QUESTION DES RÉFUGIÉS
avait été violé ou non. Ils prirent un condusum dans ce sens par 45 voix. Toute pensée d'extradition des réfugiés était formellement écartée \
Ces décrets ne satisfirent pas les cabinets de l'Europe. M. Thiers, alors ministre des affaires étrangères du roi Louis-Pbilippe, se montrait, à cette époque, peu bienveillant pour la Suisse; il donna pour instruction au duc de Montebello de menacer les cantons d'un blocus hermétique des frontières, si Ton ne faisait pas droit aux exigences du cabinet français.
Le peuple suisse, sans être initié à tous les incidents diplomatiques de la lutte, suivait cependant d'un œil inquiet les prétentions de la diplomatie et son ingérence dans les affaires intérieures de la Confédération. Les décisions de la Diète elle-même ne lui inspiraient pas confiance et lui semblaient dictées par une politique pusillanime. Cette politique de la peur, comme on la qualifiait, stigmatisée par la presse et dans les strophes enflammées du professeur Albert Richard d'Orbe, souleva l'indignation des masses. Le Nalionalverein, qui avait pour chefs Troxier, Kasthofer, Casimir Pfyffer, Druey, Stockmar, Guillaume Snell, dirigeait le mouvement. Des assemblées populaires eurent lieu pendant le mois d'août sur divers points du territoire suisse, à Reiden (Lucerne), à Flawyl (Saint-Gall), à Wiedikon (Zurich), à Munsingen (Berne) et à Genève. L'assemblée de Wiedikon, la plus nombreuse de toutes, nejcomptait pas moins de 20,000 personnes et répondit par un non formidable à la question de savoir si le peuple voulait se soumettre aux injonctions de l'étranger et par un oui non moins énergique, quand on lui demanda si les citoyens étaient prêts à exposer biens et vie pour l'indépendance de la nation.
La réponse de la Diète au cabinet français se ressentit de l'impression produite par ces assemblées populaires. Cette réponse, rédigée par le professeur Mounard, était ferme et digne. Les décrets rendus contre les réfugiés n'en furent pas moins exécutés, ici avec plus de rigueur, là avec indulgence, selon les dispositions des gouvernements. Celui de Berne se signala de nouveau par un zèle excessif en expulsant de son territoire le publiciste et professeur Louis Snell, qui travaillait à la réforme du Pacte, mais n'avait pris aucune part aux intrigues des réfugiés.
Ce conflit avec la France était à peine terminé qu'il en naissait un
' WUhelm Fetàcherin, Die eidgenossiachen Abschiede^ aus den Jahren 1814- 1848 y I, 931.