LIVRE Vil. VAUT. U. CtlAP. IV
succès. Us soulevèrent la niullitude contre les partisans déjà nombreux de la Réforme et réussirent à les intimider. Werner Steiner“‘, à son retour de la Palestine, eut beau enricbir les hôpitaux , les églises et le clergé de sa patrie ; il suflit qu'il fut l’ami de Zw ingli , qu’il eût demandé le mariage des prêtres , et qu’on le soupçonnât d’être lui-même marié, pour que le peuple le couvrit d’opprobre et assaillit sa maison. Un cbat mort fut attaché à sa porte pour lui signilier le sort qui le menaçait. Ces scènes, et d’autres semblables, frappèrent de stupeur les amis et les prédicateurs de l’Évangile, et une jeunesse effrénée célébra son triomphe en remplissant la ville de ses cris injurieux.
Nulle part, dans les Alpes, les partis ne se prononcèrent plus fortement que dans les Grisons. Les haines religieuses, s’alliant aux haines politiques, devaient y allumer un feu lent à s’éteindre ; mais c’est plus tard qu’éclatèrent les vengeances. A l’époque où nous en sommes, c’est à peine si la Réforme commençait à poindre dans les vallées de la Rhétie. Elle s’y alimentait de la réaction provoquée par les tentatives de l’évéque de Coire contre la liberté®^, de la connaissance qu’avait le peuple des mauvaises mœurs de plus d’un ecclésiastique, de l’indépendance des communes et de la civilisation répandue par une noblesse nombreuse. Le bailli de Maycnfeld, Martin Sæguer''^, parait avoir été dans ces contrées un des premiers promoteurs des doc-
“ fV. Sleiner, par Kirthhofer.
“ II était attaché à l’AiAricbe. Lucerne, 18 mars 1522. A. Z.
Un écrit parut sous le titre de : • Court poëme d’un pa)'san de Tliurgovie à l’honneur de Martin Luther. Puis un nouvel écrit. Zwinffli à Hycouias , 1520. BiUtinger 4 Za., 1522. {Coll. SM.) A l’orhi, lliit. eccl. rlial., 1, 58. Kitekhoftv, V, 410. Leu, art. PfeUcis.
trines bibliques. Ce n’était pas un homme instruit » mais il aimait la vérité et ne pouvait s’empêcher d’exprimer sa pensée sur les abus de l’Église. Lié d'amitié avec Zwingli, comme il le fut plus tard avec Bullinger, il correspondait avec lui par la voie de l’abbé de Pfeffers***; celui-ci, zélé partisan de la France, ne se croyait pas obligé à de grands ménagemens envers le Saint-Siège. Bientôt Biveron dans la llaute-Engadine, Conrad à Davos, Spreiter dans la sauvage vallée de Saint-Antoine, et à Coire le magister Salandronius®*,. publièrent, bien qu’avec réserve, la bonne nouvelle de Christ. En même temps , si l’on peut en croire certain apocryphe , un étranger intrépide aurait , par la seule puissance de deux sermons , converti la paroisse de Flens , soumis à son éloquence celle de Malans , et renvoyé gagnés à l’Évangile desgendarmes autrichiens venus pour l’arrêter**.
De la même source inconnue dérive ce que l’on raconte de Lucius Steguer, et de ses prédications en Valais. Il n’est pas douteux que les intrigues de Schinner, et le mécontentement qu’il excita, n’aient dû arracher aux Valaisans maint projios haineux envers l’Église; mais la condition nécessaire d’une réforme solide, l’instruction, leur manquait. Us demeurèrent pauvres, grossiers , superstitieux , cloîtrés en quelque sorte dans l’enceinte de leurs hautes montagnes et quand la
** Jacques Russingcr.
” Salimann, aussi Alexandre. Letlret à Zw,, à Vadian. {ColL Stml.y A Parla. •
" Aiihorn, BêgênératioH de CEglUe de» Grisotu, 11 le nomme Burklia de Zurich, elle fait arriver cbex uu de ses ancêtres, trésorier du village de Klaesch. Voyez A Porta. Kirchhofer,\, Hi.
Platter, sa Biographie écrite par lui-méme.