‹ Histoire de la confédération suisseChapitre 96 sur 127 · SUPPRESSION DBS COUVENTS D*ARGOVIE · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DBS COUVENTS D*ARGOVIE

laDdamman Sidier était complètement éclipsée par un nouvel astre, le landamman Schwerzman, qui depuis 1833 avait remplacé le premier dans le Petit Conseil et à la Diète.

Une nouvelle session de la haute assemblée, en 1841, n'eut pas d'autre issue que les précédentes, sauf que le nombre des cantons qui se déclaraient satisfaits des concessions d'Argovie fut porté à huit et deux demicantons : Berne, Soleure, Schaffhouse, Argovie, Thurgovie, Tessin, Glaris, Vaud, Bàle-Campagne et Appenzeli (Rodes-Extérieures). Ces huit cantons et deux demi-États se ralliaient de même à lopinion de Berne, tendant à sortir la question d'Argovie des recés ou tractanda. Zurich, intimidé par la démonstration populaire de Schwammendingen, se bor* nait à proposer qu*Argovie rétablit ses quatre couvents de religieuses ; les Grisons, auraient voulu le rétablissement d'un des quatre couvents d'hommes. Les douze voix et deux demies qui avaient voté le rétabUssement intégral se réduisaient maintenant à dix et deux demies : Lucerne, Uri, Schwyz, Underwalden, Zoug, Fribourg, Sainl-Gall, Vallais, Neuchâtel, Appenzeli (Rodes-Extérieures) et Bâie- Ville *.

La proposition faite par Uri de recommander au gouvernement d'Argovie une amnistie pleine et entière ne fut prise en considération que par neuf cantons et demi, alors cependant que par simple raison d'humanité, on eût pu et dû voter cette recommandation dont Argovie avait grand besoin; car, non content des peines prononcées contre les fugitifs, on demandait leur extradition aux gouvernements voisins, celui de Saint-Gall entre autres, où le landamman Baumgartner s'opposa heureusement à cette barbarie, indigne d'États civilisés. « Ici encore, comme le dit un historien éclairé, l'esprit de progrès n'était pas synonyme de grandeur d'âme*. »

La vente des biens des couvents, annoncée en 1842 par le gouvernement d 'Argovie, provoquait de nouvelles réclamations de Lucerne et de plusieurs autres cantons catholiques qui la déclaraient illégale, tant que la question n'avait pas été tranchée. D autre part les proscrits argoviens demandaient à rentrer dans leur patrie, et des pétitions plus ou moins nombreuses, en sens opposé, avaient été adressées à la Diète. La haute assemblée, nantie de cette affaire le 26 juillet, n'arriva encore à aucune solution décisive. La suspension de la vente des biens monastiques ne réunit que neuf voix et deux demies et la garantie à donner aux catholiques argoviens, cinq et demie seulement.

' Wim. Fetscherin, Eidgen, Abâchkde auaden Jahren 1814-1848, 1, 831. * Otto Henné, GeschidUe des Schioeizervolkea, III, 399.

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Plus d'une année devait encore s'écouler avant que la question ne reçût sa solution définitive. Dans l'intervalle, le gouvernement conservateur de Zurich, déjà ébranlé par l'assemblée populaire de Schwammendingen, affaibli encore par la retraite du populaire bourgmestre Hess et battu en brèche par Louis Snell dans le Republikaner, avait p^du beaucoup de terrain. L'essai malheureux que fit le chef de ce parti, le docteur Bluntschli, pour fonder de concert avec deux publicistas allemands du nom de Rohmer, un grand parti libéral conservateur, ne contribua pas à populariser le système. Les élections de mai 1842 amenèrent au pouvoir plusieurs hommes nouveaux du parti radical, Jonas Fourrer, J.-J. Ruttimann, Alfred Escher, à côté des deux bourgmestres, le conservateur Mousson et le radical Zehnder. Les instructions données par le Grand Conseil au sujet des affaires d'Argovie s'en ressentirent, comme la politique de la Suisse en général.

La Diète de 1843 ne se tint pas à Berne, comme les précédentes, mais à Lucarne, qui avait pris, avec le commencement de l'année, les rênes du pouvoir fédéral, sous la présidence de l'avoyer Rodolphe Ruttimann (16 août). On était à se demander œ qu'allait faire cette assemblée et si elle ne serait pas impuissante comme ses sœurs aînées, lorsque le gouvernement d'Argovie, à la prière de Genève et Saint-Gall, que Baumgarlner ne représentait plus dans la première autorité de la Suisse, eut l'habileté de consentir à rétablir le quatrième couvent de femmes. L'effet de cette concession fut prodigieux, et de guerre lasse ou par conviction, douze cantons et demi ^ déclarèrent la question close et sortie des recès (31 août).

Les huit cantons et demi de Lucerne, Uri, Schwyz, Underwald, Zoug, Fribourg, Vallais, Neuchâtel et Appenzell (Rodes-Intérieures) déposèrent en vain une protestation solennelle contre une décision qu'ils estimaient contraire au Pacte de 1815. La protestation ne fut pas admise. La question de l'amnistie des réfugiés argoviens fut écartée également comme empiétant sur le domaine de la souveraineté cantonale.

Ce dénouement inattendu de la question d'Argovie, après trois ans de luttes et de tiraillements de tous genres, eut pour effet de porter au comble l'irritation du parti catholique.

Deux jours après la décision de la Diète, le gouvernement lucernois

* Ces cantons étaient : Zurich, Berne, Claris, Soleare, Schaffhouse, Argovîe, Thurgovîe, Tessin, Yaud, Appenzell (Rodes-£xtérieures), Grisons, Genève et Saint Gall. Wilhelm Fetscherin, IHe eidgenôssischen Absckiêde aus den Jahren 1814- 1848, I, 851 et 858.

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convoqaait les «cantons de la minorité à une conférence à Lucerne pour se consulter sur la marche à suivre à rencontre du vote relatif aux couvents d'Argovie. Bàle-Ville, Neuchàtel , Vallais et Appenzell (Rodes-Intérieures) déclinèrent l'invitation, et Bàle-Ville y ajouta même le conseil patriotique de ne pas lacérer le Pacte plus qu'il ne l'était par une démarche antifédérale; mais il était trop tard. Le 12 septembre, un certain nombre d'hommes influents du parti catholique étaient réunis aux bains de Rothen pour délibérer sur la situation. On y voyait^ entre autres, Leu d'Ebersol pour Lucerne, l'instituteur Schlenniger de Baden, rédacteur de la Voix de la Limmat pour Argovie, le général Guillaume de Kalbermatteii pour le Vallais, l'archiprêtre Galgari pour le Tessin. Cette réunion n'avait aucun caractère officiel.

Mais le lendemain, 13 septembre, il y eut une conférence officielle et secrète, où se rencontraient autour des Lucernois Siegwart, Leu d'Ebersol et Bernard Meyer, l'avoyer fribourgeois Rodolphe Week (l'oncle du conseiller d'État actuel), les landammans Mnller et Schmid d'Uri, Ab Yberg et Schorno de Schwyz, Ackermann et Zelger du Nidwald, Akermann, Wirz et Spichtig d'Obwald, le présidentBossard de Zoug; Phihppe de Segesser, le savant publioste et conseiller d*État actuel, faisait les fonctions de secrétaire. Parmi les États qui prirent part à la conférence officielle, deux (Zoug et Nidwald) firent entendre des paroles très conciliantes. « Notre peuple, » dit le député de Zoug, < veut la paix. » Dans ce canton, la participation à la conférence n'avait été votée qu'à la majorité de deux voix, c'est-à-dire par 17 suffrages contre 15. Même langage patriotique de la part du Nidwald : € Pas de rupture, ni de séparation, » Uri, Schwyz et Obwald, appuyés par Siegwart, réclamaient, au contraire, une action prompte et énergique. On s'entendit à la fin pour la publication d'un manifeste qui parut le 20 octobre et où on réclamait le rétablissement de tous les couvents, des garanties pour les droits des catholiques dans les cantons parùétiques ou mixtes en religion et l'abrogation du décret de la Diète du 31 août. Tout cela était accompagné de menaces de séparation dont Ruttimann et Bernard Meyer, plus politiques, voulaient faire abdication, mais que les violents, Siegwart et Ab Yberg surtout, tenaient à formuler. I^orsque ran*aire vint au Grand Conseil de Lucerne, l'avoyer Ropp jeta aux séparatistes ces mots incisifs : « Pour supprimer un cou- « vent, il faut l'unanimité, selon vous, mais pour faire la guerre vous c croyez la minorité suffisante. »

La politique à outrance du gouvernement lucernois, loin de se calmer en prenant les rênes du Directoire ou Vorort,se trahit par l'élévation au

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rang d'avoyer,deCon$tantinSiegwart, c'est-à-dire celui de tous $esche^ que sa qualité de transfuge rendait le plus antipathique à la Suisse libérale. La circonstance que Lucerne était canton-directeur et que le nouvel avoyer serait appelé à présider la Diète de 1844, donnait à ce choi!i une signification plus blessante encore pour la majorité des confédérés \

s. Oeerre civile d»iui le Tallal» et 4 liiieerne» — Expédltlea des eerp» flranes contre ce dernier canton. — Snltes de l'expédition des corps ftrancs (4 Zerlcfei» Berne» Genève, Frlbonrg).— Salnt-Gall» le canton dn destin.— BTégoclatlons 4 Rome. — liC pape abandonne le Sonderbnnd. — lia Diète vote la dlssolntlon da Sonderbnnd et l'expulsion des Jésuites (1M4 4 1947).

Les haines de parti, déjà fort excitées par ces événements, reçurent un nouvel aliment des affaires du Yallais, où la guerre civile éclata avec fureur en 1844. Le maintien des immunités ecclésiastiques (exemption des charges publiques et du for civil) avait mécontenté une grande partie du parti libéral. L'opposition que faisait le clergé à la loi sur l'instruction publique porta ce mécontentement au comble. Un certain nombre de libéraux, ayant félicité pubUquement Tavoyer bernois Neuhausde sa conduite dans l'affaire des couvents d'Argovie» le clergé en conclut que ce parti réservait le même sort aux couvents du pays, et proclama la religion en danger du haut des chaires. Une mission de jésuites à Salvan contribua beaucoup à l'exaltation des esprits. La Jeune Suisse, société politique composée de jeunes libéraux du Bas-Vallais, répondit à ces prédications par des actes de violence, des mascarades scandaleuses et bafoua le clergé dans VÈcho des Alpes. L'excommunication lancée par l'évéque contre la Jefitie Suisse, loin de mettre un terme aux excès, en tit naître de plus graves. Ridiculisés par la Gazette du Simplon, les Jeunes 5{im^« jetèrent au Rhône les presses de cette feuille cléricale. Les atteintes aux personnes et à la propriété se multipUèrent et donnèrent lieu à de telles représailles qu'on pouvait se croire en pleine Espagne ou en France, au temps de la l^igue. Le notaire Saillan, châtelain de Dorénaz, libéral paisible, fut trouvé dans le Rhône, percé de 24 coups de poignard. En même temps, une main exécrable faisait l'apologie du meurtre et osait écrire dans Y Union suisse de Porrentruy que « le meurtre du

^ « Le malheur de cet homme n^est pas d'être venu de bas lieu, c^est d'être sorti de l'obscurité à la faveur de nos discordes et d'être plus ou moins menacé d'y rentrer le jour où ces discordes cesseraient. De là la tentation de travailler à les perpétuer. » Courrier suisse de .1844, rédigé sous Jes auspices de Monnard et Yulliemin.

GDEBRE avILE DU VALLAIS. 445

notaire Saillan était le devoir du citoyen. > Le terrorisme de la Jeune Suisse avait donné naissance à l'organisation de la VieiUe Suisse, composée de volontaires tirés du Haut et même du Bas-Vallais, détaché en partie de la cause libérale par la question religieuse, c Qu'on se figure, » dit un écrivain français, « 8000 hommes de 16 à 55 ans, mis comme

< des ramoneurs, mais armés de bons sabres, de belles carabines, dont

< un grand nombre portaient à leurs bras un chapelet, avec un mor-

< ceau d'étoffe blanche au chapeau pour se reconnaître et Ton se fera « une idée de l'organisation de cette armée de la foi\ * Parmi les organisateurs delà Vieille Suisse figuraient, à côté d'Adrien de Courten, deux des Bas-Vallaisans qui avaient le plus montré de zèle pour I émancipation politique, le chanoine de Rivaz et Guillaume de Kalbermatteu.

Les noms de ristous (aristocrates), grippions (radicaux) et miious (modérés), usités dès lors dans la Suisse française pour désigner les trois partis en présence, prirent leur origine au milieu des luttes de village k village, de maison à maison et d'homme à homme, qui désolèrent le Vallais pendant cette triste période. Hors d'état de réprimer l'anarchie, le gouvernement du Vallais, composé d'hommes modérés que présidait Ignace Zen RuflBnen, sollicitait l'intervention fédérale. Le Vorort de Luceme envoya sur les lieux un de ses membres, Bernard Meyer. Mais les gouvernements de Berne et de Vaud croyant savoir que l'envoyé lucernois jouait un tout autre rôle que celui de pacificateur, refusèrent non seulement leurs troupes, mais encore le passage aux bataillons d'autres cantons. Aussitôt la Vieille Suisse, commandée par Adrien de Courten et Guillaume de Kalbermatten, s'ébranle et s'empare de Sion au moment même oii les libéraux, aux ordres de Maurice Barmann et de Gaspard Joris, s'approchaient pour prévenir l'occupation du chef-lieu (18 mai 1844). Le gouvernement, resté neutre, avait fait de vains efforts pour empêcher l'entrée de la Vieille Suisse et la collision des partis.

En apprenant l'occupation de Sion par la Vieille SfUsse, Maurice Barmann s'était mis en retraite. Les libéraux rentrent alors successivement dans leurs foyers ; mais les plus éloignés, ceux de Monthey et de St-Maurice, étant arrivés au pont du Trient, y sont assaillis par le feu meurtrier de tireurs invisibles postés derrière le parapet et les saillies des rochers. Les chefs Ubéraux déployèrent un courage héroïque. Joris, le plus intrépide de tous, affronte la mort; six fois, il passe et repasse le Trient,.

^ Le marquis de Cnstine cité dans l'ooTrage du colonel Rilliet de Constant, L& VaUais de 1840 à 18U,

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