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AVANT-COUREURS D'UNE RÉVOLUTION

fois qu'ils se montraient sur la frontière, puissent expliquer le reproche de servilisme adressé au régime de la Restauration, tous les magistrats de ce temps n'étaient pas des complaisants de la diplomatie. L'historien et homme d'État Baumgartner, de St-Gall, nous montre le vieil avoyer de Mulinen s'élevant en pleine diète avec une grande force et en présence de tout le corps diplomatique, contre les misérables intrigues de quelques-uns de ses membres, parmi lesquels la première place revenait au chevalier d'Olry, ambassadeur de Bavière, de franc-maçon zélé de la loge de Berne, devenu depuis i8i5 un ennemi acharné de toute idée libérale. Le collègue de Mulinen, Tavoyer de Wattcnwyl, ne blâmait pas avec moins d'énergie les manœuvres du duc de Galvello, ambassadeur de Naples, et s'attirait la haine des patriciens serviles qui se coalisèrent en vain pour le contraindre à se démettre de ses fonctions.

Mais il s'en fallait bien que tous les magistrats de la Restauration ressemblassent aux Wattenwyl et aux Mulinen, témoin ce fameux landamman de Schwyz qui ne rougissait pas de recevoir l'argent des plaideurs en leur disant : < Je ne reçois rien pour moi, mais si vous

< voulez donner quelque chose aux pauvres ou aux capucins, vous ponte vez mettre votre offrande dans les deux vases qui sont sur cette che-

< minée. » Pour qu'un magistrat de cet acabit pût être réélu plusieurs fois par la landsgemeinde et jouât un grand rôle dans son canton et au dehors, il faut nécessairement que le peuple de ce canton ait été bien asservi à ses magnats. On peut y voir aussi un des inconvénients les plus accentués de ce gouvernement à bon marché, trop vanté par quelques publicistes.

Au reste, tous les bons côtés du régime inauguré en i 8 1 4 et les hommes distingués qui étaient à sa tête, n'auraient pu faire oublier aux citoyens des classes exclues du pouvoir les droits dont les avait dépouillés une restauration accomplie par la ruse ou la violence à l'ombre de^ armes étrangères. Il se trouvait dans la plupart des cantons des hommes ardents, attentifs à rappeler au peuple ses libertés et à entretenir dans les esprits le désir de les recouvrer à la première occasion. Les cercles de lecture, les tirs cantonaux et fédéraux surtout, devinrent les foyers de l'opposition démocratique. Les journalistes persécutés leur prêtèrent le concours actif de leurs colonnes, qui, sous les ciseaux de la censure, trouvèrent moyen de faire entendre ce qu'elles n'osaient pas dire. Une opposition plus ou moins forte existait aussi parmi les gouvernants, dont une partie, obéissant aux idées de liberté ou à des maximes de prudence, inclinaient aux concessions et aux réformes, tandis que les autres, aveuglés par l'esprit de caste ou les traditions aristocratiques, se refusaient à tout changement, à toute innovation.

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