LIVRE Vil. PART. II. char. IV
Jirêterà l’étude des Saints-Livres un intérêt nouveau*^. Son débit animé contrastait avec l’enseignement lourd et scolastique qui se donnait dans les sombres .murs du couvent. En ces circonstances j deux pasteurs, Wetter et Bourgauer, commencèrent à prêcher le pur Évangile dans l’église de Saint-Laurent. Le clergé des campagnes se mit à étudier la Bible avec soin. Il arriva aussi que l’enseignement de la langue latine fut confié à Donânque Zyli, ardent ami de la réforme. Mais ce fut UQ garçon sellier, Jean Kessler, qui exerça l’action la pina- puissante sur la multitude. Kessler avait dans M jeunesse fait de bonnes études avec la pensée d’emtosser l’état ecclésiastique ; puis sa conscience ne ÜR permettant pas d’être prêtre aux conditions imposées alors au clergé, il avait pris un métier comme amyen de pourvoir à sa subsistance, sans néanmoins cesser de s’adonner à l’étude. Habile à manier la langue du peuple, il développa dans des cours publics ce qu’il avait lui-même appris de la boucbe ou des écrits de Luther et de Mélancbton , ou dans la conversation de Yadian. 11 donna d’abord ses instructions dans une maison particulière, puis ce fut dans les salles où les tribus avaient coutume de s’assembler. Ces réuokins, la disposition d’un peuple commerçant à adop-‘ ter en religion des vues larges , et la mésintelligence existante entre la ville et le clergé du couvent, propagèreirt le schisme et l’inquiétude. L’ardeur de disputer devint si viv#, qu’un prêtre ne put plus se montrer en public sans êfre abordé par des gens qui le prenaient à partie et le querellaient sur la foi. Les foudres que
C’est en expliquant les actes des ApAtres que lui vint la pensée d’une géographie sacrée. Ballinger.
Wemleliii Oswald , prédiealeur de la cathédrale, lançait contre toute nouveauté, allèrent se perdre dans la résistance que leur opposa l’opinion populaire. A la suite de plaintes portées en Diète, et d’une intervention des Confédérés, les réunions de Kessler durent cesser, il est vrai ; mais il s’en forma de nouvelles, et le peuple s’y rendit avec une telle affluence qu’il fallut mainte fois que l’assemblée se tînt en plein champ. Tant d’excitation dans les esprits de la classe inférieure servira plus tard à nous faire comprendre les succès qu’obtinrent à St.-Gall et dans ses alentours les scandaleuses erreurs des Anabaptistes.
La Réforme se promenait sur l’obscure Fribourg sans y laisser de pareilles traces. L’avoyer Pierre Falk qui était du petit nombre d’amis que la science comptait dans cette ville, était mort en revenant de la Palestine. Le gouvernement fribourgeois, tout préoccupé de factions, de guerres et de pensions à recevoir de l’étranger^®, faisait saisir et brûler sans forme de procès tout écrit de Luther ou de Zwingli, auquel il arrivait de passer la frontière. Quelques chanoines , amis des lumières^', faisaient entendre à voix basse une plainte timide ou se bornaient à conOer leur douleur au secret de la correspondance; encore ce crime fut-il puni de l’exil dans la personne de Kuno^* et de IIolr ,
Lucerne, 10 février 1525. Acta monatl., VIII, S25.
*’ Ijettres de Falk 5 Zwingli ( ColL Siml. ) Il mourut à Rhodes. Stockar était son compagnon de voyage. V
• Friburgum longe aliter qiiam nomcn sonat ofieSdi , non Ubemm scd discordiis et faclionibns cum profanis, tum sacrilegis onustnm. • Biillliaior Houbmeyer d Adelplii, 1522.
Vers de J. KoUerC lloitinger II. E., VI, 892.) Lettre de Vannius k Zwingli ( Coll. Siml. ).
Chapelain de St. -Nicolas. Ün avait fait brûler des livres, pour la
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lard On put alors , sans crainte de se tromper, faire savoir à Zwingli que, dans toute la Confédération, il n’était pas une cité qui lui fut moins favorable que celle de Fribourg
11 en était difléremment à Soleure^^, soit que cette ville, par sa situation, fût plus ouverte aux impressions extérieures , soit qu’elle fût disposée à écouter les hommes de haut rang qui dans son sein penchaient pour la Réforme , soit plutôt encore qu'elle obéit à je ne sais quelle bonté naturelle qui donne toujours son suffrage au parti le dernier entendu. Melcbior Makrin**’, greffier, puis maître d’école de sa ville natale, et Philippe Grotz, prédicateur, combattaient publiquement l’Église romaine, le dernier, il est vrai, par des motifs peu dignes d'éloge. Le Conseil , témoin des applaudissemens qu’ils recevaient, n’osa faire contre eux aucune démarche qu’il ne pût appuyer sur des faits. Il attendit que quelques jeunes gens eussent violé la règle des jeûnes pour congédier le prêtre qui les avait ainsi enseignés. On traita de même ceux d’entre ses coilèguès qui partageaient sa pensée. Puis on interdit la lecture des écrits de Luther; mais ce fut avec bien moins de succès qu'à Fribourg , et nous aurons lieu de dire combien Soleure fut près d’être gagnée à la cause de la Réformation.
Nous quittons la plaine pour gravir les Hautes-Âlpes,
valeur de 13 couronnes, appartenant è un relieur, et Kuno, en l’apprenant, s’était écrié : • Dieu le leur pardonne ! • C’était là son crime.
Doyen de la cathédrale, originaire d'Orbe. Il s’était trouvé en corri'spondance avec let réformateurs. {Bûchât.)
** Myconins à Zw., sept. 15Ï2. ( Colt. Siml. )
Glotttz, dans le Musée aaiate, 1816, p. 757. Kirchhofer, V, 376.
“ Diirr.
et arrivés aux petits Cantons, nous devons prendre pour mesure une nouvelle échelle. Nous rencontrons des mœurs simples, des couvens en petit nombre, et un clergé pauvre , peu nombreux , réparti dans des paroisses qui ne comptent que peu d’habitans. Le besoin d’une réforme s’y fait bien moins sentir. Le peuple , élevé dans les habitudes silencieuses d’une foi contemplative, témoigne un vif éloignement pour la science des écoles. Aussi l’indignation des gens d’Uri et de Schwyz fut-elle grande quand on leur annonça que les pèlerinages allaient finir, et que les murs des églises allaient être dépouillés de leurs ornemens et blanchis. Cesseraient-ils donc de se rendre chaque année sur les champs de Morgarten ou à la chapelle de Tell ? Y avaitil un crime dans ces simples monumens qui les invitaient à unir l’adoration du céleste Sauveur à un souvenir reconnaissant envers les libérateurs de la patrie? Et les habitans de l’Unterwald , accoutumés qu’ils étaient à considérer l'abstinence tant prisée du frère Nicolas de Flue comme le plus haut degré de vertu sur la terre, eussent-ils pu sans colère entendre parler de l'abolition des jeûnes et du mariage des prêtres! Puis, simples bergers, ils repoussaient ces livres, ces savantes disputes , cette religion , pénible échafaudage construit sur des explications de mots et sur des démonstrations logiques. Les perfections invisibles de Dieu et sa divine bonté leur paraissaient être écrites en caractères plus faciles à lire dans l’arc-en-ciel réfléchi sur la cataracte, dans la magnificence des glaciers salués d’un dernier rayon du jour, et à la face du ciel étoilé qui, se déroulant à l’heure des bruits mourans du soir, vient envelopper la terre de silence, de paix et de repos.
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Ce pendant des ëvaiigélistes éloquens , libres de préjugés et doués de la connaissance du cœur humain , surent se faire écouler par les hommes des montagnes. Ils réussirent à leur faire comprendre qu’un culte à cérémonies pompeuses, et particulièrement des mortifications exigées, dégénéraient avec une extrême facilité en abus ; que ces abus seuls étaient attaqués , que l'Ëvangile, bien loin d’être ennemi de la religion du cœur, est avec elle dans le plus parfait accord, et que les Saintes-Écritures s’expliquent d’elles-mêmes à l’âme simple dont la soif est celle d’aimer Dieu et le prochain. Prêchée avec ce langage , la pure doctrine pénétra dans plus d’un vallon et dans le cœur de plus d’un habitant des Hautes-Alpes. Tant que Zwingli et, après lui, Léon Jude l’annoncèrent à Eiusicdeln , leurs paroles trouvèrent dans le Canton de Schwyz un facile accès*^. Peut-être s’ils fussent demeurés dans cette contrée, l’œuvre de la Réforme y eût-elle été accomplie. Mais à leur départ, Trachsel, pasteur à Art , qui se crut appelé à les remplacer, compromit tout ce qui avait été fait, par des démarches irréfléchies. L’adversaire le plus prononcé de la Réforme, Guilg Rychmouth, parvint dans le même temps à la charge de landammann, et l’œuvre de l’évangélisation fut paralysée à Schwyz. A Claris, il en advint autrement. De sages pasteurs veillèrent avec prudence sur le grain que Zwingli y avait semé, et les attaques réitérées des ennemis de la Réforme ne réussirent pas à en arrêter le développement.
Staehelin, Autobiographie, dans les Mite, Tig., U, 682 ; IVirt, IV , 476, etc. =3 Myconius, chassé de Litcerne, reçut une place h Ëinsicdlcii , cil 1522. {Trad.)
A Appenzell les manières de voir opposées se montraienl aussi en présence. Vadian y avait une correspondance étendue. Les Appenzellois ont l’esprit ouvert: ils brûlaient pour la lilierté qu’ils avaient récemment conquise; ils avaient aussi des préventions fondées contre l’autorité spirituelle qui les avait gouvernés. Ils entendirent donc avec joie la prédication de la Réforme dans la bouche d’hommes d’entre leurs compatriotes, doués de sens et d’énergie. Ils applaudirent Klarer, qui de chaud défenseur des traditions romaines en était devenu adversaire non moins ardent; Bærweguer, naguère capitaine dans la garde pontificale”; Ransperg , dont la vaste auberge devint pour les amis de la doctrine évangélique un lieu de refuge et de réunion. Ces hommes avaient pour principal adversaire le curé Router d’ Appenzell**^, qui défendait sa cause avec toute la colère d’un ambitieux menacé de perdre ses honneurs. Nous verrons plus d’un orage naître de la lutte des deux partis.
A Zoug®°, les amis des expéditions aventureuses et des pensions étrangères ( qui partout étaient les adversaires irréconciliables de Zwingli ) obtinrent plus de
** Wallher Klarer, dan» la Coll. Siml., I, SOS. — fVaUer, Chronique. Kirehhofer,
* lloutcr, son ami, lui avait remis un N.-Teslament. Bærweguer lut, alla trouver le curé et lui dit : «Si ce livre est la vérité. Dieu te garde !'convertis-toi ; car tes adversaires ont raison . et le prêtre t Zurich dit bien. • ZeUtoéger, Hi$i. de CÀppenzell, III, I, 73. {Note du traducteur ).
“ Hoitinger, H. B., UI, 97.
Stadler, Hitt. de Zoug, IV, S57. Journal de Sehœnhrounner. Il rap- ‘ porta son bonnet plein des reliques de SL Béat, qu’on allait jeter au lac de Thoun. Bolsinger, les frères Stockar et d’autres capitaines n'jt allaient pas si bon jeu.
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