LIVRE VU. PART. III. CHAP. U
Réforme. Elle assura^® ses chers Confédérés, les Zuricois, que « quoi qu’il advint de la médiation tentée, elle ne se séparerait d’eux non plus que des autres États, et ne romprait aucun lien. » Les six Cantons, instruits de cette déclaration de Berne, virent bien qu’il fallait songer à quelque moyen nouveau, aCn de raffermir les irrésolus et de couvrir de honte les infidèles, si l’on ne réussissait pas à les ramener.
Ils n’avaient pu méconnaître l’influence que les colloques, tenus à Zurich, avaient eue sur l’opinion publique; mais fort éloignés de regarder la victoire de Zwingle comme la preuve de la bonté de sa cause, ils l’attribuaient à l’étourdissement de ses adversaires, placés au sein d’une assemblée orageuse et travaillée dans le sens de la Réforme. Ils jugeaient donc qu’il leur serait aussi facile de triompher, dès que la conférence aurait lieu à Lucerne, ou à Baden, et sitôt qu’ils auraient trouvé pour défendre la cause romaine un brave champion exercé à ce genre de combats. Or, on avait une haute idée du savoir et des talens d’Eckius, docteur en théologie et vice-chancelier de l’université d’Ingoldstadt. C’était lui qui avait, douze jours durant, lutté contre Luther, au colloque de Pleissenbourg , et qui, s’il n’avait été vainqueur, avait du moins sauvé les apparences d’une défaite**. Il venait d’apporter de Rome en Allemagne la bulle qui excommuniait son adversaire. Mais cette démarche ayant attiré sur lui le mépris de ses compatriotes, il brûlait de faire revivre sa gloire, et s’offrit à la Confédération pour renverser
Fuuli, Mim., U, 502. Lettre de Claude May, du 19 déc. CoU.
Siml.
Seckendorf, Lutheraiiiimi, I, 70.
Zwingle^*. Les Gantons demandèrent l’autorisation de leurs évêques respectifs. Pendant qu’ils l’attendaient , les Zuricois envoyèrent à Eckius un sauf-conduit et le pressèrent de venir combattre Zwingle en leur présence. Eckius allégua les négociations entamées avec la Diète, et ne se rendit pas à leur prière**. La réponse des évêques se flt attendre une année entière.
Enfin le 1 5 janvier de l’an 1 526, la Diète put s’occuper activement de la question d’un colloque. Lucerne, Uri, Schwyz et Fribourg ne tardèrent à en faire la proposition. Scbaffhouse et Appenzell se joignirent à eux. Les autres Gantons hésitaient encore. Sur ces entrefaites Faber arriva de Gonstance, porteur d'instances et d’encouragemens. Thomas Mourner, docteur en théologie et prédicateur des Gapucins à Lucerne, promit le secours de son éloquence envenimée et de sa langue infatigable. Des ambassadeurs autrichiens et souabes agirent sous main. On dit que de l’argent fut répandu. Enfin le 15 mars les Gantons adoptèrent la conférence**. Ils décidèrent qu’elle aurait lieu à Baden**, et ils invitèrent tout particulièrement les Zuricois et Zwingle à s’y rencontrer*®. *
^ Zwingle se rendra-t-il à cet appel? — Sans avoir besoin de rappeler à sa mémoire le sort de Jean Huss et de Jérôme de Prague, il n’avait qu’à se souvenir du supplice de Wirth pour avoir des doutes sur la droi-
“ Lellrcs du 17 août et 26 sept. 1524 (Coll. Siml. ), et du 18 oct. 1525 ( Futsli, Mém,, 1. 161).
*• Coll. Siml. Le 6 nov. et la réponse le 17 nov. 1524.
** Tschudi, Man. à Bheinaa. Sleltler, A. Z. S.
“ Berne avait proposé que le Colloque se fit 4 Bâle ; mais Bâle déclina cet honneur. ■>
“ Ballinger. Coll. Siml. • % •