LA RÉFORME DANS LET VALLAIS
les affaires religieuses de ces contrées. Une grande assemblée des dixains (Landrath) réunie sur la Planta, à Sion,Me24 juillet 1603, en présence des ambassadeurs de France (S illery), d'Espagne (Fuentès), de Savoie (Chevron) et des députés des cantons catholiques et protestants, eut pour résultat le triomphe des quatre dixains tout orthodoxes du Haut sur les trois dixains du Bas favorables k la réforme ou à la tolérance. Mais le iMndrath de la Planta ne fui pas obéi. Les trois dixains de ' Sierre, Louèche et Sion prirent les armes et en appelèrent à Henri IV. La médiation des puissances arrêta la guerre civile. Mais dans une nouvelle diète tenue par les dixains orthodoxes à Viège, les décrets rendus à la Planta furent confirmés (17 mars 1604) et une amende de 200 ducats prononcée contre deux novateurs influents, le chancelier Guntern et l'ancien grand bailli Jean Jossen. On rappela les jeunes Vallaisans qui faisaient leurs études k Genève et k Zurich. Une foule de protestants, entre autres le chancelier Guntern, jugèrent k propos de s'enfuir dans le canton de Berne. Le nouvel évêque, Adrien II de Riedraalten, élu le 7 décembre 1604, acheva la déroule des réformés, en s'entourant de capucins et de jésuites. Mais quand il s'agit, en 1610, de rétablissement définitif de ces pères, l'évêque trouva un contradicteur résolu en Barthélémy Allet, le banneret de Louèche. Le prélat cherchant à faire prévaloir sa volonté en s'étayant de la Caroline qui avait fait les évêques de Sion comtes et préfets du Vallais, un autre adversaire des prétentions épiscopales, Nicolas de Kalbermalten, châtelain de Sainl- Maurice, déclara qu il n avait d'ordre à recevoir que des 7 dixains,
La lutte, de religieuse qu'elle avait été jusque-lk, devint alors politi- (]ue. Un parti nouveau, celui des Francs-patriotes, se forma des débris du parti protestant et des catholiques opposés k la puissance temporelle des évêques. Une diète assemblée sous l'influence de ce parti, que dirigeaient le banneret Allet et un autre homme énergique, Michel Mai^héran, secrétaire de la diète vallaisanne, fit entendre des menaces telles que l'évêque en mourut de chagrin (le 7 octobre 1613). Le parti des Francs-patriotes en profita pour contraindre le chapitre des chanoines à renoncer formellement k la Caroline dans la cathédrale de Sion, en présence de délégués de tous les dixains (le 15 octobre). Les jésuites étrangers furent chassés du Vallais où les réformés venaient sans bruit reprendre leur place. Le successeur d'Adrien II de Riedmatten, Hildebrand Jost, ne fut élu qu'k la condition de renoncer également k la Caroline.
Le gouvernement lucernois que présidait alors l'avoyer Rodolphe Pfyffer était intervenu en faveur de l'évêque et des jésuites. Le banne-
ret Allet lui répondit par un écrit véhément où il accusait les jésuites fl'avoir cherché à l'empoisonner (7 juillet 1614).
Les Francs-patriotes s'appuyant sur la France, le gouverneur espagnol de Milan, le comte Fuentès, s'entendit avec Tévêque, le chapitre et les jésuites rentrés en Vallais sous les auspices de l'Espagne. Le pape Paul V, Saint-François de Sales et les cantons catholiques, Lucerne en tête, joignirent leurs efforts à ceux du parti espagnol. L'empereur Ferdinand II confirma la Caroline à la sollicitation de 1 evêque. Une réaction opérée sous toutes ces influences réunies aboutissait à un nouvel exil des protestants et des Francs- patriotes les plus compromis. Mais mécontent du triomphe du parti espagnol, le cardinal Richelieu qui dirigeait, sous Louis XIII, la politique de la France, provoquait un revirement en faveur des réformés et des Francs-patriotes. Le chef de ces derniers, Michel Maghéran, élu châtelain de Louèche, et plus tard grand bailli ou capitaine général du Vallais, occupait en armes le château épiscopal de la Majorie, et faisait rendre un nouveau décret d'expulsion contre les jésuites et les capucins. Humilié à la diète de Sierre, l'évêqne Hildebrand songeait à résigner ses fonctions. Le parti espagnol, exaspéré, conspire. Le chef de ce parti, Antoine Stockalper, un ami intime de l'évêque et officier à la solde de Milan, réunit à Brigue (les hommes armés pour marcher sur Sion. Mais avant d'avoir pu exécuter son dessein, il est saisi et livré à Maghéran. Dans les douleurs de la torture à laquelle il fut appliqué à huit reprises au château de Louèche, Stockalper avoua avoir enrôlé 300 Valtelins pour tuer les chefs patriotes, Maghéran à Louèche, de Preux k Sierre, Ambuel à Sion et Jean Roten à Rarogne; il fut déca[)ité dans le jardin de l'évêque (4 décembre 1027).
Attéré par ces événements, l'évêque s'enfuit à Lucerne, puis à Rome. Le pape refuse d'accepter sa démission et l'oblige à rentrer dans son diocèse où les Francs-patriotes dominaient encore, mais ne devaient pas garder longtemps leur prépondérance. Car sous l'action combinée du Saint-Siège, des cantons catholiques, de l'Espagne et de la France ellemême, s'opérait une réaction nouvelle contre les protestants et les chefs des Francs-patriotes expulsés définitivement de leur patrie en i()55. « Au bout d'un demi-siècle, dit le P. capucin Furrer, tout vestige de « protestantisme était tellement effacé du Vallais qu'on ne sait plus ^ même aujourd'hui dans la contrée, que la moitié de la population 'ï avait embrassé la Réforme \ »
* Furrer, Geschichte von Wallis^ I, 349-355. — Hidber, Kampf der Walliser mit
La Hberlé politique des Vallâisans ne sombra pas cependant du même coup que leur liberté religieuse. Les sept dixains obtinrent des envoyés (le la France, de la Savoie et des cantons catholiques la reconnaissance pleine et entière de leurs droits et l'érection de leur pays en république (Respublica patri» Vallesii), avec les sept étoiles pour emblème; elles fi;iurent dès lors sur leurs bannières comme sur les monnaies qu'ils s'empressent de frapper, en signe de souveraineté. L'écusson du Vallais e>t orné du double aigle surmonté du diadème impérial \
La mort d'Henri IV, en 1610, avait donné la prépondérance au parti espagnol dans toute la Suisse et en Europe, au moment même où ce ;:rand monarque avait tout préparé pour l'abattre. Cent mille hommes, dont 6,000 Confédérés, devaient attaquer la maison d'Autriche et démembrer ses immenses possessions au profit des États européens de second ordre. Le duc de Savoie aurait partagé le Milanais espagnol avec Venise et les cantons catholiques; la Confédération en corps eût reçu pour son lot le Tyrol et la Franche-Comté, l'ancienne alliée et protégée des Suisses. Le but que se proposait Henri IV n'était pas seulement (le rétablir l'équilibre entre les puissances de l'Europe; c'était de former ime grande fédération chrétienne composée de quinze États, dont les représentants réunis en congrès eussent concouru au maintien de la paix générale. Le poignard d'un régicide, de l'infâme Ravaillac, fit avorter ce plan grandiose, en tranchant les jours de cet ami de Genève et des Suisses, un des meilleurs princes qui aient gouverné les peuples.
s. Capitulations et alliances étrangères.— Rapports des Suisses avec les rois de France et avec les empereurs d'Allemag^ne pendant le XYI'»^ siècle.
Depuis leur réconciliation avec François P' et l'alliance étroite contractée avec ce prince en 1521, les Confédérés avaient fidèlement tenu le pacte d'or et de sang qui les liait à la France. Toutes les batailles du règne de ce prince furent témoins du courage heureux ou malheureux des guerriers des Alpes. 3,000 Confédérés se firent tuer à la Bicoque en attaquant audacieusement les Impériaux, défendus par des retranchements et une artillerie formidables (1522). Le trop célèbre condottiere
ihrcn Biachôfen, Bera, 1874. Traduit en français dans le Confédéré du Vallais. — Gremaud, Catalogue des Écêques de Sion, 1864. — Charles-Louis de Bons, Le Château de Louèche^ et ses autres romans qui sont de l'histoire.
* Stanz, Die Wappen der schweiz, EidgenossenschafL Archiv, des hist. Vereins. Bcm, VI, 790.
bernois Albert de Stein trouva la mort clans cette journée sanglante où il commandait en chef ses compatriotes.
Un autre héros de Marlgnan, le chevalier Arnold de Winkelried, apercevant au plus fort de la mêlée Frondsberg, le chef redouté des lansquenets, se précipite sur lui, le blesse de sa lance et tombe au même instant frappé en pleine poitrine par un boulet. L'héroïsme chez Winkelried s'alliait à un amour de la gloriole qui a fait Tobjet des traits mordants du poète Gengenbach de Bàle, pendant que d'autres rimeurs n'ont vu en lui que le guerrier téméraire et le digne frère ou cousin de ce Henri Winkelried qui était tombé à Marignan, le 13 septembre ^5^5^
Au passage delà Sésia (1524), où Bayard fut tué d'un coup d'arquebuse, le capitaine bernois, Jean de Diesbach, couvrit avec 0,000 Suisses la retraite de l'armée française. Dans l'espoir de sauver le célèbre chevalier, il voulait le faire emporter sur les lances de ses soldats.
Moins braves à Pavie, 4,000 Confédérés mirent bas les armes et partagèrent le sort du monarque français, prisonnier des Espagnols. Quatre cents d'entre eux, cependant, Téhle de l'armée, périrent sur le champ de bataille avec leur chef, Jean de Diesbach, qui chercha la mort dans les rangs ennemis pour ne pas survivre à la honte de celte journée.
Elle fut réparée à Cérisoles (1544). Conduits par un héros d'une taille et d'une force herculéennes, Guillaume Frôhlich, de menuisier devenu colonel, les Confédérés firent merveille et battirent à plaie couture les lansquenets. Douze mille Impériaux jonchèrent de leurs corps le champ de bataille. Un heureux coup de lance délivra d'un goitre énorme un capitaine des Grisons, Philippe de Hohensax, fils de ce fameux Ulric qui avait commandé les Suisses dans les guerres de Souabe et d'Italie.
FrœHch, aux bons avis duquel les généraux français devaient la victoire, fut fait chevalier sur le champ de bataille. Le roi voulut l'avoir auprès de lui et lui donna le commandement des cent-suisses de sa garde. Ce chef dès lors figure avec éclat, pendant ijuaranle années consécutives, dans toutes les guerres des rois de France. Nous le trouvons en Lombardie, en Lorraine, en Piémont, dans le royaume de Xaples, conduisant chaque fois des levées de plusieurs mille hommes qu'on licenciait quand on n'en avait plus besoin, à la fin de la campagne. Ce chef intrépide passe pour avoir contribué beaucoup à la reprise de Calais, qui était depuis deux cents ans entre les mains des Anglais (1 558).
* Liebenau (Théodore de) , Indicateur dliisioire suisse, 1877, 32i.
Frœlich mourut très riche au faubourg Saint- Germain à Paris, le i décembre 1562. Le roi et toute la cour assistèrent à ses obsèques. Las faits (l'armes de ce capitaine ont été célébrés par les historiens français \ et sa statue placée clans la galerie de Versailles avec celle des •Minéraux et des héros de cette nation. Frœhch était natif de Riesbachau c.mton de Zurich. Mais pour échapper aux lois sévères de cet Etat sur tes services mercenaires, il s'était fixé à Soleure, où sa famille a fleuri depuis sous le nom un peu altéré de Frœlicher. Son neveu, Guillaume Tugginer (le Toquenet des historiens français), qui avait combattu k s«^s côtés à Cérisoles et à St-Quentin, lui succéda dans le commandement des c^nt-suisses et montra le même dévouement à la maison royale.
Si le service de France était lucratif et glorieux pour quelques offij'iers, il ne Tétait guère pour les simples soldats. A peine vêtus et nourris, ils élaienl réduits k attendre des mois entiers leur solde que retenaient d'avides capitaines, et quand la campagne était finie, on les voyait souvent revenir demi-nus et atteints de maladies dégoûtantes, remplir les hôpitaux et les léproseries de leur patrie. Tel fut le sort de plusieurs milliers d entre eux après la désastreuse journée de Pavie. Zvvingli et les autres réformateurs en prirent occasion pour renouveler leurs éloquentes [ihilippiques contre le service mercenaire.
Parmi les catholiques, des hommes austères firent entendre aussi k diverses reprises une voix de réprobation contre les capitulations étrangères. L'argent des rois était le prix du sang (BUugeld) et un argent de discorde {Unfriedgeld) aux yeux de Conrad Scheuber, digne petit-fils de Nicolas de Flûe ([ui, après avoir servi la patrie et la société pendant im demi-siècle comme père de famille, guerrier et magistrat, après avoir oixupé même la première magistrature de son canton, avait tout quitté à l'exemple de son aïeul pour vivre en Dieu dans la solitude '.
Les paroles de ces graves personnages et le cri de la conscience publique réveillée par le deuil des familles, obligèrent quelques cantons k rendre des édits rigoureux contre le service et les pensions étrangères, en usage dans presque chaque canton '. Mais la passion des combats et
* Thev<»t, de Thoii, etc. Les écrivains français l'appellent Furli, Forli^ FroU.
* La vie de Scheuber a été écrite par le prévôt Gœldlin en 1818.
* A Fribourg seulement il n^y avait pas, en 1535, sous François I", moins de vingt pensionnaires de la France dont suivent les noms : Daffry, Alt, Amman, Fegely, Gottrau, Lenzbourg, Lanthen, Montenach, Praroman, Schrôter, Techtermann, Week, Werro, "Wild, Zollet, Python, Ratze, Raemy, Reyff, Schaller. En 1531, le roi François I**" ne dédaignait pas d'écrire de sa main au conseiller et socrétaire UUman Techtermann, dont l'influence dans la diète suisse égalait celle
8H Hl^^TrjfftC ElTtJUniLl,.
b soif de lor étaient trop fortement éveillée^ diez les peuplades guerrière» de^ Alfies. Au premier roulement de tambour que faisaient entendre les enrùleurs, le^ guerriers accouraient |*ar milliers se ranger >/;a« ie> drafieaux de la France.
I»ri»qne les guerres de religion eurent commencé sous Charles IX, le •^^rvice mercenaire prit une nouvelle intensité et ajouta de nouveaux lauriers â ceux des précédents capitaines. Tammann, de Luceme, succi>>eur de Frœlich, sauva Tarmée du roi Charles IX à Dreux, où son yr()V\ue ré>i>tance donna le tem[is au duc de Guise d'accourir avec une armée et de re^'a^'ner la iiataille (>erdue par la faute du duc de Montmorency. Mais Tammann paya ce grand exploit de sa vie et de celle de vingt-six capitaines de sa nation. Parmi les morts se trouvèrent Tavoyer Schwaller, de Soleure, et Zur-Lauben, de Zoug, jeune homme héroïque qui se jeta au-devant de Tépée qui allait frapper son père (1502;.
A la tête du corps-franc das Enfants perdîts, Louis Pfyffer, de Lucerne, 8*était signalé dans cette journée par un sang-froid audacieux et une rare capacité mihtaire. Charles IX le désigna pour remplacer Tammann dans le commandement des troupes suisses.
Pfyfler ne tarda pas à justifier ce choix par un service éminent rendu à la personne même de Charles IX. Ce monarque et toute sa cour se trouvant à Meaux auprès de la reine mère Catherine de Médicis, se virent tout à coup cernés dans la vjlle par toute une armée protestante aux ordres des chefs les plus célèbres de ce parti \ Huit à neuf cents hommes, armés d'épées seulement, formant ce qu'on appelle la maison du roi, entouraient le monarque. Un message secret fut envoyé aux Suisses et informa leur colonel du péril que courait la famille royale.
Le 29 septembre 1567, vers minuit, Pfyffer quitte Château-Thierry où il se trouvait avec O.UOO hommes, arrive vers le matin à Meaux, où il persuade le roi et la reine de se confier à sa garde, les ramène en effet le même soir sains et saufs à Paris avec toute la cour, après avoir soutenu les chocs répétés de Tinfanteric et de la cavalerie ennemies en
qu'il avait dans son canton. En 1573, Pavoyer Daffry recevait une pension de cent livres, Lanthen-IIeidt et GriboUet cinquante. Parmi les pensionnaires figurent alors, outre les membres de familles déjà citées, des Diesbach, Odet, Alex, £nglisberg, Krumenstoll, Fruyo, Buman, Reynault (Reynold), Rudella, Cléry, Werly, GrÎHet de Forell, etc.
' Le prince de Condé, Pamiral de Coligny, Dandelot. Il y avait des KeucMtelois dans l'armée protestante, à leur tête des Hory, des Tribolet, noms qui reviennent dans toutes les guerres de France à cette époque.
queue, en flanc et en tête. Le lendemain, au milieu de l'enthousiasme public qu'excite cette action d'éclat, le roi va à la rencontre des Suisses jusqu'à la porte St-Martin, passe au cou de leur colonel le collier des chevaliers de Tordre de St-Michel et accorde la solde de bataille à ceux auxquels, « après Dieu, » il devait son salut. « La France et toute l'Europe retentirent des éloges qu'on faisait de la valeur et de la fidélité des soldats suisses. » La retraite de Meaux fut mise au rang des plus belles victoires. On la compara à la retraite des Dix Mille \
Les protestants jouaient de malheur. Deux ans après cet échec, le duc d'Anjou, frère du roi Charles IX, et qui régna depuis sous le nom d'Henri IIÏ, leur fit éprouver des déroules sanglantes k Jarnac et à Montcontour. Chaque fois la bravoure des Suisses contribua à la victoire; ils avaient alors pour chefs Péterman de Cléry et Jean de Lanlhen- Heidt, officiers fribourgeois d'une valeur éclatante et qui alliaient les talents politiques aux talents militaires. Cléry sortait d'une noble famille de la Gruyère ; Lanthen dit Heidt, au contraire, était fils d'un simple sellier de Fribourg, ce qui ne l'empêcha pas d'être fort avant dans les bonnes grâces de Catherine de Médicis.
A un trait glorieux, l'histoire des services étrangers a coutume de joindre une scène déshonorante. Sous le règne de Charles IX, dans cette nuit de sang et de trahison qu'on nomme la St-Barthélemy, et où 6000 protestants furent égorgés à Paris seulement ^ la garde suisse du duc d'Anjou fournit son contingent d'assassins à gages; et si le Zuricois Roist, le père du bourgmestre, succombe en défendant la porte du vieil amiral de Coligny, le Fribourgeois Martin Koch, fourrier de la garde du duc d'Anjou, partage avec deux autres Suisses, Léonard Grûnenfelder, de Claris, et Klein, d'Olten, le triste honneur d'avoir donné la mort au chef vénéré des protestants. C'est même Koch qui porta le premier coup avec la hache dont il était armé. Ces hommes reçurent le prix du sang, Koch 10,000 écus, Klein 2000 écus en or, 100 francs de vaisselle et l'habit de l'amiral *.
A la nouvelle du massacre de leurs coreligionnaires de Paris, le premier mouvement des cantons évangéliques avait été de prendre las armes pour ne pas se laisser égorger sans défense comme l'amiral de
* yaUiemin, Histoire de la OonfédéraHon suisse, XII, p. 111.
' A Lyon, il en périt 2000. Voir les relations de Tugglner de Soleure, témoin oculaire. InéUcateur éPhisimre suisse, 1876, 255.
' Lettre écrite de Paris à l'abbé de Saint-Gall par Opser, son protégé, en date da 26 août 1572, article de M. Pierre Yaucher dans V Indicateur de V Histoire sitisse (le 1877, 293. Parmi les complices des assassins figurent deux frères Studer, de Win kelbach, an canton de Zurich, le Saint-Gallois Conrad Bûrg et l'enseigne Frôhlich.
90 HISTOIRE EXTÉRIKCRË.
Coligny. Les cantons catholiques, se plaignant à la diète de Baden, en décembre, de ces précautions belliqueuses, les États évangéliques répondirent en alléguant la présence de troupes autrichiennes à Constance. Les explications de l'ambassadeur de Charles IX, Bellièvre, par vinrent à calmer les craintes des cantons protestants. De nouvelles plaintes des Etats catholiques se firent entendre lorsque, deux ans plus tard, le prince de Condé, le chef des huguenots de France, fit un séjour à Lausanne et passa en revue des soldats à Genève.
L'avènement au trône, d'Henri III, successeur de Charles IX (1574), fut salué par une brillante ambassade de tous les cantons, Lussy et Pfyffer en tête. Quatre mille Suisses, aux ordres du colonel Gallati, de Claris, se rangèrent autour du nouveau monarque, et firent éclater leur dévouement à la fameuse journée des Barricades, oii le peuple et les étudiants de Paris, soulevés contre Henri III, le firent prisonnier dans le Louvre. Mais laissés sans vivres et sans communication avec la cour, ces soldats fidèles faillirent être massacrés, comme les Suisses du 10 août, par une multitude fanatisée à laquelle ils montraient en vain leurs chapelets en criant : Bons catholiques, nous. L'arrivée du duc de Guise, que le peuple regardait comme son libérateur et un nouveau Macchabée, les tira du péril. Les Confédérés purent s'éloigner en emportant leurs drapeaux (12 mai 1588),
« Ce fut, dit l'un des grands historiens de notre patrie, la première victoire de la bourgeoisie sur les troupes régulières. Ce fut aussi la première blessure que reçut le courage de nos pères auprès du trôiîe (les rois de France. Le lion de Lucerne ne représente pas une seule journée, comme on le croit généralement, mais une époque tout entière de nos annales. Déjà le seizième siècle eut son 10 août*. »
Le règne des Bourbons commença comme finissait celui des Valois, c'est-à-dire appuyé sur les lances et les hallebardes de nos ancêtres. Henri IV, déclaré roi de France par Henri III à son lit de mort, n'avait été reconnu que par les protestants et un petit nombre de gentilshommes catholique*^. Sur 7000 hommes dont se composait sa petite armée, la moitié était formée des régiments du Glaronnais Gallati et du Soleurois Aregger. Grâce aux prodiges de valeur de ces braves, le Béarnais vainquit le duc de Mayenne à la journée d'Arqués, où, croyant tout perdu, il avait couru combattre auprès de Gallati en disant: « Mon compère, donnez-moi une de vos hallebardes; je viens mourir ou acquérir de l'honneur avec vous » (1589).
* VuHiemin, HisL de la Confédération j XII, 249.
L année suivante a Ivry, Jean-Jacques Tribolet, de Neuchâtel, fut fait chevalier sur le champ de bataille de la main du roi, ainsi que le colonel soleurois Aregger qu'Henri IV revêtit de la cuirasse qu'il avait [>ortée pendant le combat. Le siège de Rouen et la prise de Paris, qui rendit ce monarque maître d^ine grande partie du royaume, virent également briller la valeur des guerriers suisses, dont les hallebardes fidèles suivent désormais le Béarnais dans toutes les guerres qu'il entreprend contre la Savoie et l'Espagn'e, et escorteront encore ses dépouilles mortelles, lorsqu'elles seront déposées au caveau de Saint- Denis (1610).
Tous les Confédérés n'avaient pas combattu sous l'étendard d'Henri IV dans les guerres de la Ligue. Jusqu'à son abjuration, la plupart des Suisses catholiques suivirent, au contraire, les drapeaux des Ciuises et du roi d'Espagne. Sous les ordres de Louis Pfyffer, de Lussy, et de Béroldingen, d'Uri, ils se battirent contre leurs compatriotes, k Arques et Ivry, et défendaient encore Paris pour la Ligue, lorsque Henri IV s'en rendit maître en 1594. Des guerriers des mêmes cantons et des mêmes familles combattaient sous des bannières opposées.
Le service de France occupait par moments jusqu'à 20,000 Confédérés et était cependant loin d'absorber toutes les forces militaires de la nation. On trouve des guerriers suisses à la solde de presque toutes les puissances, et à la défense de toutes les causes, bonnes et mauvaises \ Us ordres réitérés de la diète empêchèrent seuls, comme nous l'avons VII, les mercenaires de verser leur sang pour un duc de Wurtemberg, •liù avait mérité la mort par se^ crimes. Pendant que les uns combat- Liienl contre l'empereur en Italie, d'autres combattaient pour ce prince contre les Turcs. On avait vu au sac de Rome par l'armée de Charles V, le capitaine des cent-suisses du pape, Marc Roist, de Zurich, se faire tuer avec ses 200 hallebardiers en défendant l'église de Saint-Pierre (mai 1527).
Quand le duc d'AIbe envahit les Pays-Bas, Wallher Roll, deSoleure, leva pour lui un régiment dans le Vallais (1567).
Au commencement du siècle, lors du siège de Pise par les Florentins, 7000 Suisses, à la solde de Louis XII, avaient contribué à la prise de lelte malheureuse cité.
Le service de Venise avait commencé dans les Grisons et la Suisse avec les dernières années du XV™® siècle. Dans la seconde moitié du siècle suivant, pendant la guerre de la république de Milan avec les
' De Steiger (Rodolphe), Coup cVœil général sur V Histoire militaire des Suisses. Uosanne, 1869.
9t2 HISTOIRE EXTÉBIEURE.
Turcs, les Suisses el Grisons lui fournissent des auxiliaires, soldats et matelots, sous Hercule de Salis et Melchior Lussy d'Underwald, qui prenait le titre de capitaine-général de Lugano. Ce dernier entretient pendant plus de 40 ans (de i560 à i602) les relations les plus étroites avec Venise, correspond sans cesse avec le sénat, va féliciter chaque nouveau doge à son avènement, en revient chaque fois paré dune nouvelle chaîne d*or de 2 à 300 écus, et tire de la république une pension annuelle qui s'élevait à 3000 écus en 1596. Â la faveur de ces capitulations, les Grisons obtenaient l'autorisation d'acheter des blés dans la Vénétie, et cette dernière recevait du gouvernement de Zurich la faculté d'approvisionner la forteresse de Bergame de grains achetés au marchéde cette ville \ La colonie suisse de Bergame tire son origine de ces relations.
Avant de faire des levées dans l'intérêt de la Ligue, Melchior Lussy avait conduit 3000 hommes au pape Paul IV, brouillé alors avec Philippe II au sujet de la possession du royaume de Naples (i557). Le pieux ermite Scheuber que Lussy, son compatriote, avait consulté avant son départ, avait vainement essayé de le détourner de cette expédition malheureuse '. Aussi la journée de Paliano, où son régiment, composé en bonne partie de ses compatriotes d'Undervvald, fut taillé en pièces par les Espagnols, causa une irritation extrême dans ce canton. Une émeute accueilht le retour de Lussy à Stanz; les femmes des soldats qui avaient péri dans la campagne le poursuivirent le couteau à la main jusque dans sa demeure. Il sut regagner toutefois la confiance de ses concitoyens du Nidwald, puisque leur suffrage unanime le porta onze fois de suite à la magistrature suprême de ce demi-canton '. A cette époque, le service étranger n'étant point permanent, permettait aux personnages influents des cantons d'unir aux principaux emplois de la république celui de chef de bande à la solde d'une |)uissance étrangère. Les inconvénients d'un pareilé tat de choses n'avaient pas échappé aux gouvernants ; dans plusieurs cantons on fit des lois contre les magistrats qui quittaient leurs sièges, et on finit même par prohiber complètement cet abandon temporaire des fonctions publiques.
* Victor Cérésole, la BèpubUque de Venise et les Suisses^ 25, etc.
' c Le Pape, disait Scheuber, regrettera d'avoir versé Tor de TÉglise pour une « querelle où l'engagent les vains intérêts de la terre. » — Vulliemin, Hist. de la ConfédératUm suisse, XII, 14.
' De 1561 à 1606. La pension de 600 livres qu'il obtint plus tard ne l'empêchait pas d'en recevoir 1000 de la France et 300 écus de Venise sans préjudice des autres pensions du pape et de la Savoie. •
Un magistrat et historien fribourgeois du XVIII"* siècle (le baron (IWIt), a essayé de justifier cet usage en comparant les avoyers-colonels, Pfyiïer, Lussy^ Heidt, aux consuls romains quittant le sénat au premier bruit d'une invasion des frontières. Le complaisant écrivain oublie que les Romains combattaient pour leur patrie, et que la Suisse et non la France était celle de ces aventureux magistrats. Malheureusement la (liste politique qui consiste à faire dépendre le salut de la Suisse du nlui de la France» et à subordonner le premier pays à l'autre, faisait lie rapides progrès dans les esprits des gouvernants, et se manifeste par les liens toujours plus intimes qui unissent les cantons à ce royaume. L'alliance française, conclue en 1516, est renouvelée quatre fois dans Tespace d'un demi-siècle \
Ces renouvellements, si avantageux au pouvoir das rois de France, ne laissaient pas d'être très onéreux à leur trésor. Ils avaient beau se faire représenter en Suisse par les plus fins diplomates* et les meilleurs amphytrions. Les députés des cantons et de leurs alliés ne se rendaient qu'à l'aspect des mulets chargés d'or que las ambassadeurs, quand ils voulaient être sûrs de réussir, devaient traîner à leur suite, pour en faire le partage aux cantons ou à leurs principaux magistrats. C'était comme au siècle précédent, où il était * inutile, à qui n'avait pas d'or, de se présenter en diète'. » Après avoir signé l'allianca, les députés fédéraux allaient en solenniser l'acte k Paris dans l'église Notre-Dame. Chaque fois des fêtes splendides célébraient leur séjour dans la capitale du royaume très chrétien. Des médailles et des chaînes d'or étaient distribuées avant leur départ aux l'hefs de l'ambassade.
La plus pompeuse de ces réceptions fut celle qu'Henri IV fit à ses compères en 1602. « Il ne pouvait trop honorer, dit un écrit du temps, une nation belliqueuse el forte, nécessaire à V appui de son État, » L'alliance de 1602 ne coûta pas moins d'un million deux cent mille écus au roi Henri IV. Ce n'était au fond, il est vrai, qu'un à-compte sur les six millions que les rois de Francç devaient aux villes suisses, tant pour argent prêté par elles, que pour arrérages de pensions, service de guerre, etc. *. Quatre k cinq mille écus étaient en outre annuellement
» Eq 1549, 1564, 1582, 1602.
' Les Sillery, les Fleury, les Harlay de Sancy, les Bassompierre sous Henri III ; les de Vie, Bîron, Castille, Morfontaine, Caumartin, sous Henri IV et Louis XIII.
^ Gisi. Aniheil der Eidgenossen an der europàischcn Politik, Archiv Jûr die Schw.'Gesch., XVH, 229. L'ambassadeur de France dit que cette alliance coûta plus de trois millions au roi.
* Bàle avait prêté plus de 180,000 écus aux rois de France. Sous Louis XIV
comptés aux chefs des cantons pour les tenir dans la dépendance. Ut)e partie de ces pensions étaient distribuées par les gouvernements cantonaux; la répartition des autres se faisait par l'ambassadeur luimême. Il mandait à Soleure, sa résidence ordinaire, et comme qui dirait sa capitale, les personnages influents auxquels il destinait une part de cet argent à titre d'encouragement ou de récompense.
Grâce à ces subsides et k la cupidité des gouvernants, les rois de France acquirent une influence croissante, qui s'étendit et aux rapports des cantons entre eux, et aux afl^aires intérieures des cantons euxmêmes. Bientôt aucun événement de quelque importance ne put se passer en Suisse sans que la France n'y fît sentir son action d'une manière détournée ou directe. En iOlO, une rixe de village en Thurgovie ayant failli allumer une guerre religieuse, les Zuricois et les cinq cantons qui avaient pris les armes, après avoir refusé la médiation dt^ leurs Confédérés, se soumirent k celle de Tambassadeur Castille. La simple menace de supprimer leurs pensions effraya tellement les membres du sénat de Fribourg qu'ils s'empressèrent de destituer un de leurs collègues les plus influents, le chevalier et bourgmestre Henri Lamberger, dont les menées en Vallais, en faveur de l'Espagne, avaient irrité la France. Ce magistrat, rétabli dans ses honneurs, subit une seconde destitution du même genre, suivie de sa réintégration en '1611. après la mort d'Henri IV. A Berne, Jean-Rodolphe d'Erlach ayant eu le malheur de déplaire k cette dernière puissance, fut obligé de s'expatrier et alla s'établir en Angleterre (1615).
De tous les cantons, Zurich seul, fidèle k la voix de ses pasteurs, avait constamment refusé de souscrire k l'alliance française. Mais les intrigues de Castille, unies k l'ascendant du bourgmestre Léonard Holzhalb, gagné par cet envoyé de Louis XIII (161 3), triomphèrent de l'opposition de Breitinger, qui avait succédé k Bullinger comme chef de 1 église zuricoise. Le second bourgmestre. Jean-Rodolphe Rahn, quoique neveu du fameux condottiere et colonel Frohlich, resta étranger k cette opération de son collègue dont il ne partageait pas les vues et dont il combattit souvent la politique peu scrupuleuse \
rÉtat de Fribourg se trouva créancier de ce prince pour une somme de plus de 200,000 livres. L'intérêt en fut payé jusqu'en 1790, à l'époque de la révolution française. Les réclamations faites postérieurement à ce sujet auprès du roi Louis XVIII sont restées sans résultat. Berchtold, Histoire de Fribourg^ II, 260.
^ L'alliance zuricoise porte la date du 20 janvier 1 G 14. Voir Kriïtli et Kaiser, eiâg. Abschiede, de 1587 à 1617, 1144 et 1951. L'actoest signé de Pierre de Castille et du chancelier zuricois Ilans Grebel.
L'alliance française fut suivie d'une alliance de Berne et Zurich avec la république de Veni!>e (6 mars 1615)'.
Celte alliance préparée par l'habile et savant Jean-Baptiste Padavino, secrétaire du conseil des X, envoyé à diverses reprises en Suisse et dans les Grisons, fut conclue par le patricien Grégoire Barbarigo. Une ambassade zuricoise, dont Holzhalb était le chef, partit pour la ville de Si-Marc où elle reçut un splendide accueil. On la fit asseoir à côté du doge dans le sénat, composé de 1400 membres. Quatre enseignes de troupes zuricoises, aux ordres de Holzhalb, partirent pour Venise. Des auxiliaires des Grisons et d'autres cantons suivirent et allèrent combattre contre l'Autriche dans le Frioul, au grand déplaisir de l'empereur Malhias qui en écrivit en vain k la diète des XIII cantons. Parmi ces auxiliaire^ figurait le condottiere fribourgeois Pierre Rey (Rexen latin, Kônig en allemand) destiné à jouer un rôle important dans la guerre de Trente ans et dans la pohtique de son canton (1617).
En échange de leurs services, les Suisses et les Grisons obtinrent des facilités pour l'entrée de leurs fromages en Italie, et ces derniers les armes dont ils avaient besoin. Il fut stipulé que la république (le Venise recevrait chaque année 10,000 fromages de la Haute- ËDgadine.
Les relations de Venise avec la Suisse ne se bornaient pas au commerce et à la guerre; elles s'étendaient aux choses religieuses et politiques. Le fameux livre du théologien antiromain Fra Paolo Sarpi, sur le concile de Trente, fut traduit en allemand par le Zuricois Gaspard Waser dont la correspondance avec le doge Leonardo Dona (1609) est conservée aux archives de Venise*. Le même ouvrage était traduit plus tard en français à Genève par le ministre et professeur de théologie Jean Diodati, un grand champion de l'orthodoxie, connu par la triste part qu'il a prise à la lutte des Gomaristes et des Arminiens dans les Pays-Bas. Il représentait l'Église de Genève dans ce fameux synode de Dordrechtqui condamna les Arminiens, envoya à l'échafaud le noble patriote et grand pensionnaire Old-Barneweld et fit condamner l'illustre Tirotius, le père du droit des gens, à une détention perpétuelle (1619).
« Nos canons de Dordrecht, disait Diodati, ont coupé la tête de Barneweld". »
* Krùtli et Kaiser, eidg. Abschiede, ibid. Appendice p. 1954. — Hottinger, (kschichU der Bep. Zurich, III, 215. — Cérésole, la Bépublique dt Venise et les Suisses, 48.
' Cérésole (Victor), la République de Venise et les Suisses, 45.
' Yalliemin, Histoire de la Confédération, XII, 424.
A la même époque le duc de Savoie Charles-Emmanuel voyant ses États envahis par les Espagnols de Milan et leurs alliés Italiens, se souvint de Tamitié qui avait uni ses prédécesseurs à la république de Berne, et ne crut pas en payer trop cher le retour par la cession formelle du Pays de Vaud aux Bernois, faite en son nom et en celui de son fils Victor- Amédée (le 23 juin 1617). La cession fut suivie d'une alliance de 20 ans jurée à Asti, en août suivant, par les représentants des deux puissances. Grâce aux bons offices de l'ambassadeur du roi Jacques I«' d'Angleterre, Isaac Wake, qui avait poussé à l'alhance, la ville de Genève eut l'avantage d'èlre comprise dans ce traité \ Quatre mille Bernois combattirent alors contre les Espagnols en Piémont et contribuèrent beaucoup à relever les affaires du duc dans ce pays. L'alliance de Zurich et de Berne, en revanche, ne fut pas d'un grand secours à la république de Venise, menacée comme la Savoie, par les envahissements de l'Espagne maîtresse du Milanais.
Jusqu'au XVII"^® siècle, les Suisses avaient conservé des égards pour les chefs de la nation germanique à laquelle ils appartenaient par les liens du sang et de la langue. Trois empereurs salués à leur avènement par des ambassadeurs du corps helvétique en avaient successivement confirmé les franchises, Charles V, à Spire, Ferdinand ^^ à Augsbourg, Maximilien II, à Prague. Ferdinand I*% ayant honoré de sa présence la ville de Bâle, en 1563, y avait été accueilli avec les honneurs dus au chef de l'empire. Mais le fragile lien qui rattachait encore les cantons à l'Allemagne allait se relâchant chaque jour, sous le charme des relations françaises. A la diète des XIII cantons à Baden, le l*"" juillet 1607, Zurich proposa en vain l'envoi d'une députation à l'empereur Rodolphe II pour solliciter la confirmation des franchises et des droits régaliens du corps helvétique. L'année suivante au même endroit, le 29 juin, Zurich renouvelait sa proposition. Berne s'y opposait, disant : « Nous Suisses, nous tenons notre souveraineté de nous-mêmes; elle ne dépend pas de l'empire. » Quatre ans plus tard la question était remise sur le tapis à la diète de Baden (21 octobre 1612). « C'est au nom de l'empereur, disaient les Zuricois, que les cantons exercent le droit de glaive et portent sur leurs écussons la couronne et l'aigle impériales. » La plupart des États confédérés se rangèrent cette fois à l'opinion de
* Krûtli et Kaiser, eidg. Abschiede, 1587 à 1617, p. 1287, et Appendice, 1971. — Saint-Genis, Histoire de Savoie, II, 257. L'historien du sénat de Savoie, Burnier, parle de Talliance, mais non de la cession. II, 569.
Zurich. Mais Soleure, derrière lequel se cachait peut-être Berne, déclara ne vouloir supporter aucune dépense à cette occasion, et Lucerne de s associer à cette déclaration, non seulement k cause de la dépense mais par crainte des conditions qui pourraient être imposées aux Confédérés, comme celle d'aller combattre les Turcs. Découragée par cette opposition multiple, la majorité allait laisser tomber la chose lorsque les députés de St-Gall la remirent à flot, en alléguant les grandes affaires t|ue les commerçants de leur contrée faisaient en Allemagne. Mais la diète, désirant couper court aux propositions de ce genre, décida une fois pour toutes que Ton n'irait plus quêter une confirmation qui était plus onéreuse que profitable. St-Gall étant, quand même, revenu à la charge, la diète du 26 juin 4616 statua qu'elle laissait libres les cantons et pays alliés de solliciter la confirmation de leurs libertés auprès de l'empereur, mais qu'ils le feraient pour leur compte et à leurs frais \
Ainsi fut tranchée à la veille de la guerre de Trente ans, le dernier fil qui reliait à l'Allemagne le corps helvétique.
La même année, à la diète de Baden, on votait l'envoi d'une grande ambassade à Louis XIII pour le féliciter à l'occasion de son mariage avec Anne d'Autriche et réclamer par la même occasion l'acquittement des pensions arriérées \
4. Tm polltli|iie intérlenre et la ciTillsatlon an XYI"^ siècle.
L'histoire de la Suisse avait été jusque-là presque toute politique et guerrière. Au cUquetis des armes se joignent maintenant les luttes non moins ardentes de la parole et de la plume. Les églises et les hôtels de ville retentissent du bruit de joutes théologiques, et les disputes de reUgion, véritables conciles populaires, font passer les controverses reUgieuses de la bouche des savants dans celle du simple bourgeois et de rîDCulte campagnard.
La politique fédérale revêt elle-même ce caractère théologique ou confessionnel. Les deux grands partis qui agitaient la Confédération, à repose de la guerre de Bourgogne, les partis purement politiques des Etats- Villes et des États campagnards s'effacent pour faire place aux deux camps politico-religieux des réformés et des catholiques. Les diètes séparées, dont le XV™* siècle avait donné quelques rares exemples, se multiplient. Les protestants se réunissaient à Aarau, ville de l'Argovie
^ Voir pour toutes ces décisions Knltli et Kaiser, eidg. Abschiede, de 1587 à 1617, entre autres p. 832, 1169, 1249. ' Ibid., 1242 et 1250.