‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 160 sur 234 · LIVRE VU. PART. 111. CH AP. III · texte numérisé non relu

LIVRE VU. PART. 111. CH AP. III

occupèrent les portes, les rues principales, l’arsenal, et braquèrent six pièces d’artillerie sur la place du marché. A ce déploiement de forces Meltinger reconnut que sa tentative avait échoué; il passa le Rhin. D’autres suivirent son exemple. Le 0 au mâtin, le sénat adhéra à l’exclusion de douze de ses membres , et à l’établissement de la prédication évangélique. Quant au changement dans le mode d’élection , il demanda du temps pour en délibérer. Les bourgeois ne s’y refusèrent pas ; mais ils demeurèrent sous les armes jusqu’à ce qu’ils eussent reçu une réponse;

Ils se mirent à parcourir la ville par troupes nombreuses. Une de ces troupes passant devant la cathédrale, brisa une image. Il se trouvait là des personnes attachées à l’ancienne croyance, qui exhalèrent leur douleur en poussant des cris furieux et provoquèrent une attaque générale contre les objets de leur vénération. Les portes de l’église rompues, tout fut mis en pièces. On en fit autant dans les cloîtres. Le lendemain, les mêmes actes se renouvelèrent; tableaux, autels, rien ne fut épargné. Il s’agit ensuite de partager les débris entre les pauvres ; mais ceux-ci en étant venus aux prises, dans leur ardeur à s’approprier ce butin, on finit par tout livrer aux flammes^. Sur ces entrefaites arrivèrent à Bâle des envoyés des Cantons Le Grand- Conseil, qui s’était porté au nombre de trois cent soixante membres en appelant quatre délégués de chacune des tribus à venir siéger momentanément avec lui, travailla de son côté à ramener la tranquillité.

Bersios i Vadian, Coll. SM., XXII. C’était le mercredi des ccn- (Iros. Oeh$, V, 657.

»' Arch. Zur., CXXXIV, 1.

Diguized by Gouÿlc

Vingt personnes**, prises dans son sein et revêtues de ])ieins pouvoirs, portèrent aux citoyens des paroles de paix. On les écouta. Les bourgeois se contentèrent, relativement aux élections , de quelques concessions plus apparentes que réelles, que, dès l’année suivante, l’aristocratie eut l’art de récupérer. Le grand et le petit Conseil continuèrent à se compléter eux-mêmes. J.a révolution fut ainsi accomplie.

Mais elle froissait bien des affections. Plusieurs familles quittèrent la ville*®. Érasme reconnut qu’après la victoire du parti démocratique , il lui devenait impossible de conserver les amis qu’il avait dans la noblesse sans entrer en lutte avec les bourgeois. Le temps était passé d’énumérer ses mérites, de se tenir prudemment à distance des champs de la dispute, de s’étendre en éloges de la paix, de la soumission, et du se plaindre dans d'éloquentes dissertations de la licence des uns et des abus vieillis que s'obstinaient à défendre les autres. 11 eût fallu se joindre ouvertement aux hommes qui appelaient le pape l’Antedirist} Érasme aima mieux faire ses préparatifs de départ. Le sénat ne permit pas qu’il eût lieu secrètement. Ce fut donc en présence de spectateurs nombreux qu’Érasme monta sur le canot qui allait l’emporter loin de Bâle; il salua d’un triste adieu la ville où il avait passé ses plus heureuses années, et dans laquelle il devait trouver son tombeau*®. Glaréan l’accompagna; ses railleries mor-

** Dix conseillers, dix citoyens. Oc/u, V, 677.

Leurs noms dans Oeht, V, 661.

°° Lettres d’Érasme et antres écrits dans ses oeuvres. Amerbach , qui l'accompagnait jasqu’à Fribourg, écrivit sons sa dictée :

• Janr, Basilea, vale, qoa non urbs altéra moltU Annia exbibnit gratin» hospiUm».

Hinc precor omnia Iseta tibi, limul illud , Erasmo notpet nt ne unquam triitior adreniat ! m

r Cj* “

Page 1