LIVRE VII. PART. IV. CIIAP.' If
même de concerter avec les gens de l’abbaye et ceux du Toggenboiirg les moyens de les arracher au gouvernement d’un prince ecclésiastique et de leur assurer la possession de l’Évangile Les choses en étaient à ce point quand Lavater avec sa division, grossie d’une multitude de Thurgoviens, entra dans WyP®, d’où le nouvel abbé venait de fuir en Souabe. De Wyl , les Zuricois se portèrent à Bischofzell , où iis apprirent que les bourgeois de St.-Gall s’étaient emparés du couvent de l’abbaye et en avaient saisi les biens. Ils marchèrent sur Rorschach où les St.-Gallois les avaient aussi prévenus et ne leur avaient laissé qu’à glaner. Le mécontentement les rendit indisciplinés. Ils allaient entrer dans le Rheinthal, quand ils furent arrêtés par l’opposition qu’y mirent les Appenzellois et par les ordres qu’ils reçurent de leur gouvernement. Ils firent donc halte à Bemeck.
Revenons maintenant en arriére et disons ce que faisaient les cinq Cantons. L’attaque des Zuricois les avait jetés dans la dernière surprise. Au premier appel que Zoug fit entendre , Jacques Martin accourut de Lucerne avec de nombreux volontaires. Puis les bannières de Schwyz et d’Uri, et trois cents hommes de rUnterwald s’avancèrent; les principales forces de ce dernier Canton demeurèrent au passage du Brunig pour le défendre contre les Bernois. Un prompt secours fut demandé aux Glaronais , aux Valaisans et aux gouverneurs autrichiens de Waldshout et du Vorarlberg^^. Le 8 juin au soir, la grande bannière
Acta mona$t. L’opinion de Zwingli, Coll. Siml., XXII.
Wyl était presque enliÈremenlréform6e. Fridolin Sicher.
Act. monasi., IX, 182. Ballinger. Myeoniae.
** Ballinger. Myconias. Salat. Techoadi. IX.
Digilized by Coogk
flotta devant la maison de ville de Lucerne; les milices du canton y arrivèrent en foule durant la nuit; et au matin l’avoyer Hong les harangua et reçut leur serment. La petite armée se confessa ensuite, entendit la messe, et partit au son des cors que Lucerne disait avoir reçus de Charlemagne. A son approche, la division zuricoise qui était à Mouri se replia sur Cappel. Cependant le silence et l’angoisse régnaient à Lucerne depuis le départ de ses guerriers. Mourner, s’en apercevant, monta en chaire, recommanda la fermeté, pria pour l’extinction de l’hérésie et la victoire de la bonne cause; puis, descendant vers l’autel, il ôta ses souliers, éleva la croix et commanda à la foule de le suivre. Il conduisit la procession à Ehikon où , la messe dite, il harangua de nouveau la multitude : « Que de fois vos pères, vos époux, vos fils sont partis sans autre but que l’espoir du butin et la paie du soldat! aujourd’hui qu’il s’agit de l’honneur de la Sainte-Vierge, de la religion , de palmes célestes , et que la couronne du martyre brille à vos yeux , quel est l’homme en état de soulever l’épée qui ne soit prêt à marcher ! » Il dit; mais le souvenir même des campagnes désastreuses qu’il rappelait, glaça les esprits d’une nouvelle tristesse. Des plaintes et des reproches amers , de la bouche des femmes elles-mêmes , furent le seul fruit de son éloquence l I t* Kj
Les Zuricois étaient venus camper à Cappel le 9 juin. Le lendemain au point du jour leur héraut se rendit à Zoug , et y annonça la rupture des alliances ; bientôt après l’armée se mit en marche. Elle
Mjf'conius. '
On possède la déclaration qu’il énonça. BuUinger. Salat. Sclurnbrounner, Myconias.
; ....lit
UVRK Vil. PART. IV. CHAP. H. 403
n avait pas franchi la frontière, qu’on vit quelqu’un s’avancer d’un pas rapide sur la route de Baar : c’était Aebli, le landamniann de Claris, qui ne fut pas plus tôt en présence des guerriers qu’il les conjura instamment d’écouter ce qu’il avait à leur dire. Ils firent halte j les chefs s’avancérentj Aebli leur parla d'une voix forte, mais émue** : « Ne croyez pas surprendre les cinq Cantons; ils sont prêts à vous recevoir. Mais ils gémissent en voyant que le sang des Confédérés va couhy. Daignez donc m’excuser et m’accorder quelques heures seulement. Je sais que de toutes parts les députés des Cantons accourent. N’est-il pas possible encore d’éviter que les femmes deviennent veuves et les enfans orphelins? Ne peut-on espérer la paix entre des hommes qui ont si souvent exposé leur vie dans les mêmes rangs ? Et n’y aurait-il aucun autre moyen que la guerre jwur nous garantir la liberté de vivre selon l’Évangile? Pourquoi donnerions-nous ce triomphe à nos ennemis? Voulons-nous qu’ils aient bon marché des Suisses , après que nous nous serons alfaiblis les uns les autres? Chers et loyaux Zuricois, pour l’amour de Dieu , évitez de détruire la vieille Confédération ! » Comme Aebli parlait ainsi, ses yeux se remplirent de larmes dont sa profonde émotion trahissait la sincérité. On connaissait sa loyauté, sa soumission à la parole divine, son aversion pour les pensions de l’étranger, et tout ce qu’il avait fait à Claris pour la réconciliation des partis*®. Il toucha si vivement les capitaines, qu’ils réso-
BitUinger rapporte ces paroles comme témoin. Myconins les remplace par du pathos.
“ BuUinger, — Ket$Ur, — yal. Tackoudi, Salat ne fait aucune mention de tout ceci. Suivant lui, la crainte aurait arrêté les pas des Znricois.
lurent de suspendre leur marche et d’envoyer promptement à Zurich demander des ordres nouveaux. Alors Aebli , le cœur plein de joie , se dirigea vers le camp des catholiques. Il partait, quand Zwingli, s’approchant, lui dit : « Landamman, mon compère, tu rendras compte à Dieu de tout ceci. N03 adversaires t’ont trompé par de flatteuses paroles, parce qu’ils sont dans les lacets et qu’ils le savent bien. Plus tard, ils auront eu le temps de faire leurs préparatifs ; ils nous attaqueront , et personne alors n’arrêtera la mêlée. « — « Mon cher Ulrich , repartit Aebli , Dieu bénit les bonnes intentions. Faisons chacun de notre mieux. »
Peu après que le landammann de Claris se fut éloigné , il arriva à Zurich des députés d’Appenzell , de Claris, de Fribourg, de Soleure et des trois Ligues Berne témoigna par lettre le mécontentevnent avec lequel elle avait reçu l’appel aux armes qui lui avait été adressé. Elle y répondait cependant en mettant sur pied cinq mille hommes sous le commandement de l’avoyer de Diesbach et du banneret Manuel ; mais cette petite armée devait se borner à défendre Zurich , si elle était attaquée. Berne convoquait en hâte une diète de tous les Confédérés à Arau, pour chercher à prévenir la guerre. Elle tendait la main aux cinq Cantons, pourvu qu’ils donnassent satisfaction pour les offenses faites, qu’ils renonçassent à l’alliance de l’Autriche et que Mourner fût châtié. Elle ne doutait pas que Zurich n’acceptât la paix à ces conditions. Elle terminait en déclarant que la levée de sa milice avait pour but de contraindre à cette pacification l’un et l’autre’ parti.
Myconita.
*’ Dn 10 juin. Ballinger.
Digilized b', Cooglc