LIVRE VU. PART. 111. CHAP
fui en emportant ses titres et son or. Puis , la troupe grossissant au bruit du tocsin, courut envahir la maison des chevaliers de Saint-Jean à Bubikon, y recommença ses orgies , et conçut dans le vin la pensée de se racheter de toutes charges par la vente des biens des deux abbayes. 11 arriva sur ces entrefaites des députés, envoyés en hâte par le Conseil. Ils obtinrent une trêve, en s’engageant à faire parvenir au gouvernement toute requête qui leur serait remise par écrit. Cinq districts rédigèrent alors leurs plaintes. « Plus de servage , vu qu’à Dieu seul appartient le nom de Maître, et que la ville de Zurich ne jieut porter que celui de la protectrice de nos droits. Plus de fiefs. Abolition des justices inférieures, des petites dîmes, des corvées, de tout péage dans les limites du Canton, et de l’ohmgeld Que le commerce et les arts soient librement exercés à la campagne comme à la ville; que la taille foncière soit rachetable ; que les cens soient réduits; qu’aucune taxe ne soit levée sur la terre que la grêle a frappée. Que saisie soit faite des biens des couvens pour les rendre à l’utilité publique. Qu’enfin le droit soit reconnu aux paroisses de nommer et de déposer leurs pasteurs. 11 n’y a rien là qut*, la parole de Dieu n’autoi ise à demander ; peut-être, en la lisant avec attention , y trouvera-t-on encore le principe d’autres libertés
Il y avait dans cette requête sujet à réflexion pour le gouvernement. Il prit conseil, délibéra mûrement, puis envoya des délégués dans les divers districts. Les délégués promirent l’extinction des petites dîmes, et l’abolition du servage partout où il subsistait encore ;
Impôt de conMmmaüon sur les boissons et certaines denrées.
** BuUinger, A. Z. CCCLl, 1, 3, 9. C'or/i. Werdm., X.
ils firent voir que les autres demandes étaient contraires à des droits coutumiers ou écrits ; et ils recommandèrent la paix. Mais les communes , résolues à ne pas traiter isolément , voulaient que le pays pût faire connaître ses vœux. Elles convinrent à cet effet d’un jour où tous les habitans de l’ancien territoire de Kybourg se réuniraient. Ce fut le lundi après Pentecôte, 5 juin 1525. Plus de 4,000 campagnards s’assemblèrent dans un cbamp près de Tœss. Plusieurs arrivèrent ivres. 11 n’y en eut aucun qui se. sentit le courage ou la capacité de remplir le rôle de modérateur. Aussi les esprits échauffés s’agitaient-ils violemment , quand le bourgmestre Walder, à la tète d’une députation du gouvernement, se présenta devant l’assemblée, porteur de paroles conciliantes. Une voix tonnante lui répondit : « C’est à nous de commander à notre tour. Nous saurons vous faire marcber , messeigneurs de la ville, et nous monterons aussi sur nos grands chevaux. » Il n’y eut dans ce tumulte que Lavater, bailli de Kybourg , qui réussit à se faire écouter : « Ne suisje pas, comme vous, un homme du comté? dit-il, ne suis-je pas établi au milieu de vous avec femme et enfant, et n’ai-je pas le droit et l’obligation que vous avez tous , de donner mon avis pour le mieux? j) S’adressant ensuite aux plus fiers promoteurs du mouvement, il les caressa les uns après les autres avec adresse, loua leur sagesse et les généreux sentimens qui les élevaient bien au-dessus de la multitude ignorante, et finit par les employer malgré eux-mêmes à calmer la rébellion, l a foule avait commencé à se disperser , lorsque l’avoyer et le secrétaire de Winterthour prièrent ceux qui restaient d’accepter l’hospitalité qu’ils leur offraient dans leur ville. On les dissémina chez les bourgeois,