Livre vu. part. ii. chap. v
temps sans être attaqué par Rome; et bien que ses actes journaliers, et le refus qu’il fit de conserver une pension qu’il recevait naguère du Saint-Siège eussent fait connaître assez clairement ses pensées, il n’en continua pas moins d’être traité avec une llatteuse distinction®. Il avait pour lui la majorité du clergé. En de telles circonstances le gouvernement demeura le spectateur tranquille des premiers pas de la Réformation.
Il en fut ainsi jusqu’au jour où la division se manifesta parmi les chanoines. Quelques-uns d’entre eux honnêtes , mais bornés , et d’autres qui frémissaient à la pensée d’être privés de leurs tavernes et de leurs chasses au faucon , firent entendre de concert des plaintes amères. Ils s’élevèrent contre des innovations constantes, accusèrent Zwingli de l’hérésie des Bohémiens et blâmèrent fort la tendance qu’il montrait à exalter les laïques aux dépens du clergé. Ils dirent et répétèrent qu’en niant que la dîme fût de droit divin , non seulement le réformateur portait un grave dommage aux ecclésiastiques, mais qu’il indisposait le peuple contre tout impôt et finirait par entraîner la ruine de l’Ètat''. Ces plaintes allaient de bouche en bouche, quand la règle des jeûnes fut authentiquement enfreinte à Zurich , et quand il y vint une députation solennelle, envoyée par l’évêque de Constance.
Les délégués de l’évêque étaient Melchior Wattli, suffragant épiscopal, le prédicateur Wanner, et le docteur Brendlin. Ils se présentèrent d’abord devant le clergé, qui s’était réuni chez les chanoines, et ils pro-
‘ Il en fait lui-môme le naïf récit dans VExpoiilion tUt articles,
• IV in, V, 12. Myeonius, Fie de Zrvingli,
’ Coll. Siml.; le nianoscrit intitolé Artieuli frivole Dieti, etc. Lettre à Myconiiis, février 1520.
claméreDl devant lui leürs griefs avec hauteur et violence Plus d’un visage commençait à pâlir et maints soupirs se faisaient entendre lorsque Zwingli se leva ; il défendit ce qui s’était fait, et si bien que les députés voyant la majorité de l’assemblée se déclarer pour lui> s’éloignèrent, et allèrent porter leur plainte devant le Conseil. Le sénat ordonna qu’elle fût reproduite devant les Deux-Cents. Il accorda en outre à la demande des députés qu’ils auraient seuls accès auprès du Grand- Conseil, et que les prédicateurs ne seraient ni prévenus, ni invités à paraître. Zwingli sut toutefois ce qui se passait, et, jugeant delà gravité du moment, il supplia le sénat de permettre qu’il fût admis à répondre. On le lui refusa. Alors ses larmes confessèrent à Dieu son inquiétude. Peut-être aussi l’inspira-t-il aux membres influens du Grand-Conseil ; car lorsque le 9 avril, au matin, cette assemblée ouvrit sa séance, et que les envoyés épiscopaux s’y présentèrent seuls, un murmure s’éleva , et plusieurs personnes demandèrent , avec l’accent du mécontentement, si les accusateurs seraient seuls entendus. 11 fallut aller aux voix, et la majorité appuya la demande de faire comparaître les deux parties.
Entrèrent alors les trois prédicateurs , Zwingli, Engelhard et Rœschli. Wattli fit d’une voix douce , et avec un art singulier, l’énumération de ses griefs; il évita de parler des personnes; son discours terminé, il se leva pour se retirer avec ses collègues d’ambassade. « Eh, monsieur le suffragant, s’écria alors Zwingli, je vous en prie, daignez prêter l’oreille à ma justification. »
' Zw. k Fabricius ( dans les archives de SUeudlin et Tschimer, I , p. II. 48.1