LES RÉFUGIÉS EN SUISSE
Gall y électrisa la foule par ses paroles chaleureuses en faveur de la réforme du Pacte. Mais les propagandistes ne se tinrent pas pour battus. Le 4 novembre 1835, ils assassinaient un espion de la police allemande, du nom de Lessing, qui s'était fauSIé parmi les étudiants de rUniversité. L'année suivante, un des chefs de la Jeune Allemagne, le docteur Rauschenpiatt, méditait d'envahir à mains armées le Schwarzwald et eût attiré ainsi de nouvelles calamités sur le pays qui leur donnait l'hospitalité. Le projet fut heureusement découvert et déjoué par le Yorort zuricois, dont la conduite avait reçu l'approbation de quinze cantons dans la Diète de Zurich, du 22 juillet 1834 \ Berne, toujours sous l'empire de la politique révolutionnaire et de sa jalousie pour Zurich, s'était refusé à s'associer à ce vote de confiance, et son eiemple avait été suivi par les trois cantons radicaux de Lucerne, Thurgovie, Argovie et le demi-canton Bàle-Campagne.
Mais lorsque Berne fut devenu Vorort en 1835, on le vit changer subitement de politique et de langage et se montrer aussi souple et obséquieux envers les cabinets qu'il avait été provocant et fanfaron auparavant. Le cabinet des Tuileries, en particulier, devint l'objet de toutes les complaisances du parti Tscharner-Schnell. Le VoUcsfreund, organe des trois frères Schnell, alla jusqu'à dire qu'on verrait sans effroi le drapeau tricolore flotter sur l'hôtel de ville de Berne, et ajoutait, par manière de plaisanterie, que, si le gouvernement de Louis-Philippe le voulait bien, tous les membres du Grand Conseil bernois feraient la culbate du haut du grand escalier de cet hôtel de ville.
Ce revirement subit de la politique bernoise était l'œuvre de l'ambassadeur de France, comte de Rumigny. Ce diplomate habile avait profité des embarras que créaient au gouvernement bernois sa lutte avec le patriciat et la bourgeoisie de Berne d'un côté et ses conflits avec les puissances européennes de l'autre, pour s'imposer aux Schnell et les diriger de ses conseils. Le remplacement de M. de Rumigny, vers le miKeu de l'année 1836, par un nouvel ambassadeur. Napoléon Lan nés, duc de Montebello, fils d'un des plus vaillants maréchaux de Napoléon, tué à la bataille d'Esslingen (le 22 mai 1809), ne changea rien à cet état de choses, sinon que ce que Rumigny obtenait par habileté et finesse, Montebello l'exigeait avec hauteur et un ton impérieux qui ne souffrait pas de contradiction.
Ce n'était pas dans la politique extérieure seulement que Berne avait
^ Wilhelm Fetscherin, Die eidgenôsaischen Abschieâe aus den Jahren 1814 bis 1848, 1, 926. On y trouve tous les actes relatifis aux réfugiés.