil, combattit en vain le retour des jésuites par des arguments tirés de la politique et de l'histoire (15 sept. 1818).

Prévoyant les graves conséquences qu'entraînerait un jour cette mesure pour la Confédération, le conseil secret de Berne, alors Directoire fédéral, avait demandé par un message adressé à l'avoyer Techtermann, le sursis du vote. Mais sur l'avis confidentiel donné par le conseiller Charles-Louis de Haller, que la demande de sursis n'avait été votée que p^r 3 voix contre 2, le gouvernement de Fribourg se moqua de la demande de celui de Berne, paralysé ainsi par l'influence de l'un de ses membres secrètement dévoué au catholicisme, qu'il embrassait un mois après entre les mains de l'évèque Yenny, au château de Jetschwyl près de Fribourg(17 oct. 1820). Cette abjuration clandestine ne l'empêchait pas de prêter, comme membre du petit conseil, le serment de protéger la foi protestante \

Le décret de l'appel des jésuites avait répandu la consternation parmi les libéraux fribourgeois. Six conseillers d'État sur 13, à leur tète l'avoyer Werro, Jean de Montenach et Charles Schaller, publièrent une protestation qui finissait par ces mots prophétiques : < L'union est détruite àjamaùt. » Mais la majorité prohiba la circulation de cet écrit et punit d'une suspension de six mois l'avocat Landerset pour avoir consenti à la publication de son discours contre les jésuites. L'indignation publique, soulevée par ces mesures, fut comprimée par des mesures militaires et la menace de troupes bernoises, dont l'appui avait été promis, on ne sait par quelle influence, à l'avoyer Techtermann.

Dès lors la réaction victorieuse ne garda plus de mesure et supprimait cinq ans plus tard, comme immorale et vrréUgieuse la méthode d'éducation du P. Girard (4 juin 1823). Cette décision, prise par 79 voix contre 35, exaspéra les amis du progrès et une guerre civile semblait imminente, lorsque le noble cordelier, se sacrifiant à la paix, se retira chez ses confrères de Lucerne (1824). Rendus maîtres de la situation par la journée du 4 juin, les jésuites firent de Fribourg la métropole de leur ordre, et fondèrent un grand collège où des jeunes gens de tous pays venaient puiser, avec une instruction plus ou moins brillante, la haine de la science moderne et de la tolérance religieuse. Toutes leurs prédications et les efforts de leurs partisans ne purent cependant empê-

* Trois ans p)ns tard, l'abjuration de Haller, révélée au gouvernement bernois, le fit éliminer comme parjure. II en résulta une polémique très vive où Haller fut fort maltraité. H se vengea plus tard des Bernois par la publication de son Histoire de la Réforme protestante dans la Suisse ocddenUde^ composée à la prière et aux frais de Mgr Yenny, évêque de Lausanne (1828).

Page 1