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LIVRE VU. PART. IV. CHAP. II

Le Conseil zuricuis répondit : « Où flotte la bannière, là est Zurich ; l’armée enverra des députés à Arau , pour entendre les médiateurs. » Il se borna ensuite à faire savoir à Cappel ce que Berne avait écrit, en exprimant un vœu pour la suspension des hostilités. Il craignait que le rejet de toute médiation n’exposàt Zurich à de justes reproches, si son entreprise n’était pas couronnée de succès^*’. Mais Zwiuglc, à l’ouïe de ce message du Conseil , sentit son cœur se remplir de tristes pressentimens : « Pour le nom de Dieu, écrivit-il à ses seigneurs, ne vous laissez point émouvoir par des larmes. Notre avenir dépend de votre mâle persévérance dans la résolution que vous avez prise. » L’armée n’envoya pas moins des députés à Arau. Ils demandèrent « liberté |)our l’Évangile; anéantissement du traité fait avec l’Autriche; renonciation à toutes pensions de l’étranger et punition des hommes qui en étaient les distributeurs; dédommagement des frais de la guerre et indemnité pour les enfans de Jacques Kaiser ; sûreté enfin pour les gens de Bremgarten, de Melingen, et pour tous ceux qui, dans cette levée de boucliers, avaient fait cause commune avec Zurich. »

Tandis que les médiateurs conféraient à Arau , et que d’Arau ils se transportaient à Steinhausen, dans le canton de Zoug, pour se rapprocher des armées, les deux camps recevaient des renforts. Les catholiques étaient rejoints par les Lucernois, par quatre cents Valaisans®*, et par les contingens des vallées d’Urseren,

Zurich h son armée, da 10 juin. N’esl ce point plutôt du 11 au soir? Voyei la note précédente.

•• Ballinger.

•* Biillinger dit 1400. l’enl-éirc y comprend-il les contingens des »al-

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de Livinen et de Domo d'Ossola. Ils occupèrent Baar au nombre de huit mille hommes. Les Zuricois de leur côté accueillaient six cents Thurgoviens et deux centr Saint-Gallois. La division xuricoise qui s’était portée sur le Gaster, l’ayant trouvé occupé par les Glaronnais®^, vint prendre position sur la rive droite du lac, à l’entrée du pays de Schwyz, et les quatre cents hommes qu’elle remplaça à ce poste firent leur entrée dans le camp de Cappel. Sur ces entrefaites, vingtsept drapeaux bernois se montrèrent aux environs de Bremgarten , et les troupes de Bàle , de Bienne et de Mulhouse se joignirent à celles de Berne^^. Les soldats qui composaientces armées possédaient des cœurs suisses ; il en était bien peu qui prissent plaisir à cette lutte entre des frères. L’esprit de parti, en les jetant dans des rangs opposés, n’avait pu les rendre ennemis. Quand donc ces guerriers vinrent à se rencontrer aux avantpostes, ce fut pour se souvenir d’une vieille amitié; on convint qu’on ne s’inquiéterait point les uns les autres sans nécessité®*. Les travaux de la campagne, qu’il avait fallu abandonner, et que les pluies constantes rendaient doublement nécessaires , occupaient le soldat bien plus que les querelles théologiques , auxquelles le vulgaire des hommes n’est pas naturellement porté En toute rencontre l’ancienne confiance se montrait à la gaieté de l’entretien, Un jour, de jeunes hommes des cinq Cantons, manquant de pain, se firent faire pri-

lées du St.-Golhard. Salai, Schanbrouttntr. I^es chiffres diffèrent de Tun h l’autre.

Doc. de Ttchoudi,

** BuiUnger, Sleiticr, ' '* ‘

** Salai,

** fVerner Sleiner, . t-

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sonniers et revinrent bientôt pourvus de ce qui leur manquait. Une autre fois quelques braves d'entre les catholiques posèrent sur la ligne de la frontière un seau plein de lait; aussitôt les Zuricois d’accourir avec leur pain , et tous de manger ensemble ; ils s’attaquaient en plaisantant quand une main trop avide poursuivait un morceau au-delà du milieu du vase, et la frappant de leurs cuillers de bois, ils la forçaient à regagner son bord et à respecter les limites

La première affaire des médiateurs fut d'obtenir un armistice. Puis, comme on avait décidé de laisser aux armées le soin de prononcer sur les articles de la paix, ils jugèrent convenables qu'elles se présentassent chacune à leur tour l'une devant l’autre. Les chefs et les députés de l’armée des cinq Cantons parurent les premiers dans le camp zuricois®'^. Un cortège d’honneur alla les chercher; ils arrivèrent au son des trompettes, furent accueillis amicalement, et entrèrent dans un carré formé par les troupes. La tenue de l’armée , son équipement, tout était admirable ; sa discipline méritait de justes éloges®*. On avait élevé un spacieux échafaud, sur lequel flottaient la grande bannière et les drapeaux des bataillons . Les médiateurs y montèrent les premiers, et commencèrent par recommander avec chaleur le but

“ Ballinger. • Singulier peuple , dit le boui^mestre Stourm dr Strasbourg, qui était au nombre des médiateurs ; leurs divisions ne les désunissent pas ! •

Myconius, Kessler, Salat et Schœnbrounner, tous témoins, s’accordent à dire que le lé juin les Zuricois reçurent les catholiques, et que le 16 les catholiques reçurent les Zuricois. Le 15, la Loretz débordée rendit le chemin impraticable. Bullinger se trompe donc en faisant venir le 14 les Zuricois dans le camp des catholiques. Il a écrit son histoire sur ses vieux jours, se reposant sur sa bonne mémoire.

B. Weiss, dans Faeili, IV, 108.

de leur noble mission ; tr Ne songez pas seulement aux maux du pays et à ses dëcbiremens , dit Aebli; voyez aussi la secréte joie de nos ennemis. Et nos ennemis, où ne sont-ils pas? Qui nos guerres n’ont-elles pas irrité ? A dire vrai, chers Confédérés, nous n’avons d’amis que nous-mêmes. Et si la grâce de Dieu , si votre antique générosité n’arrête pas l’elTusion du sang, si vos veuves et vos enfans orphelins doivent un jour être réduits à implorer la pitié de l’étranger, c’est avec parcimonie que leur seront accordés le pain et la consolation®**. » L’avoyer Hong de Lucerne exposa ensuite avec beaucoup de dignité et de mesure les griefs des cinq Cantons ; il déclara « qu’ils n’avaient pris les armes que pour leur défense , et qu’aux premières démarches amicales que ferait Zurich, elle retrouverait en eux ses Confédérés les plus fidèles; qu'ils étaient prêts à le lui prouver en faisant droit à toute plainte fondée en équité. De sages ancêtres lui avaient appris qu’il fallait savoir préférer à tout les intérêts de la justice. » Un homme de Schwyz éleva ensuite la voix : « Vous éprouvez du ressentiment, parce que nous avons brûlé certain prêtre. Chers Confédérés , si vous eussiez entendu les injures qu’il a vomies contre tout ce que nous révérons, votre compassion se serait bien refroidie. Mais, supposé que nous soyons coupables, pardonnez-nous, et ne sacrifiez pas à la mémoire d’un homme qui n’est plus tant de milliers de vivans. » Les catholiques se retirèrent à l’écart , et la délibération commença. La voix de Zwingli s’y fit surtout entendre. L’impression produite sur les esprits par ce qui venait de so passer ne lui avait pas

” Mol |H)ur mol, cl’apri'S Kessler.

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