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LIVRE VII. PART. III. CHAP. II

lui portait , avait jeté les fondemens de la Réformalion^®. Zwingle recevait aussi de Claris et d’Appenzell des nouvelles favorables^'. On lui mandait que ses compatriotes du Toggenbourg s’étaient soulevés pour défendre son honneur contre les attaques d’un envoyé de Schwyz, et que, sans s’inquiéter de l’effroi jeté dans le Conseil du pays par une lettre menaçante, venue de Schwyz, le peuple avait résolu de demeurer ferme dans son attachement à la parole de Dieu^^. Les fiers Gri- • sons s’étaient aussi levés pour repousser le joug de pasteurs indolens et lâches. Du sein des plaisirs, ces prêtres ne savaient étendre la main que pour leur imposer des charges , pour leur signifier des arrêts arbitraires, ou j)our les traîner, dans toute affaire civile, devant des tribunaux ecclésiastiques où les affaires se traitaient , dans une langue étrangère. Dix-huit articles portés à la diète d’Ilanz et qui reçurent le sceau des trois chefs des Ligues , firent cesser ces abus , et fondèrent un meilleur ordre de choses. Comander, l’ami de Zwingle et de Vadian, prit à Coire la place du doyen de Saint-Martin, et protégé, jusque dans le temple, par les armes des citoyens, il leur prêcha l’Évangile qu’ils avaient soif d’entendre L’accusation d’hérésie eut beau tonner du sein des sombres murs de l’évêché, Co-

Fwati, Mém., Il, 265. Witteiibacb mourat en 1526, à làge de S/j. ans.

Zwingli à Vadian, 7 mars 1526. Gcbcntinger à Zw. , 18 juillet 1526. CoU, Simt.

Ferrer à Zwingli, 9 déc. 1524, 2î oct. 1526. CoU. Siml.

Leu, Lexicon, I, sés. Kirchliofer, contin. de Wirz, V. 41 4. La diète eut lieu le 4 avril 1524.

” A Porta, 1, 67; Tscharner, petite histoire publiée 4 Coirc, 1819, p. 245.

310 HisTOiRr: de la suisse.

mander n'y répondit qu’en demandant à haute voix un colloque public. Ce colloque eût lieu à Ilanz*^. Bien que l’adroit abbé de Sainte-Lucie eût parlé le dernier, et que des dix-huit articles proposés un seul pût être traité à fond, néanmoins sept prêtres se rangèrent après la conférence du côté du réformateur, et Comander regagna ses foyers avec la réputation d’un digne et savant homme.

Zurich avait donc devant elle la perspective d’un méîlleur avenir; aussi quoique jusqu’alors les Confédérés, dans leurs Diètes, se fussent unanimement prononcés contre ses réformes, elle n’en persévéra pas moins dans la voie qu’elle s’était tracée. Le sénat avait soumis l’abolition des images aux formes protectrices des convenances*® Il mit fin aux pèlerinages. Puis la révolution pénétra dans les maisons religieuses. Le collège des chanoines donna un rare exemple en se réformant lui-même ; la haute et là basse justice retournèrent à l’Ëtat ; de modiques pensions permirent aux membres inutiles de la communauté d’achever leur vie

” A Porta, 97. FussU, Mém,, [, îS9. , * ;

NoUc 'contrainte. Libre aux particniiers de retirer les images qa’ils ont placées dans les temples. Commissions, composées des pasteurs et des notables, ponr régler les intérêts des communes et détruire tes images partout où la majorité de la paroisse l’aura ainsi voulu. Décret du 15 juin 1524. > ..

” Lisez maint trait dans FuitU, Mém,, 1, 152, etc., ou dans Ballinger. La madone de l’OEdcnbach , qui plus d’une fois avait été transportée ailleurs et toujours avait miraculeusement repris sa demeure chérie , perdit cette vertu merveilleuse à l’heure où elle lui eût été le plus nécessaire. Félix W)ss se consola avec sang-froid , en livrant aux flammes l’image adorée de St. Veit : • Brûle, lui dit-il, puisqu’aprés avoir fait tant de prodiges lorsqu’on t’honorait, tu ne peux plus rien dans ce jour désastreux. •

UV«E Vil. PART. 111. CH*P. n, ^ 3H à Zurich sous une surveillance sévère**; des pensions plus considérables furent assignées à trois maîtres de langues anciennes , à un scolarque, et à des prédicateurs en nombre proportionné aux besoins ; des droits d’école, considérés comme oppressifs, cessèrent d’être perçus; la portion du revenu qu’on maintint fut consacrée -au soulagement des pauvres. A l’exemple des chanoines, Catherine de Zimmern, abbesse du Frauenmunster, livra au sénat la maison et les biens de son couvent, sous condition d’un douaire pour elle et pour les religieuses, scs sœurs**; on employa une partie de ce revenu à fonder une seconde école, et, plus tard, à un séminaire de théologie. D’autres^ fondations ecclésiastiques ne cédèrent point d’aussi bonne grâce aux exigences du temps; il fallut songer à en déloger les moines. Un après-midi quelques sénateurs, suivis d’huissiers , se présentèrent chez les frères prêcheurs, et leur signifièrent l’ordre de les suivre. Les religieux jetant à la dérobée un regard d’adieu à leurs provisions abondantes , à leurs commodes cellules , et à leurs vastes jardins, sortirent la tête baissée; on les réunit aux capucins, leurs vieux ennemis. Bientôt arrivèrent aussi les Augustins **. On les condamna tous à vivre ensemble. Cette obligation, une vie réduite au nécessaire et la sévérité de la règle , eurent biëntôt à peu près vidé les cloîtres. Les biens des fondations

On leur retranchait le quart d'un boisseau sur leur pension lorsqu’ils manquaient d'assister i un sermon. Ballinger. '

Elles reçurent logement, meubles, bois, 100 rantt de blé, 3^ malter d’avoine, 65 cimerde vin, 353 livres d’argent. Dunttler, Detcr, man. de» fondatwns zuricoiief,

On procéda de même à Eévacualion des maisons l'cligieuse» situées à la campagne. Coll. Siml. • • * . '■

éteintes servitent à fonder Thôpital et à organiser des aumônes. L’état employa le reste à l’usage de l’É-, gifee , de l’éducation , et à ses propres besoins. De l’insouciante adoration des reliques, d’un culte dont le clair-obscur parlait aux sens un langage magique , et d’un monde dans lequel aucun doute n’eût osé pénétrer, on entra, avec la Réforme, sur le sol de la science. On s’occupa d'abord des Saintes-Écritures. On travailla à en faire une traduction complète, qui parut en 1 529 L’enseignement des langues anciennes fut confié à des hommes distingués, à Keporin®*, à Pellican, à Gollin, à Myconius®*. Les presses de Froschauer publièrent leurs écrits. Déjà cependant, pour empêcher l’imprimerie de livrer indifféremment au public le bien et le mal, le gouvernement 'zuricois, ne sachant rien de mîeux*', lui avait donné la censure pour tuteur ®®.

En suivant cette voie , il devenait de plus en plus difficile à Zurich de demeurer l’alliée des Confédérés.

M Aprës^’-pn eut foadé im lazaretb, nne maison de discipline, une ma»on d’orplielins^ rt accru l’institut de la Spannweide, il demeura un •voir fort considérable. On attribuait au seul couvent de l’OEdenbach un bien de 80,000 ilorins. {Btuntschii, Curiosités de Zurich.) Cette ricbesse.|n!vit à payer les charges dans l’Église et dans l’État, etc.

^ traducteurs se réunissaient tous les matins en grand' nombre.

La réunion était nommée • la prophétie. • Sal. l^ess, Coll, relative d l’hist. eccL, p. 176.

” Jacques Wieseiidanger/ Zuricois, professeur en 1S2S. mourut la même année. Pellican lexemplaça. ^ ^

^Plaf tner, son élève, dit de lui : « Homme pbodigieux ! Sitôt arrivé , le voili qui va voir l’école du Prauenmunsjl<*r; et de dire ; belle école! mauvais écoliers. Nous verrons. Dc.l’appUcation seulement.... Et souvent H m’a démené jusqu’à me tremper ^la chemise de sueur; non qu’il me battit, mais il m e secouait par des questions si serrées qu’il n’arrétait point. Puis il me conduisait chez lui, et." me donnant à manger, il me faisait raconter mes voyages en^Allemagne. »

“ Ballinger. ", - ■

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Les six Gantons qui venaient de lui envoyer une am-r bassade menaçante faisaient taire toute opposition dans les Diètes. C’étaient toujours de grossières invectives , l’aceusation de violer le pacte fédéral , puis des adresses, tout empreintes de la raide ténaeité des Cantons alpestres et de leur opiniâtre attachement aux coutumes, héritage de leurs pères. Leurs allégations, il est vrai, n’étaient pas toutes dénuées de fondement. Us avaient entr’autres de justes motifs de plaintes contre l’esprit d’indépendance qui se manifestait dans les pays sujets. Le bailli de Thurgovie était réduit à ne pouvoir se faire obéir; dans le Rheinthal, des femmes même parcouraient le pays en prêchant; des Appenzellois, en grand nombre, ayant surpris le couvent de Wounnestein, enavaient fait fuir les religieuses. « Tout le crime , au dire des six Gantons, devait être attribué à Zwingli, à cet homme léger entaché du crime des Hussites. Car c’était lui qui avait donné l’exemple de mépriser les traités , et d’attaquer la gloire de Dieu, de sa sainte mère et de tous les saints, si bien que grâce à lui il n’y avait plus d’honnête homme qui pût en paix reposer la tête sur son chevet »

Zurich répondit à ces incriminations , et remontant au jour où elle avait cessé de prendre part aux services étrangers , et causé par là un grand mécontentement , elle se justifia®** d’avoir donné lieu aux désordres qu’on lui imputait. « 11 y a long-temps, dit-elle, que nous eussions mis sous les yeux de nos frères l’explication de notre conduite, mais comment l’aurions-nous pu? vous

Nous l’avons rapportée au commencement de ce chapitre.

I’ Man, de Techudi à Bheinau, Salai.

En 1525, 4 janvier. Coll. Siml., XIII.

pi'êüez l’oreille à l’ambassadeur autrichien, et vous ne receviez pas nos députés. Vous ne vouliez ni écouter, ni lire. Et nous, frappés sur une joue, nous avons, selon l’ordre du Seigneur, présenté l’autre, en attendant le jour où il nous serait permis de parler pour notre défense. Nous voici encore disposés à donner des éclaircissemens. Chers et fidèles Confédérés, plutôt que de prêter l’oreille à la calomnie, écoutez l’accent du cœur et la voix de ceux qui, fidèles à l’alliance, ont gaiement combattu avec vous pour la cause commune. Vous les avez vus à vos côtés , tant à Sempach , dans l’Argovie et dans la Thurgovie , que dans les guerres de Bourgogne, d’Italie et de Souabe ; et aujourd’hui comme alors vous les verriez, en gens soumis à la parole de Dieu et à l’honneur, accourir à la moindre alarme et trouver leur bonheur à confondre leurs rangs avec les vôtres. «

Quand Zurich d’une part, et les six Cantons de l'autre, eurent ainsi exprimé, avec la chaleur de la conviction, leurs allégations opposées, les États qui n’avaient point encore embrassé de parti, tentèrent une médiation^*. Ils demandèrent à Zurich de rétablir la messe, sans foi’cer personne à la suivre, et aux Cantons de faire un pas de leur côté. Zurich répondit : « Nous ne saurions rétablir ce que l’Évangile ne permet pas. Mais quoi ! désirons-nous une chose criminelle , en demandant de pouvoir nous conduire selon la parole de Dieu ? « Cette réponse n’arréta pas les efforts des États médiateurs. On continua de correspondre par lettres et par envoyés. Berne entre autres fit preuve d’un intérêt croissant pour Zurich et pour la

Supplément aux reeét zur,. 152S-15S0.

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