‹ Histoire de la Confederation SuisseChapitre 174 sur 234 · LIVRE VII. PART. 111. CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE VII. PART. 111. CHAP. IV

morlel eût été en ce moment porté à la Réforme , si les Oberlandais eussent osé davantage ; on dit que les Obwaldicns les retinrent dans une inaction qui ruina leur entreprise. Elle laissa renaître la réflexion , dont la voix est presque toujours favorable au pouvoir établi. Quand d’Erlacb eut traversé le lac de Tboune avec .5,000 hommes et une puissante artillerie, et quand son avant-garde eut emporté Unterséen , on vit promptement s’éclaircir les rangs des insurgés. Les plus prudens s’échappèrent sans bruit. Des envoyés de Lucerne, de Bâle et du Gessenay conseillèrent la soumission. Le froid arrivait ; les torrens débordaient. La neige allait bientôt s’accumuler dans les défilés des montagnes. C’en fut assez pour ôter aux Obwaldiens tout courage et toute espérance. Ils repassèrent en grand désordre le Brunig, suivis de deux cents Oberlandais, et les Bernois, répartis en petits détachemens, oceupërent les vallées du Hasli, du Grindelwald et de Lauterbrounneo. Fuis d’Erlach somma tous les anciens sujets du couvent, sous peine de perdre les biens et la vie, de se rencontrer le 4 novembre dans la plaine d’Interlacken. Ils y furent cernés. Les fidèles du parti furent mis à droite, les égarés à gauche. Une épouvantable décharge d’artillerie, dont le tonnerre fut répété 'par tous les échos des montagnes , servit d’exorde au sévère discours que d’Erlach adressa aux vaincus et à la lecture de leur sentence. Ils furent condamnés à réparer les dommages dont ils avaient été les auteurs, à payer les frais de l’expédition, à accepter la Réforme ,' à livrer leurs drapeaux et le sceau du pays ; condamnés enfin à la perte de leurs privilèges et de leurs libertés. Ils prêtèrent à genoux le serment d’une obéissance sans réserve ; et Berne , daignant avoir égard à

ce qu’ils avaienl été séduits par de mauvais conseils, voulut bien ne pas les punir davantage. Les habitans du Hasli subirent le même sort ; après quoi les troupes bernoises regagnèrent fièrement leurs foyers.

Elles firent à Berne une pompeuse entrée. Devant l’ours triomphant s’abaissaient sur les bannières conquises l’aigle d’interlacken et le bouquetin du Hasli. De grands éloges furent donnés aux auxiliaires de Bienne , de Neuchâtel et de Lausanne. 11 ne restait que les peuplades du Haut-Simmenthal, sur les frontières du Valais, qui conservassent les usages du catholicisme; on leur montra beaucoup de sollicitude pour le salut éternel de leurs âmes et elles finirent par se rendre à la voix de la douceur et de la modération. Berne, après un succès si complet, rentra dans le repos et vit s’accroître la considération qu’on lui portait. Les députés des Cantons, ceux des évêques de Bâle et de Constance, ceux de la cité de Strasbourg et du gouvernement autrichien d’Ensisheim accoururent la féliciter. Les envoyés d’Uri , de Schwyz , de Zoug et du Valais cherchèrent à excuser les Obwaldiens en montrant leur expédition comme une équipée de jeunes gens. 11 vint aussi des députés de Fribourg; mais ils ne furent pas admis, et durent se contenter de recevoir, à leur auberge, des reproches accompagnés de menaces. Dés ce moment, Berne, se sentant forte, crut pouvoir se montrer clémente envers ses sujets. Elle rendit aux Hasliens^^ leur sceau , leur bannière, et le droit d’avoir pour chefs des hommes pris parmi eux ;

Miss, du 13 nov. 1528 {A. Bern.); se trouve dans h Fie de ilfaauel, par Scbeurer, 859.

*• A la prière de ceux d’enlr’cux qui Otaient demeurés fidèles.

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elle ne se réserva que d élire ces niagisirats. Les anciens sujets du couvent ne rentrèrent que plus tard dans une partie de leurs libertés. Les Oberlandais prisonniers furent élargis sous caution; cependant on réserva trois de leurs chefs pour leur faire subir la peine de mort, et un quatrième, qui s’était signalé par des brigandages, pour être écartelé. Il y eut encore une victime de la colère du vainqueur, et celle-ci fut l’objet d’une juste commisération ; un vieillard du Hasli homme riche et estimé, avait cherché un refuge dans les Cantons catholiques; étant venu secrètement dans rOberland pour visiter sa famille, il fut saisi, mis à mort, et sa tète, suspendue à un poti'au, fut placée à la *

frontière de l’Ohwalden. Les catholiques vinrent l’enlever et ils la conservent, dit-on , à Saxelén , comm«; celle d’un martyr ; à la grande confusion des Bernois , ils la remplacèrent par une tête de ehat.

Ces injures étaient un faible signe de l'irritation qui continuait à fermenter dans les esprits. Berne avait eu un moment la pensée de tirer une vengeance exemplaire des Obwaldiens*^; et ceux-ci, dans la crainte d’une attaque, avaient recouru à leurs alliés**’’. A cet appel les députés des. cinq Cantons s’assemblèrent à Lucerne, promirent bon secours à leurs frères de rUnterwalden et convinrent entre eux d’un plan de défense. Les cinq peuplades, se sentant dans un parfait accord, avaient banni toute crainte. Elles se permettaient même d’inutiles provocations. C’est ainsi <|ue dans l’Unterwalden une magnifique bannière fut

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remise aux mains des réfugiés oberlandais , non sans leur faire entendre qu’elle trouverait bientôt à se déployer. La Diète s’assembla. Zurich avait fait de la cause de Berne la sienne. Les deux villes se refusèrent à siéger avec TUnlerwalden en Diète jusqu’à ce que les Obwaldiens eussent donné satisfaction. Alors les députés de rUnterwalden s’avancèrent hardiment , la branche verte au chapeau , et regardant fixement ceux de Berne et de Zurich : <f Nous sommes gens des forêts, leur dirent-ils, grossiers, impolis, durs comme nos chênes; c’est tels qu’il faut nous supporter, et tout cas advenant, ne pas se jouer de nous. » Berne et Zurich déclarèrent fermement qu’elles ne prendraient aucune part aux délibérations. La Diète pria alors les députés d’Untervvalden de s’éloigner, et plusieurs Cantons s’offrirent pour médiateurs. Ils obtinrent à grand’peine que Berne renonçât à demander des indemnités et se contentât de la simple déclaration d’Unterwalden, que ses ressortissans avaient mal agi. Mais ce fut alors Zurich qui s’opposa à l’arrangement; elle y voyait la gloire de Dieu offensée, la prudence mise en oubli , et l’abandon gratuit des avantages obtenus sur un ennemi irréconciliable. Les négociations recommencèrent , traversées chaque jour par des difficultés , des injures , ou des ressentimens nouveaux; elles se prolongèrent jusqu’à ce que la flamme éclata de toutes parts et que la nation se vit plongée dans les horreurs d’une guerre civile.

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