MOUVEMENT RËLIGICUX ET PROGRÈS DU MYSTICISME
cher l'établissement de temples protestants à Fribourg et à Lucerne, en échange de la tolérance accordée au culte catholique à Berne, Zurich^ Bâie, Aarau, Lausanne et Neuchitel.
Protestants et catholiques étaient cependant loin de comprendre et de vouloir la liberté religieuse. Une loi vaudoise du 20 mai 1 824 défendait toute réunion de prières en dehors de l'Église nationale. Charles Monnard, au début de sa carrière de professeur de littérature et de publiciste, fut condamné à l'amende et suspendu de ses fonctions pendant un an pour avoir inséré dans le Nouvelliste vaudm un article de son compatriote Alexandre Vinet, alors professeur de littérature à Bâle, en faveur de la libre manifestation des convictions religieuses (l^^'sept. 1829). Le principal antagoniste des réunions dissidentes au sein du peuple vaudois était le doyen de Lausanne Curtat» aux yeux duquel le réveil religieux n'était qu'une œuvre d'orgueil et d'hypocrisie, importée par les mômiers ou méthodistes anglais.
Une lutte du même genre s'engageait à Genève à la suite du séjour d'une grande dame russe, pécheresse convertie, Madame de Krudener, et de deux méthodistes anglais, Haldane et Drummond ; elle avait pour suite la destitution du pasteur César Malan, le chef du mouvement religieux (2 novembre 1818). Les prédications de Madame de Krudener mettaient également en émoi la Suisse orientale. Des centaines de personnes quittaient tout pour la suivre. La police dut intervenir pour arrêter les émigrations et la misère qui en était la conséquence.
Un mysticisme dangereux et aussi contraire à l'Évangile qu'à l'ordre social, se manifestait dans le canton de Zurich par des scènes analogues à celles des anabaptistes du XVI°^^ siècle. A Wildenspouch, dans la préfecture d'Andelfingen, on vit le 16 mars 1823, une femme de mauvaise vie nommée Marguerite Peter, tuer sa sœur et se faire cruciGer elle-même de la manière la plus horrible pour imiter le sacrifice de Jésus. Les personnes de la maison, qui avaient assisté à ce hideux spectacle et coopéré au crime, au nombre de onze, furent condamnées à une détention de plusieurs années, et la maison qui avait été témoin de ces cruelles extravagances rasée jusqu'au sol avec défense d'en construire une autre à la place ^ Dans ce même canton de Zurich, les croyances superstitieuses avaient cependant des adversaires redoutables et le plus éloquent de tous, le pasteur et professeur Jean Schoulthess,
^ Scherr (Johannes), BU Gekreueigte von Wildenspueh, St-GaU, 1860. Voir dans la Correspondance de Grimm les scènes de crucifiement de trois religieuses de Paris, auxqueUes assistait par curiosité la bonne compagnie (1760), III, 20.