CONFLITS AVEC LA FRANGE
mencé les intrigues qui devaient aboutir, en 1840, à une nouvelle tentative, celle de Boulogne-sur-Mer. Le gouvernement français, dirigé alors par le comte de Mole, demandait depuis longtemps, par voie officieuse, l'expulsion de ce conspirateur dangereux. L'avoyer Am Rhyu de Lucerne avait promis d'agir en ce sens sur le gouvernement de Thurgovie, mais n'avait pas réussi dans ses démarches. L'ambassadeur de France ne trouvant pas les mêmes dispositions auprès de l'avoyer Kopp,son successeur, renouvela sa demande en termes impérieux auprès du Vorort lucernois. Toute la diplomatie appuyait la France. Le prince Napoléon de son côté niait effrontément qu'Arenenberg fût un foyer d'intrigues. Le Grand Conseil thurgovien, présidé par M. Kern, aujourd'hui ministre suisse à Paris, défendit énergiquement son concitoyen. Ce magistrat, représentant de son canlon à la Diète, allégua que la Suiwsse n'avait pas à s'inquiéter des intrigues du prince et ne devait pas se laisser traiter comme une province française. Les députés de Vaud et de Genève, MM. Rigaud el Monnard, remarquables, le premier par l'éloquence, le second par une dignité noble, soutinrent également, au sein de la commission nommée à ce sujet par la Diète, qu'il était contraire à tous les principes de renvoyer un citoyen suisse. La majorité, formée du bourgmestre Hess de Zurich, de Schindier de Claris, de Kohler de Berne et de Bourckhardt de Bàle, d'accord avec Kopp.avoyer de Lucerne et président du Vorort, ne se montrait pas si indulgente pour Napoléon. Ces magistrats voulaient que le gouvernement thurgovien exigeât au moins du prétendu citoyen suisse une renonciation formelle au litre de citoyen français \ La Diète, que la question rendait perplexe, décida par 1 7 voix d'en référer aux États. Le duc de Montebello se mit alors €n campagne et parcourut plusieurs cantons, cherchant à exercer une pression sur les magistrats les plus influents. Il réussit auprès de quelques-uns. D'autres, au contraire, l'avoyer Schaller à Fribourg, par exemple, résistèrent énergiquement aux menaces de l'ambassadeur. « Vous voulez la guerre, » disait Montebello, « eh bien, vous l'aurez: « nous commencerons par Genève dont le verbe est si haut, et, en quinze « jours, vous êtes écrasés. » — « C'est possible, M. le duc, » répondit Schaller, « mais, si nous devons succomber, ce sera du moins avec hon- ^ neur. On a vu, et je vous le prouverai l'histoire en mains, de granit des nations succomber comme les plus faibles ^. »
* < Je pense comme vous, écrivait Charles Schnell au bourgmestre Hess, la France < est dans son droit, Napoléon se conduit non pas en Suisse, mais en prétendant. > (28 août 1838.)
' Leemann, Denkschrift ûber die JEreignisse im Jahre 1838. Biel 1840. .