LIVRE VU. PART. IV. CIIAP. I
dans la Rhétie, non-seulement les Confédérés ne secourraient point les Ligues , mais qu’ils songeraient sérieusement à se séparer d’elles » Ajoutez qu’un légat*® du Saint-Siège venait d’arriver en Suisse, que Zurich avait reçu du pape une lettre menaçante •• ***, et que le pontife avait assuré les cinq Cantons « qu’il déploierait toutes ses forces contre les hommes qui avaient levé l’étendard de Satan en présence de la croix de Christ, qui s’emparaient des âmes, et qui répandaient le ravage et l’ignominie sur cette brave nation suisse. » C’est dans cette nécessité, et dans l’abandon où la mettaient ses anciens amis, que Zurich commença à porter ses regards au-delà des limites étroites de l’Helvétie. Au défaut des Alpes et du Rhin, elle songea à se faire de la lumière et de la vérité un nouveau, un plus ferme rempart. Elle conçut le projet de former du nombre croissant des disciples et des amis de l’Évangile une ligue sainte , ligue inofi’ensive envers les Confédérés , pourvu qu’ils s’abstinssent d’injure et laissassent à la Réforme son libre cours. A ce réveil des peuples, elle voyait les grands entraînés ou frappés d’effroi. Tel SC présentait au cœur de Zwingli le plan idéal d’une Conibourgeoisie chrétienne ; mais ce plan ne pouvait être réalisé que par des hommes, et partout où les hommes agissent , on rencontre les vestiges de la faiblesse et de la cupidité. Les premiers pas que Zurich fit dans cette voie nouvelle n’en furent point exempts. Elle commença par s’allier avec Constance®*. Bien
•• Salandroniiis à Vadlan, 12 mars 1526. (Co</. jïmt, XVt.)
” Ennius de Veroli.
“ Do 11 déc. 1525. {Coll. Siml., XV.)
** Voegelin, Ilist. de la. rif. à Constance. Fussli, Mém., IV, V. Dultinger.
que résidence d’un évêque. Constance avait de bonne heure ouvert roreille à la voix d’Ambroise Blaa-^ rer et d’autres évangélistes. Le haut-clergé, méprisé pour ses mœurs, était sorti d'une ville où il habitait en présence d’une bourgeoisie supérieure en forces, et il s’était retiré à Uberlinguen et à Mœrsbourg. Les citoyens jugèrent le moment favorable à l’affermissement de leurs franchises ; ils recherchèrent l’amitié de Zurich , et les deux cités finirent par conclure une alliance pour repousser toute attaque à la liberté de croire selon la parole de Dieu. Ce but du traité était celui qu’on avouait ; mais les regards se portaient à la dérobée sur les plaines de la Thurgovie et sur les moyens qui s’offraient de s’agrandir. Les cinq Gantons n’eurent pas de peine à s’en apercevoir. Us avaient eu connaissance du traité avant même qu’il eût été conclu , et ils ne manquèrent pas de signaler à Berne la manière d’agir secrète et perfide des Zuricois®^* Ceuxci , étant découverts , avouèrent qu’abandonnés par leurs anciens alliés et les voyant négocier avec l’Autriche , ils recherchaient de leur côté l’amitié de leurs voisins La colère des Cantons se manifesta dans une Diète qui s’assembla à Lucerne^*. Elle éclata plus vivement encore quand le député de Berne, pressé de faire connaître ouvertement ses vues , déclara que ses seigneurs étaient au moment d’introduire la Réforme et peut-être d’accéder au traité de combourgeoisie chrétienne La séance fut interrompue. On ne la re-
Lettre datée de Beckenried, du 15 avril. Celle de Berne k Zurich est du 18 avril 1527. (Cotl. Siml., XVIII. )
** Le 21 avril et le 15 mai. (/êid.)
** Le 8 janvier 1528.
“ SaUt.