HISTOIBK SUISSE, TOMB II
4o0 EXPÉDITION DES CORPS FRANCS.
et lun des proscrits du 8 décembre, dirigeait les opérations en qualité de commissaire.
Les corps francs entrèrent presque sans coup férir dans le canton de Lucerne. Les troupes d*Ochsenbein battirent le vaillant colonel Elgger à Hellbùhl et à Littau et s'avancèrent jusque sur le Gutsch, aux portes de la ville. Déjà les gouvernants et les chefs militaires parlaient d'abdiquer et de s'enfuir. Un seul coup de canon eAt décidé du sort de la campagne. Mais les corps francs harassés de fatigue, laissés sans vivres pendant vingt-quatre heures et sans nouvelles de ce qui se passait dans la ville, se démorahsèrent complètement. La retraite d'une colonne, abusée par de faux rapports, et le scrupule honorable que montra Robert Steiger à laisser bombarder sa ville natale, contribuèrent à la déroute générale. Ochsenbein fut assez heureux pour s'enfuir et arriv&r sain et sauf dans le canton de Berne. Mais après un nocturne et sanglant combat au milieu du village de Malters, le docteur Steiger, le vaillant major Rotbpletz d'Aarau et près de 2000 hommes de l'expédition tombèrent entre les mains des Lucernois, commandés pai* le colonel de Sonnenberg. 104 étaient restés sur le champ de bataille et 68 blessés furent transportés à l'hôpital de Lucerne. On entassa pêle-mêle les prisonniers dans les églises et les salles du gymnase.
Tel fut le fruit d'une expédition généreuse dans son principe, mais entachée d'illégalité et perdue par l'indiscipline.
Tiré de sa léthargie par ces douloureux événements, le Yorort ordonna la levée de 16,000 hommes. La Diète, dont la coupable inertie avait causé ces malheurs, eut à subir les humiliants reproches de Siegwart, qui fit le procès aux gouvernements, au vu et au su desquels s'était organisée l'expédition et dont les arsenaux avaient fourni des canons aux Freisclmaren, Prenant alors après coup les mesures dont l'exécution en temps opportun eût prévenu tous ces malheurs, la Diète prohiba les rassemblements illégaux, interna les réfugiés lucernois et raya des cadres de Tétat-major fédéral Ochsenbein et les autres officiers qui avaient fait partie de l'expédition des corps francs. A la même heure, elle sollicitait du gouvernement lucernois une amnistie et cherchait à adoucir le sort des prisonniers en déléguant sur les lieux M. Guillaume Naeff, dont l'intervention avait si heureusement mis fin aux troubles de Schwyz en 1838. Les cantons qui comptaient des ressortissants pai*mi les prisonniers, craignant qu'on ne tentât un nouveau coup pour leur délivrance, entrèrent, de leur côté, en négociations pour obtenir l'élargissement das captifs. Lucerne se décida à l'accorder, mais moyennant rançon, comme dans les États barbaresques. Il en coûta 350,000 francs aux États de Berne, Argovie, Bâle-Campagne et Soleure(23 avril 1845).