LIVRE VU. PART. U. CHAP. V
sœur de Grebel, et Zwîngli qui l’avait aimé, considéraient avec tristesse le résultat de tant d’espérances déçues. Zwingli ne cessa de répondre avec douceur, jusqu’au moment où le commandeur Schmied, pressé de mettre fin à des débats inutiles, prit de nouveau la parole. « Voilà , dit-il, dans un discours étendu et plein de vie, voilà les erreurs régnantes, touchant la messe et les images, démontrées telles par Zwingli et par Léon. Que fera-t-on maintenant? renversera-t-on avec impétuosité d’antiques usages? Je persiste à croire qu’il vaudrait mieux s’attacher avant tout à implanter dans le cœur des chrétiens une religion plus pure. Le gouvernement, qui connaît aujourd’hui la vérité , sentira qu’il est de son devoir d’y travailler. Peut-être jugera-t-il convenable de publier des instructions qui puissent conduire à l’Évangile la partie ignorante du clergé et amener enfin à Jésus-Christ des hommes qui n’ont connu jusqu’ici que les images. Vous vouliez naguère, à prix d’or, replacer des princes sur leur trône , mes chers et gracieux seigneurs ; vous mettrez désormais votre soin à rendre, pour l’amour de Dieu, à Christ, notre Maître, la gloire et le règne, qui lui appartiennent. » — ■
« Bénies soient les paroles sorties de ta bouche ! » s’écria Sébastien Wagner. Vadian ayant offert encore la parole à qui la voudrait et personne ne s’étant levé, Zwingli s’adressa à l’assemblée : « Mes seigneurs et vous tous, mes chers frères, je vous prie 'de vous attacher fermement à la parole de Dieu. La prenant pour guide , nous ne serons jamais abandonnés. Qui sait ce que l’avenir nous réserve de peines, à vous et à moi? N’ai-je pas appris, le cœur navré , qu’hier au soir l’on disait en plus d’un lieu que nous songions à enter-
rer tout doucement le corps et le sang de Christ ? Non , non , il n’est personne qui conçoive de telles pensées. »
• Les sanglots à ce mot interrompirent son discours ; et d’autres avec lui laissèrent couler des larmes. Alors Léon s’écria : « Avec le secours de Dieu nous demeurerons fidèles à l’Évangile; au besoin voici ma vie que je donne avec joie, bien assuré que la mort n’atteindra pas mon âme. Évitons toutefois que les Écritures ne deviennent entre nous un sujet de dispute ou de présomption. Mais tâchons qu’elles servent à nous rendre vertueux. Si j’ai dans le cours de ce colloque offensé quelqu’un, je le supplie de me pardonner. » Zwinglifit la même prière. Puis les trois présidons se levèrent, et résignèrent leur charge.Vadian témoigna l’espérance de voir le gouvernement, maintenant bien instruit, s’employer à faire triompher la vérité. « C’est ce qu’il fera, s’écria le bourgmestre. Pour moi , je juge en matière spirituelle comme un aveugle des couleurs. La parole de Dieu m’est d’autant plus précieuse. Priez que sa grâce nous accompagne ! » Ainsi parla ce vieillard qui , pendant dix-huit ans d’une glorieuse vie , avait été le conducteur de son peuple au Conseil et sur les champs de bataille. Les regards de l’assemblée demeurèrent fixés sur lui avec l’expression de l’attachement et du respect. C’est dans ce moment d’émotion que Vadian, l’abbé de Capel, le commandeur de Kussnacbt et le prévôt unirent leurs voix pour demander encore l’élargissedes prisonniers.
Cette conférence eut pour résultat de faire passer la direction des affaires ecclésiastiques dans les mains du • Grand-Conseil Son premier acte fut de condamner
**, Le 19 janvier 15Î4. * , ‘