LIVRE Vil. PART. III. CHAP. Ht
Saint-GalP®. Le sénat de cette ville se sentit un nouveau courage, quand il entendit de la bouche de son bourgmestre et de celle de ses nombreux compagnons de voyage, le récit de la victoire que l’Évangile avait Remportée. On avait préludé à la Réforme en exhortant les prêtres à se marier ou à vivre chastement dans le célibat, en enlevant les images du temple de Saint- Laurent , et en introduisant le chant allemand dans les églises. On ne tarda pas à abolir la messe. Sept prêtres qui n’y renoncèrent point, furent privés de leur droit de citoyens et réduits à se réfugier auprès de l’abbé. Un diacre fut puni pour avoir mal parlé du colloque de Berne. Un ecclésiastique , coupable d’avoir prêché violemment contre la Réforme dans l’enceinte du couvent, ne sortit pas plus tôt des limites de l’abbaye qu’il fut jeté en prison, condamné à une amende et contraint dese rétracter publiquement. Les religieuses du couvent de Sainte-Catherine avaient opposé une résistance opiniâtre à toute réforme qu'on avait tenté d’introduire dans leur maison. On prit un malin plaisir à leur faire éprouver quelque temps le besoin qu’a leur sexe de la protection de la société. Un soir, une troupe cruelle se présenta aux portes de la sainte demeure en remplissant l’air de ses cris; les sœurs eurent beau se barricader; inutile courage : la bande gravit la muraille et pénétra de toutes parts dans le cloître; viandes, confitures et le vin généreux surtout devinrent la proie des méchans ; ils dédaignèrent le mobilier, firent des plaisanteries sur tout ; enfin ils délibérèrent s’ils nç prendraient point quartier au couvent pour la nuit. Il ne
“ Hartmann, Hui. d» St.-Gall, Ktnler, Sàbbatha. ff/lrx, Hi$t. de Su-Gall, II.
restait aux .sœurs, dans leur angoissse , qu’à sonner le tocsin; c’est ce qu’elles firent; et cette fois elles en furent quittes pour la peur et le dommage. Mais une nouvelle persécution les attendait: « On nous força, raconte celle d’entr’elles qui nous a transmis leur déplorable histoire*’’, on nous força d’assister, vêtues comme les gens du monde, à des prêches hérétiques ; épouses sans tache de .Tésus-Christ, on nous sollicita de convoler à des noces charnelles ; mais presque toutes , fidèles à notre divin époux, nous avons préféré le suivre dans la pauvreté et sur la terre étrangère. » Trente religieuses moururent dans cet exil. Les derniers adversaires du nouvel ordre de choses dans les Conseils en furent exclus l’an 1 528, à la Saint-Jean- Baptiste. Le 5 février suivant, un nombreux synode posa, en treize articles, les bases de la discipline ecclésiastique de la ville de Saint-Gall **.
A Bàle, la triple aristocratie du haut clergé, de runiversité et des Conseils arrêtait la Réforme dans tous ses mouvemens , si bien qu’un soulèvement populaire pouvait seul la faire triompher. Les amis que l’Évangile avait dans les Conseils , craignant la démocratie , suivaient eux - mêmes un plan de conduite dicté par les circonstances plus que par les principes : d’accord avec leurs collègues, ils couvraient des apparences de la modération une faiblesse mal déguisée. On ordonnait bien la pure prédication de l’Évangile; mais c’était sous la réserve qu’elle n’amenât pas de disputes et qu’elle se fit sans mélange de
Wiborntli Mœriin. Son manuscrit est déposé .h la Bibtiothé(fue de La ville de St. Gall. — jéeta monasterii, VIII, 396.
*• Coll. SM., XXII.
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