LIVRE VH. PART. I. CHAP. II
tion que nos pères dans le cours de plusieurs siècles. Ajoutez qu’ils n’ont cessé d’ètre vainqueurs, eux qui combattaient pour leurs foyers, tandis que nous ne l’avons pas toujours été. Mais j’ai plus à dire encore : n’a-t-il point à songer à son salut, celui qui se jette dans ces guerres inconsidérées? Que diriez-vous de l’étranger qui, faisant irruption dans votre pays, dévasterait vos biens, enlèverait vos bestiaux, frapperait à mort vos fils qui sont votre appui , déshonorerait vos filles, foulerait aux pieds vos femmes suppliantes, et finirait par réduire en cendre le toit avec la métairie ? Vous diriez que si la terre ne s’entr'ouvre pour engloutir le barbare , et si le ciel ne se déchire pour le foudroyer, il n’est ni Dieu ni justice. Vous le jureriez ainsi, et vous, quand vous faites les mêmes choses, vous ne prétendez qu’user des droits de la guerre. Parfois vous cherchez à votre inutile vagabondage des excuses comme celle-ci : « Nous sommes un peuple indigent, nous habitons un pays pauvre, nous avons besoin de l’étranger. » Eh ! comment se fait-il que ce pays ait suffi pendant des siècles à nourrir nos pères , et qu’il ne suffise plus à notre entretien ? n’est-ce point que, tout en voulant une vie aisée et brillante, chacun méprise aujourd’hui le travail ? L’égoïsme et l’envie se sont logés partout, et les étrangers ne l’ignorent pas. Voyez-les entretenir notre mal et fomenter nos discordes. S’il n’eût dépendu que d’eux, c’en serait fait aujourd’hui de la Confédération. Que dis-je ? ils veillent ; ils veillent à notre perte ; et c’est pourquoi l’affection me presse d’avertir ma patrie, pendant qu’il en est temps encore, et de vous conjurer de ne pas vous laisser vaincre par l’or et la corruption, vous que le fer et les hallebardes ne sauraient dompter. »
Ce langage était appuyé par les plaintes qui parvenaient de divers lieux à la Diète. On apprenait de Thurgovie, que les métiers étaient abandonnés, que les divisions allaient croissant , et que le pays se couvrait de vagabonds, pleins de mépris pour les lois et pour l’autorité. Les gens de la seigneurie de Cerlier annonçaient à Berne que, « si ce train de guerre continuait, ils n’auraient plus à moissonner dans leurs champs que des ronces et des épines. » À Bâle on en était venu aux mains. La discorde était accrue par les intrigues que poursuivait le parti contraire à la France, à la tête duquel était toujours le cardinal de Sion. Il agissait, quoique en secret, à Berne et à Lucerne même, employant d'anciens amis, d‘’adroits négociateurs et des prêtres dévoués , cherchant ainsi que ses adversaires à se faire à prix d'or des amis nouveaux
Les envoyés de l’empereur se conduisaient extérieurement avec plus de décence. Charles, attendant la guerre, comprenait l’importance de s'assurer des dispositions des Confédérés. Il avait donc confirmé solennellement le pacte héréditaire, et cherché à former avec les Suisses de plus étroites relations N’y ayant pas réussi , il demanda qu’au moins les Cantons ne s’alliassent pas à une autre Puissance avant qu^il fût arrivé en Allemagne Quelques-uns d’entre eux en firent la promesse ; d'autres ne prirent qu’un engagement vague ; Lucerne ne voulut rien promettre. Elle venait même, avec Soleure, de prendre parti pour le, duc Ulrich de Wirtemberg, que l’empereür avait dé-
* A. Z. Scheurer, Mausol. Bem, Tschudi, Oclu.
• Baden,'17 août 1759. A. Z. S.
’ ABftIe, 14 novembre. A. Z,
Digilized by Gnogl