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GUERRE CIVILE DU VALLAIS

ment, Berne, Tessin et Tburgovie, se montrèrent favorable à cette mesure; elle fut déclarée intempestive par 17 États et demi, et combattue avec force par Druey : c Les seules armes efficaces contre le jésuitisme, disait alors ce magistrat vaudois, sont celles de la raison. » La majorité de la Diète motiva son refus d'adhérer en déclarant que le péril que courait Tordre et la tranquillité publique n'était pas assez grand pour faire de la question des jésuites une affaire fédérale.

Cependant l'appel des jésuites accompli, per fas et nefas, à Lucerne, semblait soudain avoir produit une réaction en sens opposé dans ce canton. La cause libérale habilement défendue par le Confédéré et le VoUcsblatt gagnait du terrain ; ses adhérents pouvaient nourrir l'espoir légitime de prendre leur revanche aux élections prochaines, lorsque des enfants perdus de cette cause conçurent la mauvaise idée de recourir à la violence. Le gouvernement bernois, en garnissant d'un cordon de troupes sa frontière du côté de Lucerne, donna de l'audace aux conjurés, enhardis encore par une promesse formelle de secours de Bâle- Campagne, Argovie et Soleure.

En effet, 600 volontaires de ces trois cantons prirent les armes et se mirent en route pour Lucerne, commandés par des magistrats oublieux de leurs devoirs, et pourvus d'armes et de munitions qu'on avait eu l'audace de sortir des arsenaux de l'État. Mais sans attendre leurs auxiliaires du dedans et du dehors, 30 ou 40 radicaux avinés, aux ordres du colonel Guggenbûhler et de l'ancien conseiller d'État Baumann, attaquent les soldats du gouvernement sur la place des Moulins (8 décembre), puis tout à coup saisis d'une terreur panique, s'enfuient à toutes jambes. Démoralisés par cette nouvelle, les corps francs des autres cantons, quoique renforcés par plusieurs centaines de Lucernois et au nombre de 4000 à ISOO, se dissipèrent après quelques escarmouches. Cette échauffourée ruina complètement la cause du libéralisme dans le canton de Lucerne. Lâche dans le péril, le gouvernement, après sa facile victoire, multiplia les proscriptions et les confiscations. Innocents et coupables furent entassés dans les cachots. La spoliation alla jusqu'à donner au fisc un avantage sur les autres créanciers \

Au récit de ces injustices, la haine de la Suisse libérale pour Lucerne se changea en exécration. Le langage des journaux devint tous les jours plus hostile. Des assemblées populaires, provoquées par le professeur allemand Guillaume Snell et d'autres chefs radicaux, eurent lieu

^ Joseph Imhof (Bourcard Lea), Die Jesuiten in Lwsem^ 61.

448 GUERRE aVILE A LUCERNE.

à Berthoud, àFraubrunaen, à Anet, à Lausanne, à Montreux, à Unterstrass (décembre i 844 et janvier 1845). Partout on éclatait en menaces contre Lucerne et en vœux impératifs pour l'expulsion des jésuites. La Diète ayant rendu, le 20 mars 1845, un arrêté contre la formation des corps francs, on vit surgir la pensée anarcbique que le peuple suisse devait se faire justice à lui-même. < Nix diète, baïonnette, » cria une voix tonnante à l'assemblée d'Anet (29 décembre 1845). Un magis* trat loyal et perspicace, l'historien de Tillier, chercha en vain à faire comprendre à Tavoyer Neuhaus le danger de ces assemblas tumultueuses, à l'une desquelles ce haut magistrat avait lui-même pris part. Cependant, lorsque Neuhaus et ses collègues du pouvoir exécutif apprirent que des compagnies de corps francs s'organisaient à Zofingue, ils prirent l'alarme et députèrent sur les lieux l'avoyer de Tavel, dont les efforts, joints à ceux de Frey-Hérosée, parvinrent à dissiper ce rassemblement.

Le danger n*était qu'ajourné. Le gouvernement zuricois songea à le conjurer tout à fait en adressant une invitation amicale à Lucerne d'éloigner les jésuites. Une députation se rendit dans cette ville. Mais cette démarche conciliante ne trouva pas plus d'écho à Lucerne que celle qu'avaient tentée déjà précédemment plusieurs chefs du parti conservateur, entre autres Bluntschli et Mousson. Le docteur Jonas Fourrer, l'un des chefs du parti radical et des orateurs de l'assemblée d'Unterstrass* proposa alors au Grand Conseil zuricois de convertir l'invitation amicale en une invitation pressante avec menace d'expulsion par les armes. Cette proposition, bien que vivement combattue par Bluntschli et les orateurs de l'opposition, réunit 105 voix contre 95.

L'attitude décidée du Grand Conseil de Zurich eut un effet extraordinaire sur les esprits flottants des autres cantons. La sensation fui grande, surtout dans une partie de la Suisse romande, où la lecture du fameux roman d'Eugène Sue (le Juif errant) avait exalté jusqu'aux lessiveuses. Le grave et doctrinaire gouvernement de Yaud, deux de ses membres exceptés, Druey et Blanchenay, ne partageait pas cet entraînement. Mettant la Uberté confessionnelle, la souveraineté cantonale au-dessus des vœux de 32,000 pétitionnaires, le Grand Conseil, d'accord avec le Conseil d'État, s'était borné à voter l'invitation amicale. Aussitôt le courroux populaire éclate. Des signaux allumés sur les hauteurs de Lausanne appellent aux armes des masses de citoyens. Deux hommes énergiques, Eytel et Delarageaz, dirigent le mouvement. Le gouvernement libéralconservateur, forcé d'abdiquer, est remplacé par un nouveau pouvoir démocratique-socialiste élu sur Montbenon par la multitude assemblée.

RÉVOLUTION DE YAUD. 449

Druey, revenu du système de persuasion qu'il avait soutenu Tannée précédente, harangua le peuple du haut d'une échelle et fut proclamé chef du nouveau gouvernement (14 février 1845).

Une révolution analogue à celle de Vaud faillit, deux jours après, renverser le Grand Conseil de Genève qui, par 115 voix contre 35, avait également voté l'invitation amicale. Déjà des rassemblements nombreux se formaient dans St-Gervais. Mais l'appel sous les armes de 600 volontaires et d'un nombreux contingent, comprima pour un temps l'insurrection frémissante (16 février).

La chute du gouvernement vaudois donna un nouvel élan aux entreprises des ennemis de Lucerne. Une nouvelle expédition de corps franco s'organise sous les yeux, pour ainsi dire, du Vorort. Paralysé par ses divisions intestines et par la perspective d'une nouvelle élection, cette autorité ne prit aucune mesure pour prévenir une catastrophe et resta sourde aux représentations réitérées des trois cabinets de Vienne, Paris et Londres\ Mais la Diète elle-même s'ajourna au moment même où les rigueurs insensées de Lucerne entassaient les proscrits à la frontière. On ne s'entretenait dans les cantons voisins que de la manière de délivrer ce canton opprimé. Les réfugiés lucernois croyaient la chose facile et avaient répandu l'idée que les corps francs n'auraient qu'à se montrer pour être accueillis comme des libérateurs par le peuple. Cette illusion renforça les rangs des Freischnaren d'une foule de gens qui savaient à peine manier une arme et recrutés dans les cantons de Berne, Argovie, Soleure et Vaud.

Tout à coup, s'eflfrayant de leur condescendance et de l'inaction du Vorort, Berne et Argovie voulurent empêcher l'expédition. Il était trop tard. Dans la nuit du dimanche 31 mars 1845, les corps francs, au nombre de 6 à 8000 hommes, quittèrent Zofingue et Knuttwyl et franchirent la frontière lucernoise. Le chef de l'expédition était un avocat de Nidau, M. Ulric Ochsenbein, officier obscur de Tétat-major fédéral qui, l'année précédente, avait accepté de la police bernoise la mission peu brillante d'aller, déguisé en boucher, explorer le terrain sur lequel il allait maintenant opérer comme commandant en chef. L'ancien rédacteur du Confédéré de Lucerne^ Robert Steiger, médecin distingué

* « Un tel état de choses (écrivait le premier ministre de Louis-Philippe, Guizot^ comte de Pontois, ambassadeur de France) ne saurait être toléré, car il ne tend à rien moins qu'à la destruction du pacte fédéral et au renversement de la souveraineté cantonale, pour substituer à son action légitime et régulière l'action désordonnée de la force brutale et le despotisme des masses à la liberté, l'anarchie et les horreurs de la guerre civile au règne paisible des institutions protectrices de l'état social > (février et mars 1845).

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