LIVRE VU. PART. II. CHAP. V
— « Votre justification ! répondit Wattii; je n’ai inculpé personne. Ce n’est pas d’ailleurs pour disputer^ que nous sommes venus ici. « — « Soit , repartit Zwin* gli: écoutez-nous donc, afin que vous puissiez rendre, à l’évèque meilleur compte de ce qui se passe à Zurich. » Le bourgmestre Kœust se joignit à Zwingli et pria Wattii de demeurer. Celui-ci n’y consentit pas. n Vous ne voulez pas m’entendre en votre qualité de .députés, dit alors Zwingli; eh bien, au nom de qotre, commune foi et pour l’amour de Jésus-Christ, je vous en conjure comme chrétiens, écoutez-nous! » A ces mots, la salle retentit d’un murmure confus, et le bourgmestre ayant fait de nouvelles instances pour retenir les députés, ils reprirent enfin leurs places.
.j Zwingli put parler. 11 montra Zurich eq paix avec ses voisins, en paix dans sou intérieur, et demanda^ où étaient les troubles que l’on disait être les fruits de sa prédication de l’Évangile, de cet Évangile, qui ordonne de rendre à César ce qui est à César, et à tout supérieur l’obéissance qui lui est due. 11 repoussa ensuite l’accusation de fouler indifféremment aux pieds les traditions des hommes , et affirma qu’il ne demandait autre chose si ce n’est qu’elles pussent être justifiées par leur utilité, et que ceux qui les donnaient pour règle aux autres y fussent eux-mêmes assujettis. Puis il déclara qu’il s’était gardé d’inviter qui que ce fut à enfreindre les jeûnes, sachant quels soqt les égards dus aux faibles; mais qu’il reconnaissait, à la vérité, que ces pratiques étaient une sujétion pharisaïque, contraire à l’esprit et à la lettre de l’Évangile. A cette assertion, Wattii éleva la voix pour lui répondre. Mais Engelhard, faisant passer aux mains de son collègue une Bible ouverte, celui ci y lut : « 11 y aura dans les derniers temps
des hommes qui se révolteront contre la foi , et s’at-» tacheront à des esprits séducteurs, lesquels défendront de se marier , et commanderont de s’abstenir des viandes que Dieu a créées pour que les Fidèles en usent avec actions de grâces ; car tout ce que Dieu a créé est bon> et rien n’est à rejeter, pourvu qu’on le prenne avec actions de grâces »
Réduit au silence sur ce chapitre , le suffragant épis-> copal prit un champ plus lai^e, s’étendit en éloges des Pères et exhorta le Conseil à ne se point séparer de l’Église. « C’est bien, repartit Zwingli; mais, chers messieurs , ne vous laissez pas persuader que nous ayons commis une faute aussi grave. En tout pays est membre de l’Église quiconque aime Dieu , croit aux paroles de Jésus-Christ, et fait le bien. » Suivit un échange de paroles de plus en plus vives, jusqu’à ce que le bourgmestre congédia les parties. Les Deux-Cents prirent alors', d’une voix unanime , la résolution de prier l’é- < vèque aussi bien que le sénat de travailler à ce que la lumière éclairât les questions débattues. Ils invitèrent l’évèque à recourir aux autorités ecclésiastiques, le Conseil à s’adresser à cet effet aux savans et aux synodes. Et en attendant d’être éclairés, les Deux-Cents exhortèrent les prédicateurs à recommander l’observation des jeûnes
La réponse de l’évêque se 6l attendre sept semaines ; il se bornait à conseiller de mettre fin au scandale, et à déclarer qu’il regardait les usages de l’Église comme conformes à la doctrine de Paul et à la foi cbrétienne. Dans l’inlervalle les moines et les prédicateurs avaient
’ ITim. IV. 1,3,
Fussli, II, i; IV, 125.