LIVRE VU. PART. III. CHAP. II
le sort de son père et de son frère, celui-ci lui dit avec douceur : « Mon frère, bénis Dieu de ta délivrance, aussi bien que de notre mort non méritée ; » son père ajouta : « et ne songe jamais à nous venger. » — Wirth vit avec peine que dans le procès-verbal on avait dénaturé ses paroles. Son fils le consola ; « Dieu sait tout; à lui la rectification. » Ils repoussèrent des images qu’on présenta devant leurs yeux , et se laissèrent avec joie conduire au supplice. Leur mâle intrépidité frappa la multitude. Elle témoigna son mécontentement , quand elle put lire sur leurs corps, mis à nu, les preuves de ce que la torture leur avait fait souffrir. Les deux vieillards qui venaient d’être immolés, laissaient soixante-sept enfans et petits-enfans; on n’eut pas moins la barbarie de décréter la confiscation de leurs biens ; toutefois cet arrêt fut annulé , sur l’intercession de Bàle, Schaffhouse et Appenzell, et l’on permit à la femme de Wirth de se libérer, en payant huit cents florins pour les frais des procès et douze couronnes d’or au bourreau. Adrien, à qui l’on venait de faire grâce, dut s’obliger à faire un pélérinage à Einsiedeln et à ne dire jamais la messe. Il vécut encore quarante ans fidèle pasteur d’une paroisse de campagne Oecbsli, après avoir été traîné de prison en prison, finit par obtenir son élargissement. Après trois années de différends, des arbitres réglèrent ce qui concernait les dommages dus au couvent d’Ittinguen et ' ^ la punition de quelques hommes moins gravement incriminés
Il fnt ptre d’Hospinien de MuUinen. Ballinger,
•• A Altort, dans le chapitre de Welrikon. Wirth.
** A. Z. Reeée de Fraucnfeld, dans la Coll. Zurich paya 2,000 florins.
Durant ces jours de deuil , la consolation de Zurich fut d’apprendre que la Réforme acquérait de nouveaux amis. On avait à St.-Gall aboli la messe, nommé Vadian bourgmestre , et formé j pour le maintien de l’ordre, une garde composée de deux cents amis de l’Évangile et de la liberté'^. A Bâle, la victoire était plus disputée. L’insurrection des paysans avait éveillé la défiance du gouvernement ; de grossiers prédicateurs, venus de la campagne, avaient soulevé le dégoût et provoqué la réaction d’Érasme, qui régnait toujours sans partage sur les classes élégantes ; la censure avait enchaîné l’imprimerie ; enfin le chapitre , en faisant quelques concessions , s’était ménagé les moyens de résister à des innovations nouvelles Mais OEcolampade n’en demeurait pas moins le prédicateur chéri de la bourgeoisie ; les couvens s’ouvraient, les prêtres se mariaient, et maint abus était devenu impossible à soutenir *’'.
Des progrès se faisaient aussi remarquer à Berne. Ce n’est pas que le gouvernement n’y fût, plus encore que dans les commencemens , opposé à la Réforme** ; mais un parti d’hommes considérés , calmes et bien résolus , y travaillait activement à une révolution imminente*®. A Bienne, Wittenbach, fort de la considération qu’on
yicta monaslerii , VIII, p. 323, Protocole! du Conseil, da 3 juin 1524, 7 avril, 9 juin, 18 décembre 1525.
“ Lait, 65. Érasme à Mélanchton, 10 déc. 1524 ellS janv. 1325. (Coll. Siml.) La censure fut établie le 12 déc. 1524. Ochs, V, 467. OEcolampade à Zw. , 4 nov. 1525. (Coll, Siml.) — ■ Ochs, V, 525, 543.
O Luiz, 52, 60. Ochs, V, 491.
“ Déclaration de Berne, du 9 oct. 1524. Coll. Siml.
Binder 5 Vadian, 1526 ( Coll. Siml. }. Il nomme les familles May et Watteville, un Erlach, Haller, Manuel, Lupulus, Tremp, ce qu’il y avait d’hommes le plus distingués.
Digilized by GoogI