LIVRE VU. PART. 111. CHAP. IV
la place de celui de la loi ; il en tient lieu ; il s’oppose à tout changement dans la vie domestique et civile; il est plus ennemi encore de toute modification de l’ordre religieux, que défendent à la fois l’âge, les traditions, les mœurs, et les souvenirs nationaux.
Cet empire du vieil usage gouvernait les Captons des Hautes-Alpes. Dans ceux que baigne le lac des Waldstetten l’attachement aux habitudes n’avait point été combattu, comme à Âppenzell, par le voisinage d’une cité industrieuse, ou comme jà Claris, par la prédication d’un Zwingle. C’étaitdonc dans ces Cantons d’Uri, de Schwyz et d’Unterwalden que le catholicisme, ébranlé dans notre patrie, devait trouver son point d’appui ; et bientôt il put compter aussi sur l’assistance de Zoug et de Lucerne. Un homme habile, éloquent, infatigable l’avoyer Hong, présidait le Conseil de cette dernière ville; il était tour-à-tour, et selon les circonstances, caressant ou superbe; partisaü du service mercenaire et enrichi par les pensions qu’il recevait de l’étranger, il ne pouvait être que l’ennemi de Zwingle et de la Réforme. Il avait un aide puissant dans le curé Bodler. Il en trouva un plus redoutable encore dans Thomas Moumer qui, las d’errer et de changer, était venu fixer à Lucerne sa vie aventureuse^. Né à Strasbourg, Mourner avait résidé à Paris d’abord, puis toujours moins long-temps à Cracovie, à Bâle, à Fribourg en Brisgau, sa ville natale, à Franc* fort, à Trêves, en Italie enfin, enseignant le droit, la théologie, la philosophie, un peu de tout. Beaucoup de connaissances, d’imagination et d’activité, s’alliaient
* On ne le voit pas manquer une Diète. ’ En 45Î4.
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en lui à des mœurs grossières, à de l'avarice et à un impudent orgueil. Où qu’il allât, il profanait la chaire par ses bouffonneries irritait les magistrats, suscitait des différends, puis il. partait sans laisser d’amis nulle part. Il croyait lui-même qu’une méchante fée , sa compagne dés le bas âge, c’avait cessé de pralyser ses nobles élans ; et se livrant à cette persuasion^, il laissait sans contrainte les flots de sa bile se répandre dans ses discours, ainsi que dans ses nombreux écrits; il provoquait ainsi d’amères réponses*, et celles-ci, allumant à leur tour sa soif de vengeance, soulevaient en lui de fanatiques fureurs. Pour y donner plus librement essor, il se faisait suivre d’une imprimerie, et en venant à Lucerne, il ne manqua pas de l’apporter avec lui®.
Il est facile de comprendre la direction de l’esprit public dans une cité gouvernée par de tdis hommes. Lucerne s’unit étroitement aux trois Gantons $ recevant les Diètes depuis la défaveur de Zurich, elle devint l’âme des catholiques. La Ligue fut complétée par l’accession de Zloug. A Zoug, la vieille foi triomphait toujours pr l’inquisition et la terreur \ Des hommes qui se souciaient plus de guerre et d'argent que de religion, s’étaient unis à une jeunesse efirénés pour amener ce résultat. L’alliance des cinq Guntons se trouva
’ Il fit à Fribourg plusieurs semons sur ce texte: i jl’as-tu pis vn mes oies? •
* • De p3rtbonico contractn. •
‘ Levietban et Karstbans. <
* Marehand, Dict. hui. Art. Mourner. EpUt. ébse. virorian, td- ErMeof., 16&3, p. 17S. Leu, XIII, 4S2. Salut,
’ Il fnt défendu d’aller au prêche. Afan. de Weruer Steiner ( à U Bibliotb. des bourgeois de Zurich^. Vojm k faktgrifibie de W. Steiner par Kircbbofer.