‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 138 sur 234 · LIVRE Vil. PART. III. CHAP · texte numérisé non relu

LIVRE Vil. PART. III. CHAP

« semblables auxenfans, auxquels Jësus promet rentrée du royaume des deux, « se mireot à jouer avec des poupées, ou à traîner avec un fil des pommes de pin ; ils pleuraient et se faisaient consoler par l’offre d’un fruit; ils finissaient par rejeter tout vêtement avec toute pudeur. On comptait plus de huits cents anabaptistes à Saint-Gall. Ils appelaient cette ville « la petite Jérusalem. » Comme ils avaient l’oreille fermée à la voix du magistrat et à celle des pasteurs éclairés, on eut l’idée de faire lire publiquement un écrit sur l’anabaptisme, que Zwingli venait d’adresser au gouvernement et à l’Église de St.-Gall. Le peuple se réunit dans le temple de Saint-Laurent. « Arrêtez, s’écria, du haut du jubé où il avait été prendre place, l’anabaptiste Ulmann, au moment où la lecture commençait, c’est la parole de Dieu , et non celle de Zwingli, qu’il faut nous faire entendre. » On n’en lut pas moins le lumineux traité , et il servit à arrêter le mouvement des esprits. Mais un forfait effroyable offrit un avertissement bien plus grave encore. Non loin de la ville habitait Jean Schouker, vieillard de quatre-vingts ans, père d’une famille nombreuse qui, tout entière, appartenait à l’anabaptisme. Thomas, l’un de ses fils, qui allait gagnant sa vie à jouer du luth, était écouté par les siens comme un prophète. Un jour que la famille et les personnes qui d’ordinaire se réunissaient à elle, avaient l’esprit échauffé par ses prédications, Léonard, le plus jeune des frères, commença à donner des signes d’aliénation mentale. Le voyant dans cet état, Thomas le saisit, l’accabla de coups, le lia, et lui Ct prendre du fiel trempé dans du vinaigre ; c’e'tait pour le salut de son âme. Le reste de la nuit se pa.ssa alternativement en prières et en scènes dans lesquelles on

simulait un sacrifice ; enfin Léonard , le visage baigné de sueur, s’écria que Dieu demandait sa mort. Thomas tira l’épée, frappa, et sous les yeux du père et de la famille , il fit voler ta tête de son jeune frère. L’eifroi glaça les assistans. Four Thomas , saisissant le luth , il se mit à bénir Dieu de lui avoir prêté une force surnaturelle; puis, tranquille, il se livra à la justice, persévéra dans les tortures à soutenir que Dieu avait agi par son bras, et mourut sur l’échafoud*8.

A la vue de fureurs pareilles, il ne fut plus possible de méconnaître le caractère de l’Anabaptisme. On comprit qu’il ne consistait pas seulement dans le baptême des adultes, dans la formation d’associations nouvelles, et dans des particularités de forme. On reconnut sa tendance à développer un enthousiasme sauvage et son impuissance à le gouverner. La distinction entre une sage réforme et d’aveugles écarts devint facile à faire. Dès que le peuple eut clairement senti cette différence, le gouvernement zuricois changea d’attitude vis-à-vis des sectaires; il fit jeter en prison dixliuit d’entre eux, parmi lesquels étaient Grebel, Manz et Blaurock, et il les condamna au pain et à l’eau jusqu’à ce qu’ils se rétractassent ou que mort s’en suivit^L Mesure inutile. Comme les chefs jdes anabaptistes demeurèrent réunis , s’entretenant de leurs souf-i frances non méritées, de leurs apparitions, de leurs prophéties et des gloires du martyre , ils ne firent que s’afferniir dans leur exaltation , et le gouvernement fut embarrassé plus que jamais. Peut-être fut-ce par ses

“ Le 6 février 1526.

Fttssli, IV, 254 ; III, 211 ; I, 210 ; III, 206. Zw. à Vadiaii, 7 mai5. (CqU. Siml. ) Ce fait eut lieu le 7 mars 1526.

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