LIVRE VU. PART. II. CHAP. IV
(les jours maigres et rompirent le joug des jeûnes commandés. Leur hardiesse déboutée eût provoqué le scandale, si Froschauer, homme plein de sens, ne se fût affranchi en même temps qu’eux , et n’eût exposé dans un langage modeste les motifs qu’il avait d’en agir ainsi Ce pas franchi, on ne tarda pas à en faire un second. Nous avons vu Zvvingli supplier l’évêque de Constance de mettre un terme au célibat du clergé. Ses sollicitations ayant été vaincs, un grand nombre d’ecclésiastiques n’hésitèrent plus à contracter les liens du mariage. Rouhli se chargea encore de donner l’exemple*'. C’était au printemps. Une société nombreuse se réunit dans un verger en fleurs et sous un feuillage odorant. Rouhli s’avança avec son épouse, qui était belle et modeste. Un grave discours leur fut adressé. Il y avait des siècles que le mariage d’un homme d’église n’avait été célébré en Suisse ; l’assemblée fut invitée à liénir Dieu d’avoir vu le jour d’une semblable union contractée selon les saintes Écritures Quelques mois plus tard , au grand scandale de hicQ des gens, une religieuse, sortie du couvent d’OEdenbach, épousa un prêtre de la cathédrale ‘®. Puis se maria Léon Jude, l’ami et le collègue de Zwingli Enfin Zwingli luimême s’engagea avec Anne Reinhard dans les liens d’une union qui fit la douceur des sept dernières années de sa vie Dès ce moment les ecclésiastiques
Hottinger, HUt. eccl., IX, 33i.
“ Le 29 avril 1523. 11 était vicaire à Witikon. Deux ans auparavant Haller, pasteur à Amscidingen, dans le canton de Berne, s’était marié, mais sans éclat. Il tint son mariage secret •a Journal de B. Wyss, dans FhuU.
•* Bullinger.
Mite. Tigi, III, première partit, 10-82. ta Anne Reinhard, par Heet, deuxième édition.
HISTOIRE DE L.i SUISSE.
réformés, suivant l’exemple de Zwingli et de Luther, brisèrent un joug que la superstition avait long-temps fait subir aux prêtres C’était Grégoire VII qui avait définitivement soumis le clergé à la règle du célibat ; et cela, nonobstant les cris et les larmes de milliers de femmes qu’il rendit veuves, d’enfans qui devinrent orphelins, de familles dont il détruisit le bonheur. En soustrayant les prêtres aux relations de la vie commune, il avait voulu qu'ils formassent une classe d’êtres élevés entre le ciel et la terre , qu’ils n’apparussent aux mortels que dans le lointain, et qu’ils ne se montrassent que comme les instrumens sanctifiés d’une clémence divine ou d’une justice vengeresse. C’est de ce rôle surhumain que les ecclésiastiques descendirent à la voix des i*éformateurs. Ils rentrèrent dans les rangs de leurs frères, pour ne plus se présenter à eux que comme des compagnons de travaux, comme des guides, selon la mesure de leur sagesse, comme des modèles, suivant le degré de leur vertu et de leur foi. Il est vrai de dire que ce changement du sacerdoce en ministère blessa vivement les sentimens de la multitude. Il ne fallut rien moins que la connaissance, répandue en tout lieu, de la profonde corruption du clergé, pour réconcilier le peuple avec l’édit du mariage des ecclésiastiques. Encore laissa-t-il , dans plus d’une paroisse , éclater son mécontentement. Il se porta même à des actes de violence envers les gens d’église qui se marièrent ”. Ce
*• Sur ee sujet interrogei le Concile de Nicée, Socrates, I, H ; Sotoméne, I, 23; Uardouin, aet. eoneit., oà se lisent les efforts du pape Siricias et SC montre le lèle égaré de pinsienn dans les conciles d’Ancyte, Tolède, Carlbagc, Arles, Épaune, Orléans. L’extrait dans Sehrack , Hùt. ee«l., XVI, 888.
” On en trouve un exemple dans Hess , f'ie iAnne Btinhard, 285.