‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 12 sur 234 · LIVRE Vil. PART. I. CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE Vil. PART. I. CHAP. II

L’empereur eifrayé, et craignant d’être trabd, n’osa se porter en avant ; il revint sur ses pas à l’heure où les Français se disposaient eux-mêmes à la retraite. Dés ce -jour, Stein qui, peu de temps auparavant, possédait à peine une fortune médiocre, déploya de grandes richesses. U se montra couvert d’or et de soie. 11 acquit la seigneurie de Montréal. Son fils fut envoyé avec un gouverneur et un cortège de valets à Paris, pour y faire son éducation ; sa femme par l’éclat de son luxe dépassa de beaucoup ce que permettaient les mœurs bernoises. On ne larda pas à murmurer. Les mots de trahison et d’intrigues furent prononcés si haut que les tribunaux durent intervenir. On séquestra les biens de Stein et ceux de Louis d'Erlach. ils réussirent cependant, après avoir laissé passer le premier orage, à sauver les restes de leur fortune, et ils rentrèrent dans les charges dont on les avait dépouillés. Stein passa en France. Honoré de la confiance de François I", gagné, charmé, enchanté de la libéralité du roi, il n’eut bientôt d'autres vœux que ceux du monarque, et appuya de tous ses moyens les prétentions de François à la couronne impériale. De retour en Suisse , Stein reçut une mission d’un nouveau genre j on conféra au héros- l’honneur de transporter de Lyon à Berne le crâne de Sainte-Anne. H partit, reçut des mains des prêtres ce qu’il leur plut de lui confier et couvrit de ses propres largesses la relique dont il enri-r chit sa patrie. H avait à peine par ce pieux office fait sa paix avec Dieu ( la cré^lê ignorance en jugeait ainsi ), qu’il n’eut plus d’autre soin que celui de mettre à exécution les plans mûris par le roi des Français. U fit tout pour obtenir la conclusion d’une alliance. Pi'omesses, menaces, secrets voyages, incriminations

BISTOISB 0B LA SUISSE.

des opposans, il ne négligea aucun «les moyens par lesquels un démagogue, qui a désappris de rougir, sait travailler le peuple. Il fut compris des 'officiers qui avaient fait les précédentes guerres , et qui, ne pouvant s’habituer au calme de la paix , espéraient merveilles de leur réunion à une armée de braves, commandée par un prince qui avait prouvé ses titres au rang de capitaine. Une foule avide de guerre et de butin , et qui ne savait plus ce que c’était que de gagner son j>ain à la sueur de son front, répondit à la voix de ces officiers®.

Cependant les efforts îles amis de la France rencontrèrent d’autres efforts. Plus d’une voix s’éleva con-* tre les intrigues corruptrices. Plus d’un généreux Confédéré protesta contre des menées qui tendaient à faire perdre à la Suisse son indépendance et sa nationalité. Leurs sentiinens se reproduisirent avec force par la bouche de Zwingli qui les porta en chaire , les exprima dans la conversation, et les répandit par ses écrits. « Kos pères , dit-il \ n’ont demandé la victoire qu’à Dieu, et ils n’ont combattu que pour la liberté. Jamais ils n’ont reçu de paye pour égorger des chré-tiens. C’est de nos jours (Jue le diable a mis au cœur des princes étrangers de nous tenir ce langage : « Nos braves, vous êtes bien simples de demeurer enfouis entre vos rochers; prenez solde, et la plus belle récompense vous attend. « Voyons donc quelle récompense nous avons reçue. Nous avons, tant à Naples qu’à Novarre et à Milali ,^lus souflert en une généra—

' StettUr, Leu. Glalz, Jovius. Guiceiardini.

* Paroles de Zwingli , extraites de l’écrit i « Bine gouliche Ermahnung an die ehiêamen, weiien, ehrenfesten, alletten Eidgenossen etc. • Vo^ex lea Œuvra de Zwingli, et l’extrait jiublié par Usieri et ragelin.ll , 487.

Page 1