LIVRE VU. PART. 11. CHAP. IV
fut plug tard seulement, qu’éclairé par une connaissance plus familière des saintes Écritures, le peuple s’accoutuma à ne pas exiger d’une classe entière d’hom* mes ce que Dieu n’accorde qu’à quelques-uns, comme un don particulier de sa grâce.
L’attaque se dirigea ensuite contre les reliques et les images. Lorsque la Bible s’était ouverte , on y avait lu ce commandement : « Tu ne te feras pas d’image taillée ; » et bientôt les voûtes des temples retentirent des paroles des prophètes, qui disaient : « A quoi sert l’image, faite de main d’homme? celui qui l’a faite, mettra-t-il en elle sa confiance ? Malheur à celui qui dit au bois : Réveille-toi, et à la pierre muette : Lève-toi! Voici , elle a beau être d’or ou d’argent , elle n’a pas la vie H A l’ouïe de ces paroles, la foule sortit comme d’un songe. D’autant plus irritée qu’elle s’était montrée plus crédule, elle donna essor à sa colère, fut sans égard pour les angoisses des personnes qui demeuraient attachées à d’antiques croyances , et n’attendit pas que des mesures eussent été prises pour empêcher le scandale. 11 ne lui suffit pas même de briser tout ce qui avait été l’objet de son idolâtrie ; elle prit plaisir à allier le cynisme à la fureur. Il y eut un temple où deux misérables se saisirent de la lampe sacrée , en répandirent l’huile sur les parvis, puis versèrent l’eau bénite avec leurs railleries sur la foule. On fit disparaître de la cathédrale tous les insignes du droit de justice qu’elle possédait. A Knonau, un curé trouva plaisant de venir dire la messe en culottes rouges et en pantoufles. Chaque année, le dimanche des Rameaux, la tribu des
<* llabakuk, II, 18, 19. L'^ct-it de IlaUer sur ce sujet eut au moins trois cditioiis dans le cours do l’an 1523.
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bouchers avait l’usage de promener un âne portant l’image du Christ ; on mit fin une belle nuit à cette burlesque procession en chargeant l’âne de pierres et en le jetant au lac. Le gouvernement, qui avait puni les désordres préoédens, jugea ce dernier cas avec indulgence, par la considération que l’attaque avait été dirigée contre une profanation véritable Mais un fait plus grave allait occuper les esprits. Nous devons toutefois, avant de le raconter, faire connaître quels fruits la prédication de la Réforme portait dans "les diverses contrées de la Confédération.
. ,J)eux amis de Zwingli travaillaient à Berne à l’œuvre de la Réforme. L’un des deux , Sébastien Meyer était professeur en théologie et prédicateur du couvent des Franciscains. Il unissait le savoir et l’esprit de recherche à une ardeur qu’il ne savait pas modérer. L’autre, Berthold Haller non moins instruit, non moins avide de vérité, était d’un caractère réservé, prudent et craintif. De maître d’école devenu chapelain et chanoine du collège de Saint-Vincent, il était, depuis l’an 1 521 , prédicateur de cette cathédrale. Zwingli, dans la correspondance qu’il entretenait avec eux , s’attachait à encourager l’un et à modérer l'autre. Ils avaient adopté avec un grand succès sa manière de prêcher On comptait encore parmi les amis que Zwingli avait à Berne, le prévôt de la cathédrale, Ni-
*» fViri,lV, iiZ.— FitssU, II, 41, Î3, 52, — Colt. Simt., IX. Kùctikofer, Con/. de fVirt, V, 220.
" Seheurer, Bern. Mous., I. 119.
** Ibidem, 23 S. Haller était de Hakiingucn , en VVurtcmbei^ , et Me3’cr de Ncuchatel sur-le-Rhin.
« IVirt.V, 280; Bûchât, I. 107. lettre de Haller à Zwingli (Coll. Simt.). Selicnrer. Sielllcr. Anshelm h Vadian ( L'o/t. Siml.).
Digitizod bÿ C-oogIc